Le Marathon des Leveurs de Coude

Les habitants du Vème et du VIème arrondissements de Paris, ainsi que les touristes abondants en ces lieux, furent certainement intrigués, en ce 24 mai 2011, par des cohortes déguisées et bruyantes qui arpentaient le pavé parisien en dégustant un verre de vin lors de leurs nombreux arrêts en des buvettes installées devant les bars du quartier.
Se déroulait sous leurs yeux ébahis « le Marathon des Leveurs de Coude »
Cet événement, concocté par son ami Jean Cormier, se voulait un hommage à Antoine Blondin (1922-1991) disparu donc il y avait 20 ans.
Jean Cormier
, journaliste au Parisien, vit lui aussi au Quartier Latin. Spécialiste du rugby et de Cuba , auteur de livres sur le ballon ovale et sur Che Guevara, il invente, avec une autre fameuse plume de l’Equipe et de Midi Olympique, Denis Lalanne, le Festival (culturel et sportif) Singe Germain, en l’honneur d’ Antoine Blondin.
Celui-ci, écrivain, romancier, journaliste, en particulier dans le quotidien sportif l’Équipe, aimait intriguer et parfois provoquer ses entourages, tant dans l’écriture que dans sa vie de tous les jours.
Ecriture : associé au mouvement des « Hussards » il sera classé écrivain de droite, apprécié au Figaro, et même d’extrême droite en collaborant à des journaux comme Rivarol ou Aspect de la France. Dans une fumeuse rencontre filmée avec Serge Gainsbourg, dont le thème était  … l’alcool et l’écrivain, à ce dernier qui lui reprochait son engagement à droite il répondit : « à gauche on me dit que je suis de droite, à droite on me dit que je suis de gauche ». En tant qu’écrivain sa verve et son humour ne masquaient pas le désenchantement, voire le désarroi, ce qu’il revendiquait lui-même, face aux convenances, petitesse et conventions dirigeant  le monde. En tant que journaliste sportif  et chroniqueur il s’illustra par des articles hauts en couleur et pleins de poésie, concernant le cyclisme et particulièrement le Tour de France mais aussi le rugby où il glorifiait les artistes de la balle ovale comme les frères Boniface.
Quelques titres : Monsieur Jadis – Un singe en hiver (dont fut tiré le film de Verneuil et Audiard, avec Gabin et Belmondo) – L’humeur vagabonde – Les Enfants du bon Dieu …
Quelques citations : quand on meurt de faim il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire – ce qui fout tout par terre il faut le foutre en l’air – les hippies font chanvre à part – chérie, ce soir je n’ai rencontré aucun bistrot fermé (pour s’excuser d’avoir manqué un rendez-vous galant).
Mode de vie : Antoine Blondin reconnaissait qu’il était un invétéré bringueur. Chaque matin il arpentait le Quartier Latin de bar en bar pour la visite de « sa plantation de cafés tabac », à la recherche de ses « verres de contact ». Avec des amis il assista un jour à un Angleterre-France du Tournoi des Cinq Nations à Twickenham … dans un pub situé à 100 m du stade.
La manifestation : pour honorer cette soif de vivre et les rues que Blondin fréquentait régulièrement, Jean Cormier a imaginé un parcours dans 42 bars du Quartier Latin. Dix éléments constituaient chaque équipe participant à ce raid. Trois ans après ma mémoire défaille quelque peu et je ne me souviens que de certaines d’entre elles (aperçues parfois dans les photos qui suivent) : anciens rugbymen du Racing Club de France de rugby, avec entre autres Tadjian et Serrières – des gens du Nord revêtus de la combinaison et de la lampe des mineurs – des Auvergnats habillés, si on peut dire, et armés en hommes des cavernes – et l’équipe à laquelle j’appartenais, Arguibelle, groupe de chant de Lanne en Baretous. Comme seulement sept chanteurs du groupe purent se libérer pour ce voyage Lanne → Paris et un séjour de trois journées, Arguibelle recruta sur la Capitale pour compléter et je me retrouvai donc ainsi inscrit avec les représentants du Béarn. Après avoir assisté à un hommage rendu à Antoine Blondin en l’Église Saint-Sulpice les quinze formations invitées prirent le départ, une par une, vers les bistrots qui avaient accepté de figurer sur l’itinéraire. Chacun de ces bars mettait à disposition une buvette extérieure et servait du vin dans l’écuelle de tout participant. Comme on peut l’imaginer la bonne humeur s’installa vite au sein de toutes les équipes et proliférèrent les échanges, entre elles mais aussi avec les passants et habitants. Nous étions quant à nous vêtus de la blouse bleue (chamara) dans laquelle les paloumaires glissent les palombes  prisonnières des filets tendus entre les arbres. Très vite les chants fusèrent de notre groupe, ce qui ralentit le rythme car on s’attardait de plus en plus autour des buvettes. Si bien qu’au bout d’un certain temps notre équipe se retrouva dépassée par toutes les autres qui se contentaient du petit récipient fourni par les organisateurs et ne perdaient par leur temps à le remplacer par des bouteilles, comme l’indiquent quelques photos à suivre. Ambiance digne des fêtes de Bayonne ou de Pampelune où on fraternise facilement autour du verre et de la chanson. Inutile de dire que nous ne fîmes honneur qu’à un nombre réduit de bars, loin des 42 programmés.

Premier groupe de photos où apparaissent des participants d’autres équipes, des engins pas classiques, des noms de rues ou de troquets situés dans les deux arrondissements concernés.

     

Livraison d’armes.


Deuxième groupe de photos avec Arguibelle batifolant au Quartier Latin
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Michou et sa cousine Séverine évoquent le Jurançon

Michou au Conservatoire du VIème
A l’extrême-gauche Jean Cormier

Vous êtes perdues ?

Un pack impec rejoint par Cormier




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