Rencontres rugbystiques Aramits/Saint-Pée au siècle dernier

A l’époque de la médiatisation outrancière et de l’information immédiate, il y a encore des événements qui gardent tout leur secret, comme si les pouvoirs publics craignaient leur divulgation et leur diffusion. Ainsi, pourquoi et comment oublier qu’il y a 45 ans se déroula, dans la plaine de Féas, une confrontation rugbystique entre deux villages situés de part et d’autre de Féas : Aramits (vallée de Barétous) et Saint-Pée (quartier sud d’Oloron Sainte-Marie). En effet, durant les étés 1969 et 1970 s’affrontèrent, sur des prés aimablement prêtés par des agriculteurs locaux, de Féas puis d’Aramits, deux équipes non officielles constituées d’habitants (ou issus) de ces deux villages proches. La première formation, Aramits, était composée de jeunes gens d’Aramits et de Lanne en Barétous, alors que la seconde équipe, Saint-Pée, résultait de la fusion des deux parties du village, le Haut et le Bas, ainsi que de deux Parisiens originaires du lieu, en vacances scolaires en ces moments là. Avant de décrire et commenter ces deux rencontres on reviendra quelques années en arrière afin de gravir les marches menant à la formation d’une équipe de rugby de quartier.

Naissance et développement d’un esprit d’équipe.
Famille, quartier, village, formation d’une équipe. Étapes successives dans le temps qui vont nous amener à la première manche du derby barétounais.
Famille Estrate.
Paragraphe personnel qui peut ne pas intéresser mais qui me permet de revivre quelques années de jeunesse en Béarn. Je remonte à mes grands-parents maternels : Angélique (1883-1957) et Pierre Estrate (1879-1949). Ils vécurent la grande partie de leur vie dans la ferme Estrate située à Saint Pée de Haut, sur la route d’Arette. De leur union naquirent Jeanne (1908-1989), Louis (1909-1968), Marie (1912-2008).
Avec Jean Berdot (1908-2001) Jeanne Estrate donna naissance à 5 enfants : Simone, disparue à l’âge de 5 ans et quatre garçons, mes frères et moi (Pierre, Jean-Louis, Michel, Alain). La maison Berdot est située à 150 m de la ferme Estrate, c’est maintenant mon lieu de vie. La famille Berdot et leurs enfants vécurent en région parisienne. Louis Estrate épousa Madeleine Casenave (1912-1994) mais le couple n’eut pas de descendance. Il tint le fameux café Estrate situé juste en face de la ferme du même nom, café qui fut le creuset de très nombreuses discussions, casse-croûtes, apéritifs, noces ou communions, animations en tout genre et principalement parties de belote ou de manille et bien sûr chants béarnais et français. Enfin, Marie Estrate épousa Bernard Oscamou (1913-1999) et mit au monde 3 enfants : Jean (3ème génération à travailler dans la ferme), Henri et Françoise. Un compte rapide mène donc à 6 garçons et une fille qui gardent jusqu’à aujourd’hui des liens très forts entre eux.
Durant toute leur enfance les 4 « Parisiens » passaient leurs vacances d’été dans la maison Berdot et s’échappaient régulièrement dans la ferme Estrate rejoindre leurs cousins. Selon l’âge du moment les occupations et amusements variaient. Baignade dans le Vert, cachettes dans les arbres ou dans les granges, construction de cabanes dans les tilleuls ou dans le champ de topinambours, batailles rangées à coups de cabelhs (épis de maïs égrenés), quelques coups de main lors de la fenaison (quand la mécanisation n’était pas encore prépondérante les citadins aidaient leurs cousins à mettre le foin en meules ou en andins, dans l’esprit aussi de les libérer plus vite pour pouvoir se consacrer aux jeux avec eux). Aux bœufs Houchet et Rouillet succéda le tracteur que les « vacanciers » furent parfois autorisés à conduire, suprême valorisation.
Quartier Saint-Pée de Haut.
Dans les années 60 le rugby en Béarn restait le sport le plus populaire, en temps que pratiquant ou/et spectateur. Si le football réunissait   parfois  les six cousins c’est plus souvent vers le rugby que les Berdot et les Oscamou se tournaient pour le défoulement de fin de journée. Mais d’autres enfants du quartier se joignaient à eux pour constituer des équipes à l’effectif suffisant : les Lacanette (Jojo, Jeannot, Emile), les Pérez (Tony, Albert), et, plus épisodiquement, Chabanne, Larroudé, Husté, Lapuyade, Rousseau, Bédécarrats, Mouchet, Anger. Les rencontres se déroulaient « sous ls pommiers » de chez Oscamou : pré coincé en fait entre un champ de pommiers et la route. On marquait les lignes avec de la chaux achetée chez Yus ou chez Blet à Oloron et on se ravitaillait dans le bois de Saint-Pée pour confectionner  les poteaux. Il me semble encore ressentir les odeurs de la terre et de l’herbe qui nous entouraient, alors que la nuit tombait toujours trop rapidement. Parfois nous traversions la route pour nous rafraîchir dans le café Estrate : limonade ou menthe à l’eau au début puis panaché puis bière quand l’âge le permettait.
Quartier Saint-Pée de Bas.
Parallèlement à nous se réunissaient près du Pont Noir (parcours santé actuel) les jeunes de Saint-Pée de Bas : les frères Bergeras (Constant et Eloi), les frères Fourcade (Jean et André), les frères Bersans (Jean-Louis , Bernard et André), Lacazette, Laborde, Sartolou, Poutous, Maysonnave … Eux aussi exerçaient leur dextérité sur des petits terrains où ils développaient un esprit d’équipe qui servirait plus tard.
Formation d’une équipe.
Il arriva ce qui devait arriver : faisant fi des rivalités entretenues par certains, les jeunes de Saint-Pée de Haut et ceux de Saint-Pée de Bas, après quelques affrontements herbeux, mélangèrent leurs troupes pour mieux se connaître et s’apprécier. « Sous les pommiers » vit croître d’année en année une équipe soudée et solidaire, esprit de nos jours conservé. Compte tenu des différences d’âge entre les acteurs du pré, les « grands » se plaquaient entre eux et plaquaient les « petits » mais les « petits » se contentaient de toucher les « grands » qui, à ce contact, devaient libérer le ballon à la main ou au pied. Autre évolution au fil des ans concernant les boissons d’après-match : au panaché s’ajouta bientôt le blanc limé (nous ne connaissions pas encore à ce moment là le blanc de Jurançon, les futurs amis de Monein ou de Chapelle de Rousse n’étant pas encore entrés dans notre cercle) puis le pernod tomate pour les plus affirmés. L’esprit d’équipe évoqué plus haut se consolidait à la moindre occasion comme lors des fêtes locales ou dans les tribunes du stade de Saint-Pée pour soutenir le FCO. Si bien qu’un jour l’idée d’affronter les juniors d’Aramits, affiliés à la FFR, fit son chemin – il faudrait mener une enquête pour retrouver les initiateurs de cet événement.

Été 1969.
A part la photo d’avant-match, ci-dessous, nous ne disposons pas de trace imagée ni écrite de la première confrontation qui eut lieu en août 1969 à Féas, dans le cadre des fêtes de ce village, sur un pré jouxtant le camping. Pour l’instant, certaines questions demeurent sans réponse mais la lecture de ce texte réveillera peut-être quelques souvenirs. Chez qui germa l’idée de ce match ? Qui l’arbitra ? Quelle était la composition du XV d’Aramits (nous en connaissons toutefois plusieurs acteurs) ? Quels furent les marqueurs des deux équipes (à part les auteurs des essais de Saint-Pée) ? L’entraînement des Saint-Péens fut assuré par Bernard Laborde, futur cadre technicien du FCO. Je participai à tous ces entraînements sauf … au dernier car j’eus la malencontreuse idée de me mêler, sur la route du Pic d’Anie, à  deux chiens en train de se bagarrer férocement : le mien, Moujik, et un autre qui nous suivait depuis notre passage au refuge de l’Abérouat. Au lieu de leur jeter de l’eau ou d’utiliser un bâton je pensai les séparer avec mes mains pour écarter leurs crocs ! Plusieurs doigts de la main droite s’en trouvèrent déchirés, l’un assez profondément, qu’il fallut soigner à la clinique et revêtir d’un pansement. Bien sûr cet état m’empêcha de participer à la rencontre de fin de semaine : je ne pouvais même pas m’en mordre les doigts, c’était déjà fait ! Mon frère Alain représenta bien la famille puisqu’il aplatit trois essais, Bernard Bersans en marquant un autre avant. Victoire assez nette de Saint-Pée (24-3) mais la rencontre se joua avec une certaine âpreté, sous les acclamations de nos supporters usant du clairon et hissant pancartes et drapeaux dont les couleurs évoquaient les « événements » récents de Mai 68. Inutile d’ajouter que la fête qui suivit fut à la hauteur et le repas chez Poutous des plus animés.
Composition de l’équipe de Saint-Pée: Sartolou – E.Bergeras Lacanette A.Berdot Labourdette – (o) T.Pérez (m) Lacazette – C.Bergeras Lacasta Oscamou – J.L.Bersans B.Bersans- A.Pérez Fourcade Laborde.
Ont participé pour Aramits : Iralde Lembeye Mouret les frères Lapeyre Cardassay Begochéa Laher Léride Lacassie …
Sur la photo qui suit apparaissent, au milieu des joueurs, quelques un(e)s de nos supporters : hélas six d’entre eux nous ont depuis quittés.


Debout, de gauche à droite : Marie-Claire Bersans – Bernard Laborde – Albert Pérez – André Fourcade – Jean Fourcade – Jean-Louis Bersans – Jean Oscamou – Constant Bergeras – Frédéric Chabanne – Pipo Lacasta – Bernard Bersans.
Accroupis, de gauche à droite : Pierre Vittel – Jean-Pierre Maysonnave – Emile Lacanette – Henri Labourdette – Jojo Lacanette – Bernard Lacazette – Jean Sartolou – Toni Pérez – Eloi Bergeras – Alain Berdot.
Plusieurs de ces éléments jouaient déjà ou allaient plus tard jouer dans divers clubs : FCO, Escou, Asasp, Saint-Denis.

Pâques 1970.
Un peu moins d’un an après, à Pâques 1970, c’est à Aramits que se joua la deuxième manche, sur un terrain situé face à la fromagerie actuelle, de l’autre côté de la route. Nouveau mais difficile succès de Saint-Pée (nous ne nous rappelons plus du score étriqué) : affrontements plus rudes que ceux de l’année passée avec quelques saignements dont les origines restent inconnues car le replay n’existait pas encore. Jean Sartolou, insuffisamment remis d’une blessure, officiait comme arbitre. Le seul essai du match provient de Jean Fourcade qui, blessé sur l’action, dut céder sa place à Frédo Chabanne. La soirée se poursuivit au restaurant Chilo de Barcus. La tristesse en fut exclue.
Composition de l’équipe : Lacazette – E.Bergeras Bedecarrats (puis Laborde) M.Berdot Laborde (puis Chabanne) – (o) T.Pérez (m) Lacanette – C.Bergeras Lacasta Oscamou – J.L.Bersans B.Bersans – A.Pérez Fourcade (puis Bedecarrats) Larroudé.

Debout, de gauche à droite : Frédéric Chabanne – Albert Pérez – Jeannet Sartolou – Jean Fourcade – Eloi Bergeras – Constant Bergeras – Jean Oscamou – Pipo Lacasta – Jean-Louis Bersans – Bernard Bersans – Daniel Larroudé.
Accroupis, de gauche à droite : Bernard Laborde – Toni Pérez – Jojo Lacanette – Alain Bédecarrats – Bernard Lacazette – Michel Berdot.
Quelques remarques sur ces deux matches .
Ils sont 12 à avoir participé aux deux rencontres : Toni et Albert Pérez, Jean-Louis et Bernard Bersans, Eloi et Constant Bergeras, Jojo Lacanette, Bernard Lacazette, Bernard Laborde, Jean Oscamou, Pipo Lacasta, Jean Fourcade.
Sur ces 12 on observe que 9 ont gardé le même poste : la 3ème ligne (C.Bergeras, Lacasta, Oscamou), la 2ème ligne (J.L. et B.Bersans), 2 de la 1ère ligne (A.Pérez et Fourcade), et seulement 2 des lignes arrières (l’ouvreur T.Pérez et l’ailier E.Bergeras).
Deux postes ont été occupés par 2 joueurs : Lacazette (demi-de mêlée et arrière) et Jojo Lacanette (demi de mêlée et trois-quart centre).
Enfin un joueur a tenu 3 postes : Bernard Laborde (pilier, trois-quart aile et trois-quart centre)

Et maintenant, en 2014 ?
Quarante cinq ans après (vous avez bien lu !) ces joutes homériques plusieurs Saint-Péens vont soutenir régulièrement l’équipe actuelle d’Aramits qui bataille en Fédérale 2 et reste intraitable sur son herbe. Ils retrouvent ainsi autour de la buvette leurs ex adversaires (c’est un grand mot !) et applaudissent sur le terrain les fils de ceux-ci, comme Lapeyre et Bengochéa.
Remarque : depuis 2015 le club d’Aramits-Asasp opère en Fédérale 3.
Je me suis même permis de composer un chant, en Béarnais, en l’honneur du club et de son environnement (voir ci-dessous avec sa traduction) mais pour l’instant cette chanson est en sommeil dans les cartons. À suivre.
Aràmits en davant
En davant, Varetons, vienguts ací que son tots.
En davant, Aràmits, que son ací los amics.
Arrepic : Varetons, cap e tot, Aràmits, tots hardits.
En davant, los avants, tostemps ganhar la veishiga.
En davant, los tres-quarts, jamei càder la veishiga.
Ací, cada vilatge ajuda eths jogadors.
Varetons mas amors, ací cantan a tot adge.

En avant Aramits
En avant, Barétous, ils sont tous venus.
En avant, Aramits, les amis sont ici.
Refrain : Barétous, de la tête au pied, Aramits tous hardits.
En avant les avants pour toujours ganer le ballon
En avant les trois-quarts pour jamais faire tomber le ballon.
Chaque village ici aide les joueurs
Ils chantent à tout âge » Barétous mes amours ».

Réparties de campagne : épisode 5

Il est des personnages, pour ne pas dire des personnalités, qui marquent leur époque par leur aura, leur faconde, leurs initiatives. Il en est ainsi de Jean-Baptiste qui illuminait son entourage par ses interventions calculées, tant physiques que verbales, mais aussi par ses improvisations.
A la campagne les rencontres régulières avec le monde animal engendrent des situations propices à l’amusement comme le montrent ces quelques histoires animalières qui mettent Jean-Baptiste en scène. A la lecture de certains des récits ci-dessous on pourrait penser que Jean-Baptiste n’avait que des rapports de force avec les animaux. C’est tout le contraire. Il respectait profondément ses veaux, vaches, cochons … et je peux assurer ne l’avoir jamais vu maltraiter l’un d’eux.
Jean-Baptiste et le chat.
Regagnant leur véhicule dans la nuit, à la clôture d’une fête de village, Jean-Baptiste et ses compagnons croisent un chat errant qui se frotte à leurs mollets (s’il avait su !), au risque d’en faire tomber certains à la démarche hésitante. Jean-Baptiste, saisissant au sol le félin (par la queue dit la légende mais je pense qu’il y a exagération), le propulse vers le toit du cabanon tout proche en lui expliquant le pourquoi de la manœuvre.
Tu qu’es un gat de gotèra, torna-t-i.
Toi qui es un chat de gouttière, retournes-y.
C’est en ronronnant que le chat accompagna le groupe, en longeant le toit sur quelques mètres , tout heureux d’avoir atteint ce dernier sans effort.
Jean-Baptiste et le chien.
Pétit, le chien de berger de la ferme Mouly, lorsqu’il ne travaillait pas au talon des vaches, somnolait dans le fossé de la route. A l’époque les automobiles se faisaient rares et roulaient lentement, sans que la maréchaussée y soit pour quelque chose. Le grand plaisir de Pétit consistait à bondir soudainement pour essayer de mordiller les pneus de la voiture, ce qui pouvait effrayer certains conducteurs surpris par l’attaque et provoquer même un écart du véhicule d’où sortait, par la fenêtre entr’ouverte, un juron bien connu, popularisé plus tard par Jean-Claude Coudouy. Cette gymnastique canine ne plaisait guère à Jean-Baptiste qui passait assez souvent devant la ferme Mouly. Il arriva un jour au volant de son auto, encore plus lentement que d’habitude, à la hauteur de l’animal, et ouvrit brusquement la porte de la voiture au moment où Pétit se jetait sur celle-ci, non moins brutalement. Inutile de dire que le voisinage perçut deux sons différents mais simultanés : celui d’un léger choc entre deux solides et celui d’une voix plaintive.
Depuis cet épisode, quand il apercevait la voiture de Jean-Baptiste se rapprocher de lui, Pétit feignait de dormir ou tournait négligemment la tête de l’autre côté.
Jean-Baptiste, la poule et le chien.
Parfois un chien de ferme ne parvient pas à réfréner ses envies de courser, voire trucider et parfois croquer, les poules en liberté dans la cour ou le pré. Il ne s’agit plus du Pétit de l’histoire précédente mais de Soumisse, friand de gallinacés. Réprimandé vertement lorsqu’il ne faisait qu’ affoler les poulardes, il en étrangla une un bon matin, ce qui ne pouvait pas rester sans punition. Pour cela l’idée de Jean-Baptiste consista à enfermer dans le même sac de jute l’agresseur et l’agressée, Soumisse et la poule, secouer les deux animaux dans le sac et frapper, avec modération, à l’aide d’un bâton, le seul Soumisse. Coups assénés sans trop appuyer mais suffisamment pour que l’échine du quadrupède s’en ressente. De sorte que Soumisse pensa que c’est la poule qui lui administrait cette correction.
On peut supposer que, une fois libéré de sa prison juteuse, Soumisse regarda dorénavant d’un autre œil les poules et, comme Pétit, détourna la tête quand il en croisait une.
Jean-Baptiste et les poulets.
Les poulets concernés par cette histoire ne vivent pas dans un poulailler mais dans une cage, en l’occurrence un fourgon, puisqu’il s’agit des agents de police réquisitionnés pour la surveillance d’une fête nocturne villageoise. Peut-être appelés pour régler un différent sur la piste du bal, ou pour s’abreuver à la buvette, diraient les méchantes langues, nos représentants de l’ordre eurent la malencontreuse idée d’abandonner tous leur fourgonnette quelques instants, quelques instants de trop, et de plus à l’écart de la foule. Il se trouva un joyeux drille, peut-être bien Jean-Baptiste, qui profita de cette absence des képis pour dégonfler les roues du véhicule (fallait-il qu’il soit lui-même gonflé pour oser cette intervention !), aidé par quelques comparses qui guettaient un retour possible des uniformes et devaient dans ce cas prévenir Jean-Baptiste par une chanson codée. Il fallut faire appel à un deuxième convoi pour ramener nos infortunés policiers à leur commissariat.
Cette aventure ne se renouvela jamais plus car un occupant au moins resta dorénavant dans la fourgonnette durant toute la nuit.
Jean-Baptiste et les vaches.
Au quartier La Mouline, au-dessus d’Arette, il arrivait que les jeunes gens finissent au petit matin leur nuit du samedi, dans l’auberge de Rosalie – qui aurait mérité une chanson de Nadau pour services rendus, comme pour Maria et Denise. Cette fois là les fêtards concernés arrivèrent plus tôt que d’habitude devant l’établissement tenu par Rosalie. Celle-ci et son époux dormaient encore au premier étage donnant sur rue. Malgré quelques appels discrets suivis de vociférations musicales, les volets de la chambre demeuraient clos. Conseillé par ses amis, car on ne va pas l’accuser d’être à l’origine de tous les chahuts de la vallée, Jean-Baptiste s’empara d’un long bâton qui traînait dans le coin et s’en servit pour frapper à plusieurs reprises le volet en bois, en commentant à haute voix :
Vam, Rosalia, desvelha’t. De tota faiçon que’t va caler lhebà’s en mieja òra tà mólher las vacas !
Allons, Rosalie, réveille-toi. De toute manière tu vas devoir te lever pour traire les vaches dans une demi-heure !
Touchée par cet argument imparable Rosalie ouvrit ses conte-vents et accepta, presque en souriant, de descendre en cuisine pour nous confectionner l’omelette habituelle, à un tarif dérisoire, malgré le service forcé.
Dans la dernière anecdote n’ intervient pas un animal mais  un autre être vivant bien connu: un humain.
Jean-Baptiste et le caillou.
Du temps de son adolescence Jean-Baptiste eut un conflit verbal avec un autre jeune, Marcel, et, les propos s’envenimant, Marcel préféra s’échapper en courant pour éviter la claque promise. Mais Jean-Baptiste, plutôt qu’essayer de le rattraper, se saisit d’un caillou à terre et le lança dans la direction du coureur, mais en visant les jambes de ce dernier. Fin chasseur, de palombes particulièrement, notre tireur prouva sa dextérité car le caillou atteignit sa cible au mollet.
La conclusion de notre héros mérite citation :
Marcèu qu’a comprés aqueth dia qu’un calhau anaré tostemps mei viste qu’eth.
Ce jour-là Marcel a compris qu’un caillou irait toujours plus vite que lui.

Réparties de campagne : épisode 4

Dans le café Estanguet ce jour-là il y a affluence – pourquoi ai-je besoin de spécifier « ce jour-là » ? Un des habitués du lieu, Manolo, se vante une fois de plus de sa bravoure militaire passée.
– Jo, n’èi pas jamei avut paur de cap tà l’enemic :
Moi, je n’ai jamais eu peur face à l’ennemi.
Hélas pour lui un impertinent réplique aussitôt :
E perqué donc as recevut ua bala au cuu si n’èras pas en trin de t’escapar ?
Et pourquoi donc alors as-tu reçu une balle dans les fesses, si ce n’est parce que tu étais en train de t’échapper ?

Accoudé au comptoir du café Caillabus, Jacolet commande une bouteille de vin.
Que’m bailharàs un pinton de roi e dus veires sus aquera taula.
Tu me donneras une chopine de vin rouge et deux verres à cette table.
Pendant un certain temps rien ne bouge, ni au bar, ni à la table, pourtant servie. Après quelques minutes Jacolet quitte le bar et s’assoit à la table devant un des deux verres, les remplit tous les deux et s’exclame :
Aqueth gran carcan de Felix n’ei pas viengut uei. Que’m va caler vueitar lo son veire e béver a la soa santat !
Ce grand carcan de Félix a oublié de venir aujourd’hui. Il va falloir que je vide son verre et que je boive à sa santé !

Déjà à l’époque il arrivait que des discussions avinées se terminent en pugilat. Ainsi, le malheureux, et poids léger, Antoine, reçut-il sur son visage, un jour de « peleja » (dispute), une marque d’affection de la part d’un certain Marcellin, de gabarit d’une autre catégorie. Antoine s’en revint dépité chez lui et s’adressa à sa sœur Anna avec laquelle il vivait :
Anna, qu’at sabèras qu’aqueth triste messatgèr de Marcellin que m’a dat un cohat !
Sache, Anna, que ce triste sire de Marcellin m’a giflé !
Torna-t’i (retournes-y) lui rétorqua Anna.
Retour à l’auberge, deuxième manche de l’altercation, deuxième sanction (une gifle sur l’autre joue), deuxième retour à la maison.
Que me’n a balhat ua auta (il m’ a donné une deuxième gifle).
Demora tà casa (reste à la maison maintenant).

Une affaire qui dure entre deux familles du village, les Labastide et les Duboscq. Les pères de Nénesse (Duboscq) et Tonio (Labastide) s’étaient frictionnés il y a années puis avaient passé le témoin de la querelle à leurs enfants. Rentrant chez lui après une soirée agitée au café Estanguet, Tonio bredouilla-t-il à sa mère :
Eth hilh d’aqueth qui a trucat lo ton marit autes còps qu’a volut trucar’m !
Le fils de celui qui a frappé ton mari autrefois a voulu me frapper !

Le même Tonio se ravitaillait habituellement en vin rouge à une barrique du café Estanguet situé à deux pas. Amélie, sa mère, qui ne rechignait pas à lever le coude en sa compagnie, se proposa un jour d’aller chercher et ramener au logis leur breuvage vitaminé. Dès qu’elle revint (rouge) en leur masure et franchit le pas de la porte Tonio voulut trinquer avec elle. Il grimaça aussitôt, émettant un doute sur le degré de l’alcool bu, chiffre pourtant bien inscrit sur la bouteille. Le lecteur perspicace aura deviné qu’une fontaine publique se dressait entre le bistro(*) et la maison des deux personnages. Source tentatrice pour Amélie qui entama au goulot la bouteille de vin et compléta la place vide par de l’eau de la fontaine. Jean du même nom eut peut-être conclu ainsi cette « fable » : ne laisse pas autrui faire à ta place ce dont tu es capable d’assurer.
(*) bistro ou bistrot, les deux écritures sont autorisées. Bistro sans « t » me paraît plus esthétique même si bistro
et santé ne sont pas toujours compatibles.

En ce temps là la circulation automobile n’était pas des plus intenses. Les troupeaux de bovins se déplaçaient tranquillement dans le village du pré à l’étable, les poules picoraient dans le fossé herbeux, les jeunes gens organisaient des parties de pelote dans la rue, connaissant parfaitement l’heure de passage de l’autobus, avec un matériel très simple : un portail de grange en guise de fronton, des raquettes en bois en lieu de pala, ou des journaux torsadés faisant office de chistera, une balle de tennis au lieu de la pelote réglementaire. Du bistro Estanguet le client fatigué empruntait une porte donnant sur la rue et, sans parfois même ouvrir les yeux, se soulageait sans vergogne contre le mur extérieur de l’établissement, de longues tracées odorantes traversant ensuite la route jusqu’à la rigole opposée. Lorsque Estanguet s’agrandit de nouvelles salles, des WC plus modernes furent installés à l’intérieur du café, au fond de celui-ci (dans l’ancien bistro ils se situaient dans une cour trop éloignée des agapes pour espérer attirer les clients). Mais le grand Arnaud mit du temps à intégrer cette nouvelle disposition des pièces. Perturbé par l’absorption de picrate, dont seule la quantité ingurgitée l’intéressait, dans un état quelque peu vaporeux (drin embrumat), un besoin urgent le fit prendre la porte du chais. Un mur qui jouxtait la porte s’offrit à lui qu’il pensait être … le mur de dehors, comme dans l’ancien bistro. Réflexe fatal car il s’agissait en fait du mur … du couloir séparant le chais d’une autre salle. Retentit alors un énorme « Quin salòp » – que je ne pense pas utile de traduire – sorti de la bouche de la tenancière, au langage habituellement châtié et même précieux quand l’occasion se présentait.

 

Rome 2014 (troisième partie)

La troisième et ultime partie décrit nos deux derniers jours à Rome.
Quatrième jour : jeudi 13 mars (Place d’Espagne, Place du Peuple, Villa Borghèse, Villa Médicis, Église de la Trinité des Monts, Quirinal, et encore Panthéon et Piazza Venezia)

La matinée débute par la Piazza di Spagna et la Piazza del Popolo, deux places importantes et d’architecture étonnante, reliées par deux rues parallèles et commerçantes, que nous sillonnons lentement : via Margutta et via del Babuino.
La Place du Peuple (Piazza del Popolo) se situe au carrefour stratégique de trois grandes artères formant le « Tridente » (trident)  : via di Ripetta qui mène aux rives du Tibre, via del Corso qui conduit à Piazza Venezia et Capitole, via del Babuino qui relie Piazza Popolo et Piazza Spagna. Ainsi cette Place permet-elle d’atteindre d’autres lieux attrayants comme la Villa Borghèse ou les rues avoisinantes riches en galeries d’art et boutiques d’antiquités. L’Église Sainte-Marie-du-Peuple (Chiesa Santa-Maria del Popolo) mérite aussi une visite pour son style baroque et ses nombreuses chapelles.
Sur les deux photos qui suivent de la Place on distingue l’obélisque égyptien, datant de 1589, et la Porte du Peuple (Porta del Popolo) juste à côté de l’Église. Enfin, au sud de la Place se dressent deux églises jumelles qui confèrent à l’ensemble une cohérence et une majesté indéniables : Santa Maria dei Miracoli et Santa Maria in Montesanto.

Piazza del Popolo.

Un peu plus loin on débouche sur la Place d’Espagne (Piazza di Spagna), autre endroit remarquable prisé des touristes. De la Place s’échappe un vaste escalier permettant de monter jusqu’à l’Église de la Trinité-des-Monts (Chiesa della Trinita dei Monti). Un escalier central et deux escaliers latéraux. Escaliers recouverts de fleurs chatoyantes l’été mais pas durant notre période de visite. Du haut très belle vue sur les toits de Rome et en particulier le Capitole.

Piazza de Spagna et vue de Rome prise de l’église de la Trinité-des-Monts.


Deux originalités glanées dans les églises parcourues ce jour.

Nous ne verrons ensuite que l’extérieur de la Villa Borghèse car la visite de la Galerie nécessitait une réservation préalable. Nous nous contentons donc de cheminer dans le très vaste Parc Pinsio, ses arbres et bosquets verdoyants, ses sculptures, lacs … endroit propice pour la pause du déjeuner campagnard. De même nous ne percevons que l’extérieur de la Villa Médicis dont l’exposition proposée dans le musée ne nous attire guère.
Éléments du Parc Pinsio (Villa Borghèse) dont le temple Esculape
Façade de la Villa Médicis et fontaine du Dieu Mercure

Nous redescendons ensuite vers le Quirinal (Quirinale), résidence actuelle du chef de l’état italien qui fut d’abord résidence d’été des papes puis résidence royale de 1870 à 1947. Au centre de la place l’obélisque du mausolée d’Auguste.

Le garde du Quirinal ne semble pas comprendre le parler italien d’Oscamou.

Poursuivant notre marche dans les rues romaines jusqu’à la nuit tombante nous nous retrouvons une nouvelle fois devant le Panthéon, toujours sans apercevoir la musicienne (muse et sienne) de Jean-Louis Toss. La Place Venezia nous reçoit elle aussi de nouveau mais cette fois elle s’enrichit d’un agent de police qui s’égosille et gesticule au milieu d’un carrefour embouteillé. On se croit revenu en arrière chez nous quand les ronds points n’existaient pas ou quand les feux rouges s’avéraient inutiles du fait d’un trafic trop intense. Des quelques photos prises à cette occasion je n’en garde qu’une qui exprime l’animation régnant, celle de la circulation et celle du policier.

La Place Venezzia est bien gardée.

Au repas du soir qui succède à cette balade nous apprécions notre première pizza du séjour. Quand même ! Le match de foot qui se déroule sous nos yeux dans le petit écran ne nous déconcentre pas de notre objectif gustatif.
Nouvelle marche pour retrouver le quartier Termini mais en cours de route nous prenons le dernier verre de la journée dans un bar populaire où nous faisons la connaissance (à moins que ce soit l’inverse) d’un Romain que nous nommerons Luigi. Longue et variée conversation, parfois même monologue tant notre interlocuteur a envie de parler et de faire connaître et apprécier sa ville, lui qui a parcouru plusieurs arpents de France et aime comparer les deux pays. On s’informe, on informe, et on s’amuse bien, car Luigi manie l’humour et la gestuelle à la manière des personnages de Fellini ou autres réalisateurs italiens. Dommage de ne l’avoir connu que lors de notre dernière soirée romaine.

Cinquième jour : vendredi 14 mars (Santa Maria di Maggiore, Montecitorio, Saint-Louis-des-Français)

Dernière matinée avant le casse-croûte à la maison précédent le départ pour l’aéroport : les deux couples se séparent pour quelques courses ou cadeaux mais aussi pour flâner dans des lieux encore inconnus.
Dans un premier temps nous visitons la basilique papale Santa Maria di Maggiore, Bernini fut inhumé en 1680. Encore un monument superbe avec sa Chapelle Sixtine, son dôme, ses vitraux, ses confessionnaux, ses sculptures, ses mosaïques somptueuses. Je ne résiste pas à l’envie de vous présenter un nombre important de photos de ce site : lourd à visionner mais tellement beau …
    


Quelques unes des richesses de la basilique Santa Maria di Maggiore.

Au passage devant le parlement, Palais Montecitorio, nous émettons le même commentaire que devant le Quirinal concernant la facilité avec laquelle on peut s’approcher de l’entrée et des gardes qui la surveillent, pouvant même poser une question à l’un d’entre eux.

Piazza Colonna et le Parlement italien.

Notre toute dernière vision romaine concerne l’Église Saint-Louis-des-Français (Chiesa S.Luigi dei Francesi) avec, entre autres trois remarquables peintures de Caravage, peintre mais aussi personnage hors du commun. Sa biographie se lit comme un roman policier avec des scènes de violence et des démêlés avec la justice. Sa peinture se distinguait de celle des courants artistiques de son époque tant par ses couleurs que par le réalisme qu’elle décrivait.

La Vocation de saint Matthieu (Caravage)

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Quelques richesses de l’église Saint-Louis des Français.

Et voilà, c’est fini pour l’émerveillement par rapport à Rome et ses rues, ses places, ses églises, ses monuments … Encore quelques emplettes et souvenirs avant d’attendre notre chauffeur Mario venu nous chercher vers 13h et parler quelques minutes avec notre logeuse Paola. Trois heures d’attente à l’aéroport pour un départ vers 16h30 et une arrivée à Toulouse un peu avant 18h. Retour Toulouse-Oloron sans problème avec une réception chaleureuse de Laure et Pablo.
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Des remarques générales et d’autres plus particulières pour conclure la description de ce séjour romain.
Aucune fausse note à mettre en avant quant au voyage lui-même, à l’appartement choisi, aux nombreuses et variées visites, au temps idéal rencontré chaque jour, doux en journée, à peine rafraîchi en soirée, sans pluie.
De nombreuses (trop ?) photos complètent le récit, mais nous avons fait appel parfois à des clichés « extérieurs » lorsque nous n’avions pas eu l’occasion ou le temps de figer un site important.
Bien sûr, en ces quatre jours seulement à sillonner Rome un choix d’itinéraire était obligatoire, tant abondent les curiosités et richesses de la ville, ce qui devrait nous inciter à revenir pour combler les lacunes et approfondir nos connaissances sur l’art romain. L’essentiel de nos parcours s’effectua à pied si bien que nous découvrîmes un maximum de places, munies de leur obélisque, et d’églises, sans les visiter toutes. Souvent divers styles d’architecture se côtoyaient dans une place, parfois dans un même édifice, correspondant à des époques différentes, comme le baroque et le classique par exemple. A ce sujet, les livres spécialisés nous éclairent heureusement de leurs commentaires et donnent envie de revoir Rome sous un autre œil.
A courir vers les découvertes artistiques ou archéologiques on ne pouvait pas en plus rencontrer réellement des Italien(ne)s, sauf de manière brève quelques serveurs ou serveuses de restaurant. On retiendra seulement quatre visages, ceux des personnes avec qui nous avons pu nous entretenir un minimum de temps : Paola, Mario, Gino,Luigi. Tous se montrèrent chaleureux et accueillants, tout comme d’ailleurs les employés divers à qui nous avons eu affaire dans les bars, les musées, les magasins, l’Office du tourisme … Même les gardiens du Quirinal ou ceux du Parlement répondirent avec gentillesse à nos questions : difficile d’imaginer cela devant l’Élysée ou devant la Chambre des Députés chez nous.