Midol et le S.D.U.S. : deuxième partie (1979 à 1983)

13 janvier 2015
Il y aura une semaine demain que débutait sur Paris, d’abord à Charlie Hebdo, une succession d’assassinats et de prises d’otages. Ces « histoires » dramatiques, traumatisantes puis mobilisatrices entraient dans l’Histoire du pays. Face à ces moments emplis de douleur mais aussi d’espoir l’article qui suit paraîtra bien désuet. Commencé en décembre dernier, je viens quand-même de le terminer, m’accordant donc une page de détente et de vide au milieu des lectures, écoutes, reportages, rassemblements, défilés (Oloron et Pau pour moi). Même Midi Olympique, cité dans mon introduction, a quelque peu bouleversé sa pagination, s’intitulant  « Charlie Olympique ».
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Comme annoncé dans la première partie « Midol et le SDUS » publiée en décembre dernier, les titres-en gras-et extraits d’articles parus dans Midi Olympique entre les années 1977 et 1983 se réduisent à quelques plaisanteries (ou qui se voudraient telles) ou jeux de mots, en abordant très peu les contenus techniques ou statistiques de ces articles.

Saison 78-79.(suite)

Après l’offense … l’offensive.
Offense : celle ressentie par l’équipe fanion, ne parvenant pas à se qualifier pour la phase finale du championnat.
Offensive : celle de cette même formation, en Challenge Delaud, délivrant au public dionysien de chatoyants mouvements. Offensive aussi  : celle des dirigeants du club, décidés à  compléter leur formation par de nouveaux éléments, déjà essayés lors des matches amicaux de ce mois ; en avril, ne te découvre pas d’un fil … mais découvre-toi plus d’un … fils venu agrandir la famille du S.D.U.S.
Bravo à la sympathique équipe de Josbaigt (Béarn) où instrumente l’ex Dionysien Serge De Coninck, qui manque d’un souffle la montée en Fédérale, mais dont la devise mérite d’être citée : « Victoire ou défaite, à Josbaigt, le rugby c’est toujours la fête« .

Saint-Denis reçoit un … Avril favorable.
Mois d’avril en effet favorable aux équipiers séniors, vainqueurs successivement des Finances (en Delaud) et de diverses équipes de Vincennes, du Métro, du P.U.C. (en amical).
Puisse le mois de mai voir nos deux formations poursuivre leur série victorieuse et confirmer l’adage : le S.D.U.S. au printemps pratique un rugby content ; le S.D.U.S. au printemps sème des essais tant et tant.

Saint-Denis : le Delaud tombe à l’eau.
Chaque année le S.D.U.S. connaissait des hauts en … Delaud (challenge). Cette saison ce furent plutôt des bas, et même des ébats dans l’eau car le Delaud n’eut pas son halo habituel, le mauvais temps contrariant souvent les galops des 31 acteurs..

Du sang neuf en (mille) neuf cent … 80 à Saint-Denis.
La saison s’achève par quelques matches amicaux et déjà les responsables du S.D.U.S. scrutent l’horizon de la prochaine. Dédé Le Magouarou met le point final à une carrière ô combien remplie, quelques juniors vont changer de catégorie, on va retrouver avec plaisir le deuxième ligne Jeannot Pol, de retour au club après 3 saisons passées à Clamart : sa robustesse et son engagement apporteront du tonus aux avants que lancera Michel Rogel. Mais ce dernier ne retrouvera pas Alain Berdot à l’ouverture puisque l’ancien capitaine du S.D.U.S.  « remettra » ça pour une année au Mexique où il entretiendra la forme du mieux qu’il peut.
Une sélection d’Ile de France disputait ces derniers dimanches des matches de propagande lors desquels Saint-Denis offrit le concours de quelques uns de ses meilleurs éléments de la saison : Serge Solana, Claude Fillol et Gilbert Léger. Sympathique récompense pour nos trois valeureux garçons, ravis de participer à des rencontres au rythme plus élevé qu’habituellement.

Saint-Denis : des nouveaux … et du renouveau.
Les rencontres amicales du printemps fleurissent souvent d’anecdotes et de curiosités. Ainsi, il ne se passe pas de match sans que le 2ème ligne René Ballin n’inscrive son essai, narguant ses camarades de l’arrière. On connaissait Alain philosophe, voici Ballin file au but.
Quant au jeune Ripoll, il étrennait d’un … 7ème poste contre Soisy : trois-quart aile, venant après ceux de pilier, talonneur, 3ème ligne aile, demi de mêlée, demi d’ouverture, centre. Être à la fois Paparemborde, Gallion et Gourdon, faut l’faire !

Songes (rugbystiques) d’une nuit d’été.
La saison 78-79 à peine terminée, les équipiers dionysiens préparent déjà la prochaine … dans leur sommeil.
Dans leurs rêves, les piliers D.Ballin, J-J.Dhieux, D.Solana enfoncent la muraille de Chine : de quoi faire rire … jaune les futurs dragons adverses.
Les talonneurs Devaux, G.Gay, S.Ripoll observent que leurs crampons se prolongent de longues dents métalliques propres à ratisser des ballons consommables : c’est l’pied (prolongé dans un certain état … long).
Les 2ème lignes T.August, R.Ballin, C.Hanicot, Doumenjou expérimentent des chaussures munies de ressort, survolent les touches et … volent quelques touches dans l’assistance féminine.
Les 3ème lignes aile H.Barrera, M.Blavy, J-F.Démery, P.Fillol, M.Garcia dévoilent un moteur neuf dans leur organisme, qui leur permet de tisser un, deux, trois rideaux.
Le 3ème ligne centre S.Solana, plébiscité par tout un peuple, se demande s’il mérite tant d’honneurs : comme dirait Claude de Narbonne, il se fait du mauvais sang, héro.
Les demis de mêlée M.Rogel et D.Roques se transforment en anguilles agiles et se glissent à travers les mailles d’un filet à demi-emmêlé.
Les demis d’ouverture G.Léger et L.Solana deviennent des plaques tournantes et distillent avec harmonie et sans parcimonie leur manne à des équipiers voraces.
Les centres E.Bavière, P.Leray, Montolio se munissent d’un accélérateur foudroyant qui les propulse dans des trous d’épingle : les voici troubadours, maîtres de trous balourds.
Sur les trois-quarts-aile Carriquiriborde, J.Coulon, L.Malivert, O.Tomaier croissent des ailes grâce auxquelles ils s’engouffrent dans d’étroits couloirs qui mènent au paradis, délimité par une ligne blanche transversale : la foule est ravie et les ailiers ailés hélés.
Les arrières C.Fillol et S.Guillot se découvrent des doigts aimantés … aimant attirer à eux cet étrange objet ovale qui dérive dans le ciel.
Les « anciens » F.Añon et D.Le Magouarou remettent ça pour un an.
Le Président G.Barreau se voit pousser une troisième main, nécessaire pour pour distribuer toutes les demandes de mutation, réclamées par les nouvelles recrues.
Les entraîneurs J.Dubrana et C.Dubot disposent d’une pelouse verdoyante à l’année longue, d’un joug rutilant, et doivent sélectionner les éléments désireux de participer à l’entraînement car les vestiaires ne suffisent plus.
Le préposé au tableau d’affichage exige une 3ème case pour placer ses chiffres.
Les dirigeants des juniors R.Raluy et C.Hendryziak restent écoutés et suivis de leurs poulains, toujours à la une et à la hune du club.
Les responsables de l’École de Rugby G. et M.Léger, J-Y.Périssel se multiplient pour satisfaire leurs ouailles attentives et avides d’apprendre.
Les réservistes se bousculent chaque dimanche pour former une, deux, trois équipes.
Le trésorier L.Solana tempête contre les bénéfices trop élevés et difficilement comptabilisables.
Le responsable aux équipements I.El Harim dispose de maillots infroissables, indéchirables, insalissables, indéboutonnables.
Les supporters et amis s’usent leurs mains encornées à force d’encourager et applaudir leurs favoris.
Entre ces rêves de l’été et la réalité de septembre, quelques semaines de repos, de voyages, de soleil. Bonnes vacances à toutes et tous.

Saison 79-80.

Bons débuts à Saint-Denis.
Le premier match de Challenge Delaud contre Soissons permettra d’étalonner sérieusement la formation dionysienne. Si les pluies de cette fin d’été persistent on pourra, à l’occasion de ce Challenge … Delaud, noyer le … Soissons.

Retours au sein du nid … à Saint-Denis.
Pour son troisième match de la saison face à l’A.C.B.B. en Challenge Delaud, le S.D.U.S. retrouvait son demi de mêlée Michel Rogel, le centre Éric Bavière et l’inusable Francis Añon. Le coach Dubrana disposera bientôt de tout son monde puisque, par rapport à l’an passé, seuls manquent encore à l’appel … le militaire Leray, Blavy, Malivert et les frères Ballin, sans compter Dédé Le Magouarou et Luis Solana, dont l’intention serait de raccrocher les crampons ; mais sait-on jamais avec le démon du rugby : ce démon est parfois merveille.

Saint-Denis avant l’ouverture.
Au moment où son Sud-Ouest natal est survolé par les palombes, il ne fait pas … l’ombre d’un doute que l’entraîneur Dubrana  espère, en ce nouveau championnat, voir son équipe survoler le haut du classement de la … poule.

Saint-Denis fiévreux à … Évreux.
Hélas, pour la reprise du championnat, ce ne fut pas la fièvre du … dimanche après-midi : les Dionysiens n’étaient pas survoltés comme Travolta et il n’était pas question que Saint-Denis défit … Évreux.
Ce résultat négatif n’empêchera pas le sursaut attendu lors des prochaines confrontations. Ainsi, Le Havre rendant visite à nos séniors, il devrait venir du port, le salut, cependant qu’en recevant les Nordistes d’Arras, nos juniors prouveront qu’ils ne sont pas encore trop … harassés et qu’ils n’en ont pas encore … Arras le bol du rugby.

La plus « grande » 3ème ligne de 3ème division ?
L’entraîneur Jean Dubrana dispose à présent de quatre 3ème lignes d’au moins 1m90, avec Doumenjou, Patrick Fillol, Guignon et Serge Solana. Mais le tonique Michel Garcia, de retour contre Le Havre, postule lui aussi à une place de flanker, à condition que cheville et clavicule  répondent.

Neuf visages … neufs à Saint-Denis.
La série noire continue à Saint-Denis, noire comme la boue des terrains actuels, noire comme la Toge que revêtiraient les esprits du mal du rugby. Contre Courbevoie le pack dionysien était privé des cinq joueurs chevronnés et athlétiques que sont Serge Solana, Patrick Fillol, René Ballin, Doumenjou et Garcia, sans compter le militaire Blavy, cependant que dans les lignes arrières faisaient défaut Roussel, Carriquiriborde et Tomaier. Devant cette épidémie de blessures, l’entraîneur Jean Dubrana n’a d’autres choix que de lancer dans le grand bain de nouveaux éléments : pas moins de neuf depuis le début de championnat, par rapport à l’équipe habituelle de la saison passée. Il s’agit des nouvelles recrues Montolio, Doumenjou, Roussel, de l’ancien junior Guignon, de l’actuel junior Périssel, de l’ancien réserviste Ripoll (qui assure la succession de Le Magouarou), de Daniel Roques (homme protée des lignes arrières), de Bernède et Kiss, les piliers, dans tous les sens du terme, de l’équipe II.

Après la bile … le bilan.
On connaît les soucis rencontrés depuis le début de saison par les responsables dionysiens pour faire face aux nombreuses et sérieuses défections, dues à des fractures (Serge Solana, Michel Rogel, Pacha),  des opérations(René Ballin, Roussel), ds indisponibilités de longue durée (Doumenjou, Tomaier, Garcia, Carriquiriborde). Si bien que lors des neuf matches de cette phase aller, pas moins de 31 joueurs revêtirent au moins une fois le maillot de l’équipe fanion.

Vœux de poule.
La situation difficile dans laquelle se trouve le S.D.U.S. à la fin ses matches aller n’engendre tout de même pas trop de morosité chez ses sociétaires qui croient au renouveau de 1980. A l’aube de cette nouvelle année, assemblons pêle-mêle, dans le même panier, les vœux de la poule 2, aux participants de laquelle Saint-Denis souhaite des joutes à venir emplies de sportivité et de … réussite.
Meilleurs vœux donc à Évreux, Le Havre, Saint-Pol, Pontoise, Courbevoie, Les Mureaux, Suresnes, Puteaux et le S.C.U.F.
Afin de remonter sans tarder vers les sommets on attend du S.d.u.s. qu’il emprunte les chemins les plus droits menant au succès, mais aussi, s’il le faut, une Courbe … voie. Alors, aucun obstacle ne saura le détourner, ni les « Murs … hauts » qui dominent la Basse Seine, ni Suresnes qui voudrait pourtant devenir, c’est sûr, reine de la poule. Puis, avant de faire ses adieux à Chevalier et son équipe, il faudra ressortir le vieux slogan : « Puteaux mourir qu’être vaincu ». Il restera à affronter les vieux amis du S.c.u.f. au cours d’une troisième mi-temps « homér … hic ! » et conclure : »ça S.c.uf. … fit » pour cette saison.

Désespoir et des espoirs.
Les jeux sont faits. Suite à sa défaite (10-22) au Havre, le S.d.u.s. ne peut plus espérer échapper à la descente en division Honneur. Dure réalité pour ce club qui manqua de nombreuses fois la montée en deuxième division, parfois de fort peu, la dernière occasion se présentant en 1976, avec, comme rescapés actuels : Hanicot, Serge Solana, Claude Fillol, Rogel, Démery, Bavière, Malivert, Léger. Pour l’instant Saint-Denis accuse le coup et finit sa saison en incorporant des juniors qui amènent un peu de dynamisme et de fraîcheur. Après Desruissaux à la mêlée et Périssel au talonnage, voici Brousse à l’arrière puis à l’ouverture, et Morel à l’aile. Avec de tels espoirs, pas question que Saint-Denis cède au désespoir d’autant que la réserve de Démery (quand celui-ci n’instrumente pas en équipe fanion) progresse et dispose d’un effectif qui gonfle en fin de saison.

Saint-Denis : bilan et bile an 80.
A l’issue du championnat de France 1979-1980 Saint-Denis termine neuvième de sa poule, qui ne fut donc pas une poule aux œufs d’or.

A la une …  les juniors de Saint-Denis.
Depuis le début de saison, cinq juniors ont instrumenté en équipe I : Pascal Brousse à l’arrière, Alain Chollié au centre, Éric Desruissaux à la mêlée, Bidou Morel à l’aile et Jean-Yves Périssel au talon ou en troisième ligne.
Ces juniors méritent donc la une, puisque, placés à la hune du vaisseau dionysien, ils en font la présente fortune. Grâce à eux, le S.d.u.s. contourne les dunes ensablées érigées par l’adversaire. Que ne feraient pas nos jeunes pour aguicher quelques brunes opportunes qui, des tribunes, suivent du regard les tuniques des « bleus et blancs » ? Sans vouloir viser la lune, ni se considérer comme uniques en leur genre, ils veulent sortir leur club et Gérard Barreau, leur Président, du tunnel de la division honneur. Pour cela, point besoin de leur verser quelques tunes, ils jouent pour des prunes … sans en distribuer, exhibant ainsi des qualités communes à bon nombre de jeunes de notre univers rugbystique.

Saison 81-82.

Les familles du rugby dionysien.
A Saint-Denis officient trois frères Solana en équipe première : le pilier Didier, le troisième ligne centre Serge (meilleur marqueur d’essais avec quatre actuellement) et l’ouvreur Luis (le buteur auteur de 25 point pour l’heure). Il convient d’ajouter leur père Luis : trésorier du club de Gérard Barreau et des vice-présidents Dubot et Périssel. Fait encore plus rare, on vit opérer face à Ris-Orangis, en réserve, le père Francis et le fils Didier de la famille Añon.
S’il appert que la paire, guère éperdue père-fils, perd, dans son repère, ce match (10-14), les conseils réitérés du père (sévère) feront progresser le fils. Ce dernier, après des fêtes de fin d’année à la mer, découvre l’amère défaite. S’il n’est pour l’instant guère épais (comme disait Tolstoï), Didier commence tôt son apprentissage rugbystique, prêt à suivre les traces encore chaudes de son père Francis et celles de ses oncles Jean-Pierre et Alain, qui instrumentèrent aussi au S.d.u.s. voici quelques années. [ Remarque  : quelques années plus tard Francis et sa femme Colette devinrent responsables de la buvette du club, située alors sous les tribunes].
Ce même jour se produisirent les frères Djelloul au centre de la ligne de trois-quarts, et les cousins Morel au sein de la ligne d’avants.
On a coutume de parler de la grande famille du rugby ; on peut lui associer le rugby en famille.

Saison 82-83.

Saint-Denis au paradis.
Après trois saisons de purgatoire en honneur, le club de Gérard Barreau et Jean Périssel retrouve le paradis de la troisième division, grâce à sa victoire contre Tourcoing, à Soissons (12-3). Ce jour de gloire tant attendu depuis quelques années, on le doit à des joueurs qui entrent dans le gotha du rugby à Saint-Denis, à leur tour. Avec leur entraîneur Éric Blanc, ils méritent d’être cités, ces quinze vaillants : Desruissaux (capitaine), Malivert, Chollié, Brousse, Hameau, A.Berdot, Rogel, Doumenjou, S.Solana, Périssel, Le Gal, Hanicot, D’Hieux, Chambon, Bernède, auxquels on ajoutera ceux qui n’auront manqué que ce match : Léger et Leligné ainsi que les remplaçants Thierry et Marc Gaignard, Francis Añon, Alibert et Dubié.

Saint-Denis : un qualifié mais aussi un cas.

Pour terminer, deux photos des équipes I et II du SDUS de cette époque. Malheureusement quelques noms me manquent, ainsi que quelques prénoms (et quelques orthographes douteuses). J’espère que l’un d’entre vous me les communiquera ou les corrigera. Je m’aperçois aussi que certains cadres de l’équipe fanion de ces mêmes années ne figurent pas dans ces deux clichés : Luis Solana, Michel Rogel, Alain Berdot, Jean-François Démery, Dédé Le Magouarou, Serge De Coninck, Éric BAVIÈRE  … J’essaierai de les retrouver sur d’autres photos. 

img034Équipe I.
Debout, de gauche à droite : Stéphane RIPOLL, Claude DUBOT (Président), Didier SOLANA, Christian HENDREZIAK (entraîneur), Jean-Jacques D’HIEUX, Marc BLAVY, René BALLIN, Claude HANICOT, Jean-Luc CIAIS, Serge SOLANA.
Accroupis, de gauche à droite : Éric DESRUISSAUX, Jean-Jacques (?) CARRIQUIRIBORDE, Alain CHOLLIÉ, Gilbert LÉGER, Laurent MALIVERT, X, Pascal BROUSSE.
Équipe II.
Debout, de gauche à droite : Michel BERDOT (dirigeant/presse), Alain BERNÈDE, (?) SCHLACHTER, Jean-Marie LELIGNÉ, Jean-Yves PÉRISSEL, Franck LE-GALL, Thierry ou Marc (?) GAIGNARD, Patrick (?) LELIGNÉ, Pascal DESRUISSAUX, Jean PÉRISSEL (dirigeant)
Accroupis, de gauche à droite : Francis AÑON, (?) MONTOLIO, Didier ROQUES, Jean-Yves (?) POURIAS, Alain CANDAU-TILH, Alain ROUILLÉ, Jean-Jacques HAMEAU

Midol et le S.D.U.S. : première partie (1977 à 1979)

Correspondant du S.D.U.S. (club de rugby : Saint-Denis Unions Sports) à l’hebdomadaire toulousain du rugby Midi Olympique (Midol pour les habitués), de 1977 à 1995, j’ai conservé la plupart de mes articles. Au début leur parution était très fréquente car j’entretenais de très bons rapports avec le chef de la rubrique Île de France au Midol :  l’Ariégeois Jeannot Castelnau. On échangeait même des impressions sur les célèbres fêtes d’Esquiule et on se croisait au restaurant d’un autre enfant de la Soule, Pierrot Lephaille. Cette connivence favorisa donc la parution régulière de mes commentaires  et encouragea mes envies d’écriture. Peu à peu, au fil de la réorganisation du Midol et du départ de Castelnau, l’importance des correspondants locaux baissa d’un cran et les articles se raréfièrent sur la fin. Comme je relisais récemment ces « papiers » de naguère il m’a pris l’envie de faire revivre quelques uns des titres d’articles ou, à défaut, quelques commentaires qui se voulaient humoristiques. J’épargne au lecteur les articles plus « sérieux » ainsi que les statistiques dont j’étais coutumier à l’époque, en n’utilisant que la feuille et le stylo. Bien sûr ce qui suit risque de n’intéresser que des anciens joueurs et dirigeants de Saint-Denis. Pour ne pas alourdir l’ensemble ne figurent pas les dates de chaque écrit mais elles sont disponibles pour toute demande. Je précise simplement l’année de la saison qui correspond. Les caractères gras sont utilisés uniquement pour les titres des articles. Pour la raison évoquée plus haut les extraits relevés s’arrêtent à l’année 1983. Néanmoins la longueur de certains textes me pousse à partager  en deux parties cette revue d’articles : de novembre 77 à avril 79 (première partie) et d’avril 79 à mai 83 (deuxième partie).

Saison 77-78

Michel Rogel : le demi … bien frais de Saint-Denis
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Il s’agit du demi-de-mêlée du S.D.U.S., également responsable de l’Ecole de Rugby du club et plus tard entraîneur de l’équipe fanion.

Dans l’équipe II, qui est enfin sortie … de sa réserve, figurent les anciens équipiers premiers Mollet et Démery, qui savent étaler leur science du jeu et cacher leur âge.

Le calme … et l’espoir après les bouleversements.
Parmi les départs signalons celui, pour le Mexique, du capitaine de l’équipe I, Alain Berdot, emportant avec lui ses grigris … et ses chansons pas grises du tout.

A noter, en équipe II, la paire de demis la plus âgée (66 ans … à eux deux) et la plus myope (une paire de lunettes chacun, en dehors du terrain). Nous tairons le nom de cette charnière qui se refuse à grincer – 37 ans après on peut révéler qu’il s’agissait de Francis Añon et de votre serviteur.

Un entraîneur qui connaît la musique.
A St-Denis le rugby n’est pas la guerre mais demeure un jeu, avec les aléas que cela comporte. Aussi n’essaie-t-on pas de motiver les joueurs à l’aide de chants martiaux ou de musiques guerrières. L’entraîneur Dubrana, dont on savait déjà qu’il avait bon œil et bon nez, considère qu’il faut prendre le rugby par le bon bout de …  l’oreille. Ainsi, lors des minutes précédant une rencontre importante, il inonde le vestiaire de musiques choisies pour leur effet stimulateur , ce qui ne veut pas dire belliqueux, et leurs vertus de concentration.
Ainsi, lorsqu’un Dionysien pénètre sur le terrain, il ne fixe dorénavant que le SOL sans se soucier de l’adversaire, de l’état de la pelouse, ou de l’aMI de la tribune. Il se gale déjà des FAbuleux exploits à venir et SI, hélas, LA malchance est au rendez-vous, il sait DOminer sa rage et attendre les jours meilleurs.

Saint-Denis ou Cinq-Denis ?
Le chiffre 5 caractérise la saison du S.D.U.S. En fin de championnat le club se classe en 5ème position de sa poule à … 5 points des seconds (Viry, Lorient, Trignac), après avoir remporté 5 victoires à l’extérieur et concédé 5 défaites sur son herbe, la remontée au classement s’effectuant à partir du moment où le pack retrouva son 5 de devant au complet. Outre les équipiers Le Magouarou, D’hieux, Léger et Godet, qui ont participé aux 18 rencontres, un 5ème élément, René Ballin, n’a manqué qu’un seul match.

Fin du rugby hivernal. Place au rugby printanier.
Les bourgeons recroquevillés éclatant en ce printemps naissant préfigurent une mêlée, courbée sur son ouvrage, qui soudain libère un ballon d’offensive. Celui-ci rebondit de branche en branche, comme un message que chaque joueur se transmettrait. Parvenu en bout de ligne, il s’en revient vers ses créateurs, infirmant l’adage selon lequel un ailier prend « racine » dans sa solitude. Lorsqu’il s’égare dans quelque recoin de verdure pour y reprendre souffle, quelqu’un, toujours, le redonne en pâture à deux rangées de huit arbres alignés et dressés, avides de cueillir cette offrande ovale, formant au creux de leurs paumes un nid douillet et chaleureux. Une fois de plus le ballon a fait une touche.

Saison 78-79.

Un capitaine … neuf à Saint-Denis : le demi de mêlée Michel Rogel.
L’indéracinable talonneur Dédé Le Magouarou comptait passer la main (et le talon) cette saison. Mais tout un chacun espère que cette retraite ne se fera que progressivement, compte-tenu des indisponibilités passagères qui contrarient la stabilité du cinq de devant. Lui succède au capitanat de l’équipe fanion, le talentueux demi de mêlée numéro 9, Michel Rogel, au club depuis sa plus tendre enfance, éducateur de notre école de rugby, et dont la forme précoce de ce début de saison constitue un encouragement et un stimulant pour tous. Que chacun se rallie à ce nouveau panache flamboyant et ondoyant, aussi Breton que son prédécesseur.

Saint-Denis a D’HIEUX  pour lui et aussi JÉSUS.
On connaît la Basilique de Saint-Denis et ses tombeaux de Rois de France. On sait aussi que parmi les effectifs du S.D.U.S. figurent le pilier de l’équipe première D’Hieux, dont il ne faudrait pas croire qu’il multiplie … les pains sous la mêlée, et un dirigeant-joueur de la réserve, surnommé Jésus, 33 ans cette année justement, dont les miracles se font pourtant attendre.

Sur les 18 équipiers premiers déjà utilisés, 15 sont issus des juniors du club. Parmi eux, les 3 frères Solana (Luis, Serge, Didier), fils du trésorier Luis Solana, qui n’est donc pas avare pour fournir du matériel … humain au club.

Saint-Denis « new-look ».
Durant le long séjour de l’hiver le S.D.U.S. a quelque peu modifié son aspect, ce qui nous vaut de … nouveaux visages en son sein … de nid. Le départ à l’armée du capitaine (déjà !) et demi de mêlée Michel Rogel, respecté de ses partenaires et adversaires, permet l’incorporation de l’ancien ouvreur-droppeur Luis Solana.

Saint-Denis : les souhaits, en attendant les … suées de la reprise.
Longue période de repos forcé, en championnat, mais non à l’entraînement ; profitons de cette coupure pour émettre les souhaits usuels à l’orée d’une nouvelle année.
Au pilier D’HIEUX : mettre à genoux son opposant direct, au talonneur LE MAGOUAROU garder l’envie de dire :  » jouer au talon dans cette équipe, c’est l’pied ! « . Au pilier Daniel BALLIN : sortir, si le talonneur adverse abuse du trapèze, un … triangle d’interdiction. Au tracteur René BALLIN : ne jamais tomber en panne … d’aisance. Au 2ème ligne HANICOT : continuer l' »éducation » de ses jeunes coéquipiers. Au 3ème ligne DEMERY : se régaler de plaquages, encore et en … corps. Au n° 8 Serge SOLANA : renouveler, chaque dimanche, sa cueillette de ballons. Au junior BLAVY : persévérer dans l’apprentissage du jeu subtil de 3ème ligne. Au Basque GARCIA : retrouver l’usage de son épaule et … conserver sa « tchatche ». Au demi de mêlée ROGEL : ne pas avoir à souffler dans le ballon … ovale, pour le refroidir quand sa mêlée le lui livre trop chaud. A l’ouvreur Luis SOLANA : ne pas laisser tomber … ses coups de pied tombés. Au centre LEGER : ne pas déranger son père de soigneur pour un jet d’éponge. Au malchanceux LERAY : vite retrouver son style guilLERAY d’avant blessure. Au centre BAVIERE : réaliser des « scènes de chasse » fructueuses en terre adverse. A l’ailier TOMAIER : après sa grave blessure, retrouver un Tom … meilleur. Au rapide MALIVERT : considérer le repos forcé de ce long HIVER comme un moindre MAL. A l’arrière FILLOL : continuer de jouer l’anguille jamais prise par le filet adverse.
Aux jeunes GUILLOT, CARRIQUIRIBORDE, ROQUES, Didier SOLANA, RIPOLL, GAY : instrumenter de nouveau parfois en équipe I. A l’ancien Francis AÑON : servir longtemps encore d’exemple aux jeunes pousses. Au nouveau DOUMANJOU : se consoler bien vite de ses déboires du début de saison. A l’équipe réserve : sortir de sa …  réserve sur le terrain, avant de déguster une vieille … réserve hors du terrain. A l’entraîneur DUBRANA : recueillir enfin le fruit de ses efforts. A l’équipe junior : vaincre en s’amusant et s’amuser en apprenant.  A leur entraîneur RALUY : rester fier de ses poulains sur et en dehors du terrain. Aux jeunes de l’Ecole de rugby : bénéficier de la compétence et du dévouement  de leurs mentors. A leurs éducateurs ROGEL, LEGER frères, COULON : bénéficier de l’engouement et de l’enthousiasme de leurs jeunes élèves. Au Président Gérard BARREAU : retrouver peu à peu un XV fanion brillant comme il y a quelques lustres. A tous les accompagnateurs, dirigeants, supporters, bénévoles, à toutes et à tous : consolider l’esprit du club et prendre toujours plaisir à se retrouver.

A Saint-Denis les bons … contes font les bons amis.
Lors de son premier match contre Vierzon, Saint-Denis récita très mal sa leçon, apprise aux entraînements, et en perdit même parfois son latin : en quelque sorte une mauvaise Vierzon latine (20-26), si bien que peu de Dionysiens, fiers sont ressortis du terrain. Après cette défaite à domicile, et avant  le premier déplacement de la saison, l’entraîneur Dubrana décrète : « A Auxerre, on serre les rangs ! » puis « A Auxerre, chacun au ser … vice des autres, tous au ser … vice de chacun ». Aussi fut remportée une victoire (16-8) digne d’Auxerre … litz. Mais la semaine suivante, quel affront … Yerres nous fit en triomphant (0-10) au stade Auguste Delaune ! Et certain humoriste de conclure : « Aujourd’hui, Yerres, à deux mains, a su saisir sa chance ! ». Le dimanche d’après, changement de décor : finis les couacs dans l’harmonie dionysienne. Pas de canard non plus. Seulement quelques Sarcelles dans l’escarcelle (33-9). Le leader Coulommiers  reçu à Saint-Denis, avec la mention très bien n’y était pas venu pour « se la couler douce », au contraire des fromages du même pays. Commentaire entendu après le match : « A Coulommiers ça coule au mieux« . Si le club de La Charité en manqua un peu envers le S.D.U.S. (10-27) nul doute que sur son herbe Saint-Denis la lui rendra. Contre Nevers, seuls quatre coups de pied permirent de garder le contact (12-12) : une fois de plus « la botte de Nevers » a atteint son but. A l’issue de ce match les responsables du S.D.U.S. ne ver … sent plus dans la crainte, du fait des progrès enregistrés : Nevers, mine de rien, a servi de révélateur. Confirmation avec la venue de Châteauroux, battu (9-6). Il s’agissait pourtant d’un pacha de la poule, mais d’un pacha tôt roulé dans les mailles des filets dionysiens, desquels il ne put se dépêtrer. Enfin, sitôt la rencontre contre le S.C.U.F. terminée (12-14) et alors que fleurissaient déjà les supputations concernant les matches retours, on entendit une voix sage s’élever : « Foin de pronostics ! A chaque match S.C.U.F. …fit sa peine ! » Ainsi se termine la phase Aller et ses … aléas. Place au Retour … de manivelle.

A Saint-Denis le couloir … au pouvoir.
Michel Rogel absent quelque temps, Serge Solana, 3ème ligne centre de l’équipe, en devient le nouveau roi, en prenant … les rênes du capitanat. Plaque tournante du pack, du fait de ses prises de balle en touche et de ses qualités techniques dans le jeu, le grand Serge se trouve à présent investi des responsabilités d’organisation et de conduite du jeu. Nul doute qu’avec son frère Luis, promu demi de mêlée, il ne s’en acquite avec brio.

Rugby en famille à Saint-Denis.
Ces dernières années de nombreux tandems fraternels *  ont instrumenté en équipe fanion. Outre les célèbres frères August, Eric ** (présentement lieutenant de Bastiat à Dax) et Gérald, citons Jean-Claude et Michel Morlaès (cousins du Président actuel Montois), Francis et Alain Añon, Eric et Gérard Bavière, Jean-Pierre et Henri Speckens .., Cette saison, Daniel et René Ballin assurent la cohésion du cinq de devant, le capitaine Serge Solana opère avec son aîné Luis et son cadet Didier, et Claude Fillol, lors de ses relances de l’arrière, peut escompter retrouver son troisième ligne de frère Patrick.
Commentaires de 2014 :
*  dans les années 90 on vit aussi père et fils Hanicot (Claude et Christian) porter ensemble le maillot dionysien.
** quelques années après 1979, année de l’entrefilet ci-dessus, Eric August disparut prématurément. Ses fils connurent eux aussi une carrière remarquée, en particulier Benoît , talonneur du Stade Français puis de Biarritz, champion de France en plusieurs occasions avec ces deux clubs, International comme son père et actuellement entraîneur du Biarritz Olympique
.

Saint-Denis : juniors en pointe, seniors mal en point.
Pour reprendre une formule connue, on peut dire qu’à l’issue de leurs poules respectives, les juniors du S.D.U.S. sont OK (3ème) et les seniors KO (8ème). Pour les premiers nommés voici un résultat fort encourageant quand on songe que nos jeunes étaient encore pour la plupart cadets l’an passé, dirigés par leur actuel mentor Roger Raluy.

Du fait de nombreux changements de joueurs l’équipe II  souvent improvisa dans sa composition cette année. Ainsi à Coulommiers dut-elle aligner une charnière de 75 ans d’âge (au total seulement) qui profita des bains de boue debout, qu’offrait la pelouse (!?), pour se refaire une cure de jouvence.

Terminons par des histoires plus militaires … à terre : après le départ pour l’armée du capitaine de la 1ère Michel Rogel, c’est au tour d’un cadre … de réserve, Tonio Gilliung, de revêtir l’uniforme. Souhaitons à chacun de pouvoir se libérer souvent le dimanche, afin de livrer d’autres batailles, avec d’autres chaussures au pied.

Après le rugby d’hiver, le rugby diver … tissant de Saint-Denis.
Comme chaque année, l’arrivée du printemps annonce l’éclosion du rugby dionysien. Éliminé de la suite du Championnat de France, le S.D.U.S. est engagé en Challenge Delaud avec Yerres, Plaisir et Finances. Contre ce dernier club, St-Denis l’a emporté (58-4), enfin libéré de toute contrainte, laissant libre cours à son imagination. De chaque coin de la pelouse éclatèrent les bourgeons de l’offensive, de chaque bande de terrain déferlèrent les vagues incessantes de l’allégresse et du rugby champagne, enivrant à sou … hait. Derrière la ligne blanche adverse furent déposés avec grâce 11 ballons aboutissement d’arabesques chatoyantes. Contre les Finances, le S.D.U.S. ne fut guère…  avare d’efforts et de réussite. Merci à la sympathique équipe visiteuse, dont la terrible 3ème mi-temps fait regretter sa prochaine disparition de 3ème division.

Rencontres rugbystiques Aramits/Saint-Pée au siècle dernier

A l’époque de la médiatisation outrancière et de l’information immédiate, il y a encore des événements qui gardent tout leur secret, comme si les pouvoirs publics craignaient leur divulgation et leur diffusion. Ainsi, pourquoi et comment oublier qu’il y a 45 ans se déroula, dans la plaine de Féas, une confrontation rugbystique entre deux villages situés de part et d’autre de Féas : Aramits (vallée de Barétous) et Saint-Pée (quartier sud d’Oloron Sainte-Marie). En effet, durant les étés 1969 et 1970 s’affrontèrent, sur des prés aimablement prêtés par des agriculteurs locaux, de Féas puis d’Aramits, deux équipes non officielles constituées d’habitants (ou issus) de ces deux villages proches. La première formation, Aramits, était composée de jeunes gens d’Aramits et de Lanne en Barétous, alors que la seconde équipe, Saint-Pée, résultait de la fusion des deux parties du village, le Haut et le Bas, ainsi que de deux Parisiens originaires du lieu, en vacances scolaires en ces moments là. Avant de décrire et commenter ces deux rencontres on reviendra quelques années en arrière afin de gravir les marches menant à la formation d’une équipe de rugby de quartier.

Naissance et développement d’un esprit d’équipe.
Famille, quartier, village, formation d’une équipe. Étapes successives dans le temps qui vont nous amener à la première manche du derby barétounais.
Famille Estrate.
Paragraphe personnel qui peut ne pas intéresser mais qui me permet de revivre quelques années de jeunesse en Béarn. Je remonte à mes grands-parents maternels : Angélique (1883-1957) et Pierre Estrate (1879-1949). Ils vécurent la grande partie de leur vie dans la ferme Estrate située à Saint Pée de Haut, sur la route d’Arette. De leur union naquirent Jeanne (1908-1989), Louis (1909-1968), Marie (1912-2008).
Avec Jean Berdot (1908-2001) Jeanne Estrate donna naissance à 5 enfants : Simone, disparue à l’âge de 5 ans et quatre garçons, mes frères et moi (Pierre, Jean-Louis, Michel, Alain). La maison Berdot est située à 150 m de la ferme Estrate, c’est maintenant mon lieu de vie. La famille Berdot et leurs enfants vécurent en région parisienne. Louis Estrate épousa Madeleine Casenave (1912-1994) mais le couple n’eut pas de descendance. Il tint le fameux café Estrate situé juste en face de la ferme du même nom, café qui fut le creuset de très nombreuses discussions, casse-croûtes, apéritifs, noces ou communions, animations en tout genre et principalement parties de belote ou de manille et bien sûr chants béarnais et français. Enfin, Marie Estrate épousa Bernard Oscamou (1913-1999) et mit au monde 3 enfants : Jean (3ème génération à travailler dans la ferme), Henri et Françoise. Un compte rapide mène donc à 6 garçons et une fille qui gardent jusqu’à aujourd’hui des liens très forts entre eux.
Durant toute leur enfance les 4 « Parisiens » passaient leurs vacances d’été dans la maison Berdot et s’échappaient régulièrement dans la ferme Estrate rejoindre leurs cousins. Selon l’âge du moment les occupations et amusements variaient. Baignade dans le Vert, cachettes dans les arbres ou dans les granges, construction de cabanes dans les tilleuls ou dans le champ de topinambours, batailles rangées à coups de cabelhs (épis de maïs égrenés), quelques coups de main lors de la fenaison (quand la mécanisation n’était pas encore prépondérante les citadins aidaient leurs cousins à mettre le foin en meules ou en andins, dans l’esprit aussi de les libérer plus vite pour pouvoir se consacrer aux jeux avec eux). Aux bœufs Houchet et Rouillet succéda le tracteur que les « vacanciers » furent parfois autorisés à conduire, suprême valorisation.
Quartier Saint-Pée de Haut.
Dans les années 60 le rugby en Béarn restait le sport le plus populaire, en temps que pratiquant ou/et spectateur. Si le football réunissait   parfois  les six cousins c’est plus souvent vers le rugby que les Berdot et les Oscamou se tournaient pour le défoulement de fin de journée. Mais d’autres enfants du quartier se joignaient à eux pour constituer des équipes à l’effectif suffisant : les Lacanette (Jojo, Jeannot, Emile), les Pérez (Tony, Albert), et, plus épisodiquement, Chabanne, Larroudé, Husté, Lapuyade, Rousseau, Bédécarrats, Mouchet, Anger. Les rencontres se déroulaient « sous ls pommiers » de chez Oscamou : pré coincé en fait entre un champ de pommiers et la route. On marquait les lignes avec de la chaux achetée chez Yus ou chez Blet à Oloron et on se ravitaillait dans le bois de Saint-Pée pour confectionner  les poteaux. Il me semble encore ressentir les odeurs de la terre et de l’herbe qui nous entouraient, alors que la nuit tombait toujours trop rapidement. Parfois nous traversions la route pour nous rafraîchir dans le café Estrate : limonade ou menthe à l’eau au début puis panaché puis bière quand l’âge le permettait.
Quartier Saint-Pée de Bas.
Parallèlement à nous se réunissaient près du Pont Noir (parcours santé actuel) les jeunes de Saint-Pée de Bas : les frères Bergeras (Constant et Eloi), les frères Fourcade (Jean et André), les frères Bersans (Jean-Louis , Bernard et André), Lacazette, Laborde, Sartolou, Poutous, Maysonnave … Eux aussi exerçaient leur dextérité sur des petits terrains où ils développaient un esprit d’équipe qui servirait plus tard.
Formation d’une équipe.
Il arriva ce qui devait arriver : faisant fi des rivalités entretenues par certains, les jeunes de Saint-Pée de Haut et ceux de Saint-Pée de Bas, après quelques affrontements herbeux, mélangèrent leurs troupes pour mieux se connaître et s’apprécier. « Sous les pommiers » vit croître d’année en année une équipe soudée et solidaire, esprit de nos jours conservé. Compte tenu des différences d’âge entre les acteurs du pré, les « grands » se plaquaient entre eux et plaquaient les « petits » mais les « petits » se contentaient de toucher les « grands » qui, à ce contact, devaient libérer le ballon à la main ou au pied. Autre évolution au fil des ans concernant les boissons d’après-match : au panaché s’ajouta bientôt le blanc limé (nous ne connaissions pas encore à ce moment là le blanc de Jurançon, les futurs amis de Monein ou de Chapelle de Rousse n’étant pas encore entrés dans notre cercle) puis le pernod tomate pour les plus affirmés. L’esprit d’équipe évoqué plus haut se consolidait à la moindre occasion comme lors des fêtes locales ou dans les tribunes du stade de Saint-Pée pour soutenir le FCO. Si bien qu’un jour l’idée d’affronter les juniors d’Aramits, affiliés à la FFR, fit son chemin – il faudrait mener une enquête pour retrouver les initiateurs de cet événement.

Été 1969.
A part la photo d’avant-match, ci-dessous, nous ne disposons pas de trace imagée ni écrite de la première confrontation qui eut lieu en août 1969 à Féas, dans le cadre des fêtes de ce village, sur un pré jouxtant le camping. Pour l’instant, certaines questions demeurent sans réponse mais la lecture de ce texte réveillera peut-être quelques souvenirs. Chez qui germa l’idée de ce match ? Qui l’arbitra ? Quelle était la composition du XV d’Aramits (nous en connaissons toutefois plusieurs acteurs) ? Quels furent les marqueurs des deux équipes (à part les auteurs des essais de Saint-Pée) ? L’entraînement des Saint-Péens fut assuré par Bernard Laborde, futur cadre technicien du FCO. Je participai à tous ces entraînements sauf … au dernier car j’eus la malencontreuse idée de me mêler, sur la route du Pic d’Anie, à  deux chiens en train de se bagarrer férocement : le mien, Moujik, et un autre qui nous suivait depuis notre passage au refuge de l’Abérouat. Au lieu de leur jeter de l’eau ou d’utiliser un bâton je pensai les séparer avec mes mains pour écarter leurs crocs ! Plusieurs doigts de la main droite s’en trouvèrent déchirés, l’un assez profondément, qu’il fallut soigner à la clinique et revêtir d’un pansement. Bien sûr cet état m’empêcha de participer à la rencontre de fin de semaine : je ne pouvais même pas m’en mordre les doigts, c’était déjà fait ! Mon frère Alain représenta bien la famille puisqu’il aplatit trois essais, Bernard Bersans en marquant un autre avant. Victoire assez nette de Saint-Pée (24-3) mais la rencontre se joua avec une certaine âpreté, sous les acclamations de nos supporters usant du clairon et hissant pancartes et drapeaux dont les couleurs évoquaient les « événements » récents de Mai 68. Inutile d’ajouter que la fête qui suivit fut à la hauteur et le repas chez Poutous des plus animés.
Composition de l’équipe de Saint-Pée: Sartolou – E.Bergeras Lacanette A.Berdot Labourdette – (o) T.Pérez (m) Lacazette – C.Bergeras Lacasta Oscamou – J.L.Bersans B.Bersans- A.Pérez Fourcade Laborde.
Ont participé pour Aramits : Iralde Lembeye Mouret les frères Lapeyre Cardassay Begochéa Laher Léride Lacassie …
Sur la photo qui suit apparaissent, au milieu des joueurs, quelques un(e)s de nos supporters : hélas six d’entre eux nous ont depuis quittés.


Debout, de gauche à droite : Marie-Claire Bersans – Bernard Laborde – Albert Pérez – André Fourcade – Jean Fourcade – Jean-Louis Bersans – Jean Oscamou – Constant Bergeras – Frédéric Chabanne – Pipo Lacasta – Bernard Bersans.
Accroupis, de gauche à droite : Pierre Vittel – Jean-Pierre Maysonnave – Emile Lacanette – Henri Labourdette – Jojo Lacanette – Bernard Lacazette – Jean Sartolou – Toni Pérez – Eloi Bergeras – Alain Berdot.
Plusieurs de ces éléments jouaient déjà ou allaient plus tard jouer dans divers clubs : FCO, Escou, Asasp, Saint-Denis.

Pâques 1970.
Un peu moins d’un an après, à Pâques 1970, c’est à Aramits que se joua la deuxième manche, sur un terrain situé face à la fromagerie actuelle, de l’autre côté de la route. Nouveau mais difficile succès de Saint-Pée (nous ne nous rappelons plus du score étriqué) : affrontements plus rudes que ceux de l’année passée avec quelques saignements dont les origines restent inconnues car le replay n’existait pas encore. Jean Sartolou, insuffisamment remis d’une blessure, officiait comme arbitre. Le seul essai du match provient de Jean Fourcade qui, blessé sur l’action, dut céder sa place à Frédo Chabanne. La soirée se poursuivit au restaurant Chilo de Barcus. La tristesse en fut exclue.
Composition de l’équipe : Lacazette – E.Bergeras Bedecarrats (puis Laborde) M.Berdot Laborde (puis Chabanne) – (o) T.Pérez (m) Lacanette – C.Bergeras Lacasta Oscamou – J.L.Bersans B.Bersans – A.Pérez Fourcade (puis Bedecarrats) Larroudé.

Debout, de gauche à droite : Frédéric Chabanne – Albert Pérez – Jeannet Sartolou – Jean Fourcade – Eloi Bergeras – Constant Bergeras – Jean Oscamou – Pipo Lacasta – Jean-Louis Bersans – Bernard Bersans – Daniel Larroudé.
Accroupis, de gauche à droite : Bernard Laborde – Toni Pérez – Jojo Lacanette – Alain Bédecarrats – Bernard Lacazette – Michel Berdot.
Quelques remarques sur ces deux matches .
Ils sont 12 à avoir participé aux deux rencontres : Toni et Albert Pérez, Jean-Louis et Bernard Bersans, Eloi et Constant Bergeras, Jojo Lacanette, Bernard Lacazette, Bernard Laborde, Jean Oscamou, Pipo Lacasta, Jean Fourcade.
Sur ces 12 on observe que 9 ont gardé le même poste : la 3ème ligne (C.Bergeras, Lacasta, Oscamou), la 2ème ligne (J.L. et B.Bersans), 2 de la 1ère ligne (A.Pérez et Fourcade), et seulement 2 des lignes arrières (l’ouvreur T.Pérez et l’ailier E.Bergeras).
Deux postes ont été occupés par 2 joueurs : Lacazette (demi-de mêlée et arrière) et Jojo Lacanette (demi de mêlée et trois-quart centre).
Enfin un joueur a tenu 3 postes : Bernard Laborde (pilier, trois-quart aile et trois-quart centre)

Et maintenant, en 2014 ?
Quarante cinq ans après (vous avez bien lu !) ces joutes homériques plusieurs Saint-Péens vont soutenir régulièrement l’équipe actuelle d’Aramits qui bataille en Fédérale 2 et reste intraitable sur son herbe. Ils retrouvent ainsi autour de la buvette leurs ex adversaires (c’est un grand mot !) et applaudissent sur le terrain les fils de ceux-ci, comme Lapeyre et Bengochéa.
Remarque : depuis 2015 le club d’Aramits-Asasp opère en Fédérale 3.
Je me suis même permis de composer un chant, en Béarnais, en l’honneur du club et de son environnement (voir ci-dessous avec sa traduction) mais pour l’instant cette chanson est en sommeil dans les cartons. À suivre.
Aràmits en davant
En davant, Varetons, vienguts ací que son tots.
En davant, Aràmits, que son ací los amics.
Arrepic : Varetons, cap e tot, Aràmits, tots hardits.
En davant, los avants, tostemps ganhar la veishiga.
En davant, los tres-quarts, jamei càder la veishiga.
Ací, cada vilatge ajuda eths jogadors.
Varetons mas amors, ací cantan a tot adge.

En avant Aramits
En avant, Barétous, ils sont tous venus.
En avant, Aramits, les amis sont ici.
Refrain : Barétous, de la tête au pied, Aramits tous hardits.
En avant les avants pour toujours ganer le ballon
En avant les trois-quarts pour jamais faire tomber le ballon.
Chaque village ici aide les joueurs
Ils chantent à tout âge » Barétous mes amours ».

Les n° 8 du XV de France

De quoi ? Il s’amuse à récapituler les troisièmes lignes centres (portant le n° 8 dans le dos) du XV de France !? Vraiment rien d’autre à faire !
Hé oui ! On vit au présent, on réfléchit aux taches et sorties de l’avenir et on revient de temps en temps sur le passé qui nous a inspirés et nourris. Amusement d’un soir, effectivement, sans intérêt historique, sans utilité pour quiconque, histoire de se repasser quelques films dans la tête, de se souvenir de ces visages qui marquèrent notre enfance, en communion avec le père, les frères et combien de cousins et amis (avec de plus en plus de femmes qui se mirent à partager notre passion). Amusement, donc, à parcourir la liste des 1038 joueurs qui portèrent au moins une fois le maillot tricolore, de Henri Amand en 1906 à Jonathan Pélissier en novembre 2013.
Parmi eux, je me suis seulement intéressé aux n° 8, uniquement depuis les années 1950, car la plupart des noms me sont connus à partir de ces années-là. Je pense d’ailleurs avoir vu évoluer au moins une fois presque tous ces rugbymen que je cite, à la télé ou dans un Stade (Yves du Manoir à Colombes, Parc des Princes à Paris, Stade de France à Saint-Denis).
Petit aparté sur le Stade de Colombes qui, comme son nom ne l’indique pas, ne fut pas toujours porteur de paix lors des joutes franco-britanniques. Sans leur crier : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! », les Tricolores ne se tiraient pas toujours correctement du guêpier tissé par leurs adversaires du jour. En effet, la première place occupée, seule, par l’Equipe de France, lors du Tournoi des Cinq Nations, ne date que de 1959, avec Lucien Mias sous le Capitanat, avant que le Palois-Racingman François Moncla (né à Louvie-Juzon en Vallée d’Ossau) prenne les rênes. Il nous arriva plusieurs fois de nous rendre en famille à ce Stade mythique, en vélo parfois car nous habitions à quelques kilomètres. Je ne suis pas certain que l’antivol s’imposait alors. Après le match on pouvait rencontrer les acteurs dans la grande mais unique buvette du Stade ou dans les allées avoisinantes, leur faire signer des autographes et, pourquoi pas, si l’âge le permettait boire un coup avec nos idoles. Pour reprendre le titre d’un de mes précédents articles du blog, on vivait alors à l’époque du rugby « cassoulet » où l’argent n’avait pas encore gangréné notre sport, son élite du moins.
Schéma d’une équipe de rugby constituée de 8 avants (la mêlée) et de 7 lignes arrières :

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Le 3ème ligne centre, numéro 8, cale la mêlée. C’est une plaque tournante importante. Il trie les ballons et protège son demi de mêlée (n°9), lequel oriente le jeu quand le ballon sort de la mêlée. La photo qui suit provient du Stade de Twickenham pour Angleterre-France (20-27) du 01 février 1975.

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Ballon en main : le demi de mêlée Richard Astre (Béziers, n°9). Troisième ligne déployée autour de lui, de gauche à droite : Jean-Pierre Rives  (Toulouse, n°6), Claude Spanghero (Narbonne, n°8), Jean-Claude Skrela (Toulouse, n°7). Relevés de la mêlée : Alain Paco (Béziers, n°2), Gérard Cholley (Castres, n°1). Les deuxièmes lignes qui poussent encore : Alain Guibert (Toulon, n°4), Alain Estève (Béziers, n°5). Caché devant : Armand Vaquerin (Béziers, n°3).

Dans la liste d’un peu plus d’une cinquantaine de noms qui suit apparaissent quelques rugbymen de notre région : les Oloronais Clémente et Maleig (ce dernier terminant sa carrière à Tarbes), le Basco-Tarbais Arthapignet, et Harinodorquy (Pau puis Biarritz). Quelques oublis seront sûrement à déplorer et les lecteurs avisés m’en informeront. L’astérisque  *  qui suit le nom signifie que le joueur a pu être International à un autre poste (2ème ligne ou troisième ligne aile). Entre parenthèses figurent les années de son premier et de son dernier match en Équipe de France.
Et maintenant, place à un peu de nostalgie, de Michel Celaya (1953) à Antoine Claassen (2013) : 60 ans !

Celaya * (53-61) ; Barthe (54-59); Crancée (60-61); Echavé (61); Lefèvre (61); Roméro(62-63); Lira(62-63); Fabre(63-64); Fite (63); A.Herrero(63-67); Dauga * (64-72); W.Spanghero * (64-73); Greffe(68); Dutin(68); Billère(68); Viard(69-71); Bastiat(69-78); Buonomo(71-72); C.Spanghero * (71-75); Rousset(75-76); Joinel(77-87); Clémente(78-80); Maleig * (79-80); Malquier(79); Cristina(79); Erbani * (81-90); Rodriguez * (81-90); Carminati(86-95); Cecillon * (88-95); Arthapignet(88); Melville(90-91); Benazzi * (90-01); Deslandes(90-92); Van Heerden(92); Cigagna(95); Juillet(95-01); Dispagne(96); Labrousse(96); T.Liévremont(96-06); Mallier(99-00); Chabal * (00-11); Tabacco(01-05); Vermeulen(01-08); F.Ntamack(01); Hall(02); Harinordoquy * (02-12); Bonnaire * (04-12); Chouly(07-13); Picamoles(08-13); Lakafia(11); Claassen(13)

On peut terminer par un petit jeu entre initiés : dresser la liste alphabétique de ceux que vous considérez comme les quinze n° 8 qui vous ont le plus marqué (jeunes s’abstenir). Pour ma part je sélectionne :
Celaya, Barthe, A.Herrero, Dauga, W.Spanghero; Bastiat, Joinel, Rodriguez, Cecillon, Benazzi, T.Liévremont, Chabal, Harinordoquy, Bonnaire,Picamoles.
S’il fallait s’arrêter à dix, je serais bien embêté !

Vive le rubgy cassoulet

Alors que la nouvelle saison rugbystique est bien entamée, quelques commentaires personnels sur l’évolution de ce sport et l’engagement de certains d’entre nous à le suivre ou le servir.

Comme il paraît loin le temps où même l’Équipe de France ne disposait pas d’entraîneur, la tactique du jour étant élaborée par le Capitaine et ses lieutenants, de même philosophie en général, quelques jours seulement avant d’affronter les équipes britanniques. Lors de la fameuse Tournée de 1958 en Afrique du Sud le seul Serge Saulnier faisait office de sélectionneur-conseiller-soigneur peut-être, laissant au soin des Mias, Celaya, Moncla, Danos… la motivation et l’entraînement de leurs équipiers. Sûrement quelques primes de match en guise de salaire, du vin rouge et de la bière en guise de dopage. Et des joueurs victorieux (à la surprise générale) des gigantesques Springbocks, revenant au pays en toute humilité, sans les lumières des caméras et les louanges effrénés de la Presse écrite (à part Denis Lalanne dans l’Équipe et son livre référence « Le Grand Combat du XV de France »).

Jusqu’aux années 70 on se souvient des noms des joueurs, de leurs « leaders », et seulement parfois des sélectionneurs quand certains joueurs subissaient leur ostracisme, pour des raisons de politique ou d’esthétisme, comme André Boniface, Moncla, Maso plus tard. A partir de Raoul Barrière et son armada biterroise, l’entraîneur devint le personnage clé de toute formation. Peu à peu, pas simplement en France, leur importance grandit, leur salaire aussi, et, les résultats devant suivre, la notion de plaisir (pour les joueurs comme pour les spectateurs) et de risque s’effaça devant ledit résultat. Puis vint le professionnalisme, concernant Top 14 et Pro D2, qui aggrava comme on peut s’en douter la situation.

Finies les agapes d’après-match où joueurs et supporters se mêlaient, buvaient un (?) coup ensemble, refaisaient le match ou préparaient le suivant, puis chantaient parfois a capella, autour des buvettes ou des cafés disponibles (à l’époque point de « Club House » que d’aucuns appelleront « Maison du Rugby »). Le « rugby cassoulet » est d’un autre temps, clament ceux qui dirigent notre sport : FFR bien entendu, responsables de club, journalistes de l’écrit ou de la télé… Il y a des sous en jeu il ne faut plus de saouls en semaine. Et bien non, Mesdames et Messieurs Tristes ! Le « rugby cassoulet » survit encore mais, bien sûr, il ne concerne que les divisions et séries « inférieures », inférieures dans hiérarchie, certes, mais pas dans l’esprit. Ce n’est pas une vue du passé mais une vie du présent. Nombreux demeurent les clubs pour lesquels la convivialité reste la base sur laquelle se bâtit la marque du club. Nombreux aussi sont les bénévoles qui s’efforcent d’inculquer et de pérenniser un état d’esprit loin des surenchères financières et de la gloriole médiatique. Bien sûr que la condition physique doit être surveillée mais le vécu collectif hors du terrain, même avec certains excès, vaut bien quelques séances de tableau noir.

Non au Rugby Tristounet ! Oui au Rugby Cassoulet ! Le premier disparaîtrait si l’argent devait faire défaut, le second y résisterait.

Pour ma part je ne fréquente pas les tribunes chaque  dimanche, mais je me partage entre 3 clubs, la liste n’étant pas exhaustive : Escou*(série), Aramits**(fédérale 2), Oloron (fédérale 1). Ce sont maintenant les fils – bientôt les petits-fils ! – d’anciens joueurs ou amis de ma génération qui portent les couleurs du club. Le bâton a bien été transmis. Quoi de plus enchanteur, alors, que d’entonner ensemble, quel que soit le résultat, des chants qui, eux aussi, traversent les générations.
* En 2017, reprise de cet article paru en 2013, Escou a rejoint la division Honneur.
** En 2017 Aramits joue en fédérale 3.