Camin Casa : commentaires sur CD 1 (deuxième partie)

La première partie des commentaires sur le CD 1 du groupe Camin Casa concernait les titres 1 à 8 de ce disque. Nous abordons maintenant les commentaires sur les titres 9 à 15, en conservant le même plan de route : date et lieu de naissance (quand mes archives retrouvées le permettent), thème et résumé, refrain s’il existe, représentations (date, lieu, cause), anecdote ou commentaire personnel.
Rappels : Camin Casa est le groupe de chant de l’Association occitane de Paris,  l’Estancada. Le premier CD de ce groupe fut édité en mai 1996. Sa composition est donnée dans dans la première partie publiée le 14 février 2019, ainsi que quelques infos sur l’enregistrement au studio Arbus de Pontacq.

9. Baptista (Baptiste).

Date et lieu : Les prémisses datent de juillet 1977 pour ce qui concerne l’idée générale et le plan à suivre mais après un plus ou moins long silence l’essentiel était dit en octobre 1993, pour les paroles du moins, car plusieurs moutures se succédèrent pour la musique avant le choix définitif.
Thème : Depuis les années 1970 je vivais assez mal les antagonismes entre classes sociales différentes (aujourd’hui cela reste encore le cas en partie) : paysan jalousant l’ouvrier, et inversement ; les uns et les autres critiquant les fonctionnaires etc … Pourtant chacun d’eux est « exploité » ou déconsidéré par le pouvoir, politique mais surtout économique et financier. Un peu plus tard j’allais même illustrer ce ressenti par une bande dessinée parue dans le Shiulet, la revue trimestrielle de l’Estancada.
Résumé : La chanson suit l’évolution de Baptiste à travers les générations : paysan puis ouvrier puis fonctionnaire, toujours dans la difficulté malgré leur investissement. Le dernier couplet exprime le souhait ou l’espoir que tous apprennent à se connaître mieux les uns et les autres.
Chacun des 3 premiers couplets commence par « jo mossur que m’apèri Baptista » (moi, monsieur, je m’appelle Baptiste). Le dernier commence par : « tots açi que s’apèram Baptista/tots amassa que’ns vam segotir drin » (ici nous nous appelons tous Baptiste/ tous ensemble nous allons réagir -on va se secouer un peu)  
Représentation :  Sur les 29 représentations en public de Camin Casa, entre juin 1991 et mai 2009 « Baptista » ne fut jamais interprété, cas plutôt rare parmi les 15 textes de ce CD 1.
Commentaire : Pour bâtir « Baptista » je me suis dans un premier temps appuyé sur un air populaire connu, dont je ne me souviens pas du titre pour le mmment.

10. Lo desbrombat (l’oublié).

Date et lieu : Cette chanson prit naissance réellement le 26 octobre 1989 sur … l’autoroute Paris-Libourne.
Thème : Depuis quelque temps déjà le Béarnais Casabonne était emprisonné en Espagne pour complicité avec l’E.T.A. Nous en parlions souvent dans le Shiulet. L’idée me vint d’écrire un texte en soutien à tous les prisonniers politiques dans le monde, acteurs réels ou sympathisans d’une cause : la chanson se veut donc universelle, aucun nom propre de personne ou de pays n’est cité.
Résumé : Cançon deu desbrombat /Qui’s poiresh en preson/Sonque per la rason/D’aimar la libertat/Tà tu vam caminar/Dinca sias desliurat.
Chanson de l’oublié/Qui pourrit en prison/Pour la seule raison/D’aimer la liberté. Pour toi nous marcherons/Jusqu’à ta délivrance.
Représentations : « lo desbrombat » fut interprété par Camin Casa en 6 occasions. Le 28 mars 1992 lors du 4ème anniversaire du Shiulet, au Foyer PTT de la rue de Nantes. Le 29 mai 1993 au cours d’un Concert commun avec « los remparts » de Navarrenx, rue de Nantes. Le 29 janvier 1994 pour une fête de l’Estancada centrée sur un débat concernant la construction du Tunnel routier du Somport en Vallée d’Aspe, encore rue de Nantes. Le 25 mars 1995 à la Maison pour Tous de Noisy-le-Grand, dans le cadre de la journée occitane de l’IEO. Le 27 mai 1995, rue de Nantes, pour célébrer les 10 ans de l’Estancada. Le 18 novembre 1995 pour une soirée cabaret de l’Estancada, rue de Nantes.
Commentaire : En général je proposais une nouvelle composition lors d’une répétition de Camin Casa ou du moins à un ou plusieurs membres du groupe. Pour « lo desbrombat » je me souviens très bien avoir fait découvrir cette nouveauté lors d’une veillée du vendredi soir de l’Estancada rue des cinq diamants, Paris 13ème.

 11. Que’t vau parlar (je vais te parler).

Date et lieu : L’idée et le plan général de cette chanson ont démarré sur l’autoroute entre … Washington et New-York en février 1991. Pour quelques jours chez les Salanave pas loin de la Maison Blanche (mais sans y avoir été reçus) Yves nous mena en voiture à Brooklyn que nous découvrîmes sous la neige. La chanson se termina fin mars 1991.
Thème : Très souvent des êtres ou des éléments naturels au départ sympathiques peuvent avec le temps devenir menaçants.
Résumé : Chaque couplet débute par la même phrase : « que’t vau parlar » (je vais te parler). La beroja flor m’a urpiat/Lo sorelh cauhant ma cremat/La canha fidèu m’a nhacat/La hemna aimanta m’a quitat/Lo gaujós mainat a creishut/Lo tan preciós païs s’ei vueitat.
La fleur odorante m’a griffé/Le soleil réchauffant m’a brûlé/La fidèle chienne m’a mordu/La femme aimante m’a quitté/Le joyeux garçon a grandi/Le pays si précieux s’est vidé.
Représentation : Nous n’avons interprété « que’t vau parlar » qu’une seule fois, le 14 septembre 1996 à Prunay-sur-Essonne lors d’une fête familiale chez les Gayral.
Commentaire : Il me semble me rappeler que cette chanson, à sa sortie, fut la préférée de mon cher filleul Sébastien.

12. Color e dolor (couleur et douleur).

Date et lieu
: Les étapes successives de « color e dolor » furent décembre 1991, janvier 1992 (encore une fois en partie dans le métro) et mars 1992 pour la finition.
Thème : Cette chanson rend hommage à un ami cher, François Laplace, disparu en mer. Cette mer qu’il connaissait si bien en tant que pêcheur mais qui eut la cruauté de le garder définitivement un jour en son sein.
Résumé : Dehens l’aiga verda/La vita s’i perd/E l’alga glapauta/Se la guarda plan cauta.
Dans l’eau verte/La vie s’est perdue/Et l’algue goulue/La conserve bien au chaud.
Refrain : A cadun agrada ua color/Jo m’adromi dab ua dolor/La musica s’ei estancada/De hèsta n’i averà mei nada.
Chacun a une couleur préférée/Moi je m’endors avec une douleur/La musique s’est arrêtée/Il n’y aura plus de fête.
Représentation : Nous n’avons jamais interprété en public « color e dolor ».

13. La nòvia (la mariée).
La deuxième chanson de ce disque empruntée, toujours avec autorisation de l’intéressé, au groupe Nadau.
Thème : Nadau décrit le cortège nuptial qui accompagne la mariée du couple.
Résumé : Com un plumajon blanc/La nōvia se’n anava/Que nevava lo tranc/Suu camin d’on passava.
Comme un flocon blanc/Allait la fiancée/L’aubépine neigeait/Sur son chemin.
Représentations : Nous avons chanté en public « la nòvia » en 6 occasions.
Le 14 août 1993 en l’église de Saint-Saturnin (Charentes) pour le mariage de Dolo et Philppe Labarère (Camin Casa était accompagné de Hélène Manaud-Pallas, Thierry Conter et Pierre Lahitète). Le 29 janvier 1994 pour la fête de l’Estancada et le débat sur le Tunnel du Somport, au Foyer PTT rue de Nantes. Le 26 novembre 1994, rue de Nantes, lors de l’AG de l’Estancada. Le 25 mars 1995 à la Maison pour tous de Noisy-le-Grand dans le cadre de la journée occitane proposée par l’IEO. Le 27 mai 1995, rue de Nantes, pour fêter les 10 ans de l’Estancada. Le 18 novembre 1995 encore rue de Nantes lors d’une fête (encore une !) de l’Estancada.
Commentaire : « la nòvia » fut la seule chanson du disque interprétée en duo (Jean Fourcade et moi), avec l’accompagnement de Graciela au piano. Un peu au dernier moment pour compléter à 15 titres le CD.

14. Nosta lenga (notre langue).

Date et lieu : Lors de l’été 1984, à Saint-Pée, j’ébauchais une liste des métiers en voie de disparition dans la campagne et des changements ou bouleversements apparus dans l’organisation du travail chez les paysans. Je constatais que la langue du pays subsistait, en particulier autour du chant, mais que des menaces pesaient sur elle. D’où l’idée de la défendre à travers d’une chanson intitulée au départ « noste loengue », car j’utilisais alors l’écriture phonétique. Plusieurs étapes menèrent à la rédaction définitive, durant l’été 1985.
Thème : Nous sommes bientôt au XXIéme siècle. Tout change, tout évolue dans nos campagnes. C’est la rançon du progrès. Mais qu’on ne touche pas à notre langue maternelle, qui refuse de se laisser engloutir par le torrent du conformisme.
Résumé : Ara tot se’n va au nom de l’evolucion/Ara los tropèths son apielats dens camions com paquets/Ara cadun de son costat que’s hè eth tribalh.
Maintenant tout disparaît au nom de l’évolution/Maintenant les troupeaux s’entassent dans des camions comme des paquets/Maintenant chacun fait son travail de son côté.
Refrain : Mes no caleré pas tocar a nosta lenga/Qui luta tà non pas acabar engolida/Que vóli parlar, que vóli cantar, que vóli aimar/En Biarnès, en Occitan.
Mais il ne faudrait pas toucher à notre langue/Qui se bat pour ne pas finir engloutie/Je veux parler, chanter, aimer/En Béarnais, en Occitan.
Représentations : En 9 occasions Camin Casa a chanté en public « nosta lenga ».
Le 26 septembre 1992 lors du 26ème festival de la chanson béarnaise à Siros (nous étions descendus en train pour ce week-end, pour cette fin de semaine, disent avec plus de justesse noa amis québécois). Le 27 mars 1993 pour le 5ème’ anniversaire de la revue lo Shiulet, au Foyer PTT rue de Nantes. Le 29 mai 1993 lors de la venue rue de Nantes, pour un concert  du groupe béarnais « los Remparts de Navarrenx« . Le 29 janvier 1994 au cours du débat organisé rue de Nantes au sujet du projet de tunnel sous le Somport. Le 07 mai 1994 Place Saint-Louis de Choisy-le-Roi, lors d’une brocante. Le 26 novembre 1994 lors de l’AG de l’Estancada rue de Nantes. Le 25 mars 1995 à la Maison pour Tous de Noisy-le -Grand, à l’occasion de la Journée occitane de l’IEO. Le 27 mai 1995 pour fêter les 10 ans de l‘Estancada, rue de Nantes. Le 18 novembre 1995, rue de Nantes, pour une soirée Cabaret de l’Estancada.

Commentaire : Quand Camin Casa fut invité au festival de Siros en septembre 1992 chaque groupe interprétait une seule chanson. Au cours de nos répétitions parisiennes nous disposions de plusieurs textes et il fallut donc en choisir un. Notre guitariste, mon frère Alain, émit le vœu qu’on écarte « nosta lenga » car il ne se sentait pas près. On vota. Une seule voix ne sollicita pas « nosta lenga » :  … celle d’Alain qui dut se résigner à nous suivre. Sur la scène, alors que le présentateur nous posait quelques questions, Alain eut un début de panique, pensant avoir oublié la première phrase, et Philippe dut lui souffler les premières paroles. Puis tout se déroula correctement.

15. Marteror (la Toussaint).

Date et lieu : La chanson « Marteror » débute au coin du feu de cheminée de la maison familiale en présence de mon père, en novembre 1982. Atmosphère propice associée au lieu, à la saison et à la présence paternelle. Les rimes phonétiques en « ou » s’enchaînant naturellement, avec Marteror, cançon, amor, maison … il restait à trouver un prénom féminin adapté à cette même rime. Avant de choisir Marilon (prononcer Marilou) d’autres prénoms furent essayés dont Ginon (prononcer Ginou) en premier.
Thème : La période de la Toussaint, outre l’aspect religieux et le recueillement auprès des disparus de la famille, est aussi la saison aux mille couleurs et senteurs, aux cueillettes et ramassages de fruits et champignons, à la chasse à la palombe.
Résumé : A Marteror pètan castanhas au còr deu huec, tot qu’ei color, tot qu’ei aulor, los caçadors pausan palomas e llevan pintons.
A la Toussaint éclatent les châtaignes au coin du feu, tout est couleur, tout est odeur, les chasseurs posent les palombes et lèvent les bouteilles.
Refrain : Qu’ei la cançon de Marteror/Tà tu l’amor, tu Marilon.
C’est la chanson de la Toussaint/Pour toi l’amour, toi petite Marie.
Représentations : En public « Marteror » ne fut chanté qu’une seule fois, par Camin Casa, le 29 juin 1991 pour l’AG annuelle de l’Estancada au Foyer PTT rue de Nantes. Mais « Marteror » fut auparavant interprété au Festival de Siros, en septembre 1984, par le groupe de Saint-Pée qui comprenait Constant et Eloi Bergeras, Angèle et Jean Fourcade, et votre serviteur, Michel Berdot . La même soirée mon frère Alain et moi étions intervenus avec « atau qu’ei la vita ».
Commentaire : La première personne à qui je présentai « Marteror » fut André Fourcade et une des premières fois que le groupe de Saint-Pée (avec moi) l’interpréta fut au restaurant Lacassie à Lurbe, lors du mariage de Marie-Pierre Bergeras-Mongrand.

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