Les couvertures du Shiulet : première partie.

Lo Shiulet (Le Sifflet) fut, entre les années 1988 et 1994, la revue trimestrielle éditée par l’Association occitane de Paris : l’Estancada. Cette parution concerne 27 (du 0 au 26) numéros, de mars 88 à novembre 94. Sont proposées ici les couvertures de la plupart de ces parutions : celles décrites par un dessin ou une caricature. Ces illustrations émanent essentiellement du crayon de Philippe Labarère (Félipe), sous la signature F.L.
Apparaissent également quelques dessins des pages intérieures.
La traduction figure en bas de chaque gravure.
En général, on ajoute un commentaire concernant l’actualité du moment, reliant plus ou moins celle-ci au texte du dessin.
Cet ensemble prend beaucoup de place. Pour ne pas trop fatiguer le lecteur, je découpe l’étude en 3 parties. Cette première partie concerne 8  numéros (du n° 0 au n°7), entre mars 88 et février 90.

Numéro 0.

En-tête de la Revue : Réunion des Occitans Exilés.
Pas encore de dessin de couverture dans ce numéro 0 mais quelques affiches éclairant sur les motivations des membres du Comité de Rédaction de la Revue, constitué, au départ, par Francine Denarnaud, Nathalie Fournier, Philippe Labarère, Alain et Caty Sibé, rejoints peu à peu par Yves Salanave, Jean-Claude Arrieux, Pierre Cassagne, Alain Estrade, Gilles Gayral, Michel Berdot …
Rappel : Calandreta (alouette) est le nom de l’École Privée (totalement à cette époque) Laïque enseignant la langue occitane.
Pour donner une idée, voici les thèmes développés dans ce premier numéro (30 pages) : tirar en davant (éditorial d’Alan Sibé annonçant les objectifs de la Revue – présentation du Shiulet au sein de l’Estancada – informations culturelles et sociales en Occitanie – quels mythes pour quelles réalités : économie et société en Occitanie, par Yves Salanave – Pourrat : mémoire de la terre d’Auvergne par Nathalie Fournier – ethnie, peuple, nation par Alan Sibé – document : texte de résolution de la Communauté européenne sur langues et cultures des minorités régionales et ethniques – publicités pour quelques livres et revues occitanes – la lettre de La Cléda, alias Philippe Labarère – espace blanc pour le futur courrier des lecteurs.

Numéro 2.
Licence d’Occitan … Rencontre Calandreta-Ministère de l’Éducation Nationale … rentrée difficile !!!
Durant l’été 88 les représentants des Calandretas sont reçus au Ministère de l’Éducation Nationale (Lionel Jospin). Ils ne retirent aucun engagement quant à l’enseignement de l’Occitan dans le Service Public. De plus, le Ministère s’oppose à la délivrance d’une licence d’Occitan à l’Université de Montpellier.

Dans le même numéro : un autre dessin de Philippe Labarère (La Cléda pour les intimes)
Introduction à la traduction qui vient : il n’est pas question de traduire en Français les trois jurons (ou expressions) béarnais qui suivent (Diu vivant-Perdiu-Hilh de puta)
Grande nouvelle – Stop – Émetteur sur le Pic du Midi d’Ossau – Stop – 10 départements d’Occitanie peuvent aussi recevoir la 5 et la 6 – Stop.
– Tu en as de la chance d’avoir tant de chaînes ! Et bientôt tu vas être câblé ! Diu vivant ! Maintenant le monde va être bien éclairé !!!
– Oui ! Je sais ! Mais perdiu ! J’ai oublié où se trouve cet hilh de puta de bouton des actualités régionales !!!

Numéro 3.
– Mais, hilh de puta, comment as-tu attrapé le virus d’être Français ?!?!
– Oh ! Macareu ! D’abord une démangeaison … Et puis la diarrhée… Méfie-toi de ne pas l’attraper !!!
Référendum le 06 novembre 88 en Nouvelle Calédonie, soulevant la question de l’autodétermination, après les rencontres de l’été entre Mrs Jacques Lafleur (leader caldoche) et Jean-Marie Tjibaou (leader kanake assassiné quelque temps après, en mai 89).

Numéro 4.

– Un Casabonne emprisonné, c’est un TGV de gagné !
– Patou ! Viens ici ! Grand hilh de puta !
Jean-Philippe Casabonne, jeune Béarnais en vacances en Espagne,  a été arrêté, le 06 juillet 1987, par la police espagnole, et accusé de collaboration avec l’ETA. Il vient d’être condamné à 6 ans de prison.

Numéro 5.

Autre dessin des pages intérieures de ce numéro :

Principaux points développés dans le numéro : commentaires sur le double assassinat des leaders kanakes Tjibaou et Ieoné, analyse des enjeux de l’exploitation du Complexe de Lacq.

Numéro 6.

– Té, ça, c’est bien dit !
– Pauvre naïf ! ! Et les Calandretas, et Casabonne, et le travail au pays !? …
Quelques nouvelles propositions du Ministère à Serge Javaloyès, Président de la Calandreta de Pau : les personnels enseignants existants  vont être contractualisés, les nouvelles créations seront réglées au sein d’une commission paritaire.

Numéro 7.

– Calliope : le cadeau de Noël – une caisse de saloperie !!
– J’ai trouvé un cèpe !!
Sévères critiques de l’organisation SEPANSO Béarn contre une installation de l’usine Calliope à Noguères (près de Lacq). La SEPANSO souligne le danger de fabrication par cette entreprise d’un produit dangereux nommé DBCP et dénonce le silence du PDG de Calliope au sujet des matières traitées en Béarn.

                                                                           FIN de la première partie

Ponts et passerelles sur les gaves d’Oloron

Deux gaves, issus de deux vallées pyrénéennes, traversent Oloron Sainte-Marie : le Gave d’Aspe et le Gave d’Ossau. Leur confluence, dans la ville, crée le Gave d’Oloron. Le relief quelque peu tourmenté de la ville, la variété de ses quartiers, l’abondance de ses cours d’eau et le rôle important de l’eau dans l’industrie locale (usines textiles et hydro-électriques) impressionnent toujours autant les visiteurs : « Oloron est la Venise du Sud-Ouest » nous a souvent dit l’ami québécois Hildège, qui avait pourtant bien bourlingué dans le monde. Dans l’histoire de la Cité les ponts s’avérèrent points de passages mais aussi d’échanges entre habitants des quartiers anciennement séparés.

Deux possibilités s’offrent pour enjamber les trois Gaves : 5 ponts routiers et 4 passages piétonniers répartis en cinq passages sur le gave d’Aspe, deux sur le gave d’Ossau et deux sur le gave d’Oloron. Les neuf structures concernées apparaissent dans le schéma ci-dessous.
1. Pont du Farbaig / 2. Pont d’Aspe (dit Pont Sainte-Marie) / 3. Passage Carmen Bazan / 4. Pont Sainte-Claire / 5. Passerelle d’Aspe / 6. Pont d’Ossau / 7. Passerelle d’Ossau / 8. Pont Henri-Laclau / 9. Pont du Chemin de Fer (réservé aux piétons et aux trains).

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La description de ces « œuvres d’art » s’appuie sur deux supports : des photos personnelles – sauf deux d’entre elles – prises sur le pont (ou la passerelle) même ou par dessous quand l’accès le permettait et quelques commentaires sommaires, dont des informations puisées dans l’ouvrage référence de Anne et Pierre-Louis Giannerini ( « le guide d’Oloron Sainte-Marie » ).

1 . Pont de Farbaig.

La rue Bernard d’Aureilhe démarre de la rue Adoue, longe la rive gauche du Gave d’Aspe en la remontant, pour se terminer par le Pont de Farbaig (orthographié parfois Forbaig). Une simple passerelle enjambait le Gave d’Aspe en cet endroit jusqu’en 1880 où fut construit le pont de pierre au charme discret. Deux automobiles de notre ère ne peuvent pas s’y croiser, ce qui encourage toute promenade champêtre, qui peut se prolonger par le franchissement d’escaliers menant sur les quais du gave.
 

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photos du Pont de Farbeig (Forbèth en Occitan) prises du milieu puis du bout de la rue d’Aureilhe (vers l’amont du Gave d’Aspe)
DSC07934 DSC07933photo du haut : pont de Farbeig pris de la rive droite, vers l’aval, avec des maisons bordant la rue Adoue.
photo du bas : sur la rive gauche, vers l’aval également, en contre-bas du parking rue Adoue des camping-cars.

2. Pont d’Aspe (Pont Sainte-Marie).

Le Pont d’Aspe relie la Place de Jaca aux rues Louis Barthou et Labarraque. Nommé également Pont Sainte-Marie sur certaines cartes puisque le Quartier Sainte-Marie se situe au-delà de la Place de Jaca (anciennement Place Thiers). À l’origine ce pont prolongeait la rue Labarraque, initialement sous forme de pont-levis puis déplacé plus en aval au 18ème siècle, remplacé par une double arche de pierre capable de supporter le flot croissant des charrois. De nombreuses améliorations s’imposèrent lorsque les deux villes d’Oloron et de Sainte-Marie fusionnèrent en 1858 : Oloron siège de la vicomté et Sainte-Marie, cité épiscopale.
Remarque : entre les Ponts de Forbaig et d’Aspe on rencontre barrages et centrales électriques.

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DSC07877premiers aperçus du Pont d’Aspe vu au loin.
la photo du haut est prise au croisement de la rue Adoue et de la rue Bernard d’Aureilhe, au-dessus d’une des nombreuse usines hydro-électriques campant sur les gaves de la région.

DSC07883le Pont d’Aspe vu de la rue basse des Sablières

DSC07882dans cette même rue des Sablières, stèle en l’honneur de Louis Barthou, l’enfant du pays.

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DSC07884les fontaines du Pont d’Aspe (photo du haut) et le Pont vu du bas de la rue Labarraque, avec le départ de l’escalier menant aux fontaines (photo du bas)

DSC07888dernière vue du Pont, à partir de la Place de Jaca

DSC07886le Gave d’Aspe passe sous le Pont du même nom (vue vers l’amont)

3. Passage Carmen Bazan.

Cette Passerelle est un passage, depuis le début des années 2000, entre la rue Louis Barthou et l’espace consacré à la Sous-Préfecture des Pyrénées Atlantiques, la Poste, la Maison Bourdeu (Office du Tourisme) et l’Espace Jéliote (lieu de conférences et de représentations artistiques de tout genre). Elle porte depuis peu, sous l’initiative de l’Association Terre de mémoire(s) et de luttes, le nom de Carmen Bazan, figure locale des Résistances successives au régime franquiste d’Espagne puis à l’invasion nazie.

DSC07879plaque en hommage à Carmen Bazan

DSC07878la Passerelle Carmen Bazan amène vers la partie haute de la rue Louis Barthou

 

DSC07875les dessous du Passage

DSC07881dernier cliché pris du jardin longeant la rive gauche du Gave d’Aspe

4. Pont Sainte-Claire.

Le Pont Sainte-Claire relie la Place du Tribunal, située au bout de la rue Barthou (anciennement rue Chanzy), juste après le Pont d’Ossau, au Jardin Public et à la Gare. On le surnomme aussi Pont Eiffel, du nom de l’ingénieur bien connu qui le conçut, vers les années 1880, en envisageant cette longue portée harmonieuse. Quand le trafic, et les vibrations qui vont avec, devint important il fallut consolider le pont, initialement en fonte, par du béton.

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borne à l’intention des touristes oloronais

DSC07876 DSC07880photo du haut : Pont Sainte-Claire pris d’un jardin oloronais
photo du bas : Pont Sainte-Claire pris de la Passerelle Carmen Bazan.

DSC07871 DSC07870les deux extrémités du Pont Sainte-Claire

DSC07874 DSC07873photo du haut : échelle à saumons du Pont Sainte-Claire
photo du bas : fresque murale sur un des piliers du Pont.

5. Pont d’Ossau.

Le Pont d’Ossau, le plus ancien des ponts oloronais, construit en pierre, remplace dès le 13ème siècle un ancien passage à gué. Après quelques avatars il fut reconstruit en 1829 et favorisa l’implantation des habitants vers la rive droite du Gave d’Ossau.

DSC07866dans le prolongement du Pont d’Ossau, vers l’aval du Gave d’Ossau, on aperçoit la Passerelle d’Ossau et une partie de la Médiathèque des Gaves.

DSC07867le Pont d’Ossau entouré de bâtisses anciennes et surveillé par une Tour de Notre-Dame.

DSC07868en arrivant du quartier Notre-Dame vers le Centre Ville.

DSC07869en allant vers Notre-Dame.

6. Passerelle d’Aspe.

Construite pour permettre l’accès à la Médiathèque des Gaves à partir de la rue Rocgrand, la Passerelle d’Aspe mesure 48 m de longueur.
La Médiathèque des Gaves fut impulsée sous le mandat du maire Lucbéreilh (2002-2008), réalisée sous celui d’Uthurry (2008-2014), achevée en 2010. Conçue par l’architecte Pascale Guédot, elle souleva l’enthousiasme pour l’endroit stratégique choisi, sa grâce aérienne et sa fonctionnalité. Madame Guénot se vit pour cela décerner l’Équerre d’Argent, plus haute récompense chez les architectes, le 31 janvier 2011. La Médiathèque est bâtie à la place de l’ancienne usine textile Çarçabal, à la Confluence des Gaves d’Aspe et d’Ossau, et les concepteurs surent utiliser ce site privilégié pour façonner le bâtiment en forme de proue de bateau.
De la Passerelle d’Aspe, outre le coup d’œil sur la Médiathèque, on peut admirer le Pont d’Aspe et les inévitables Pyrénées en fond.

DSC07938stèle hommage à Richard Vibert juste avant d’arriver sur la Passerelle d’Aspe

DSC07946 DSC07935photo du haut : du haut du chemin de terre descendant à la Médiathèque des Gaves, on découvre l’extrémité aval de cette Médiathèque et le point de confluence des Gaves d’Aspe et d’Ossau. La Médiathèque épouse la forme d’une proue de navire.
photo du bas : dans la continuité de ce sentier apparaissent la Passerelle d’Aspe et, en arrière plan, le Pont Sainte-Claire et le Quartier Sainte-Croix.

DSC07936passerelle d’Aspe et ancienne usine Bedat de textile, actuellement restaurée dans l’optique d’une Maison du Patrimoine de la Communauté de Communes du Piémont Oloronais

DSC07937la Passerelle d’Aspe mène à la Médiathèque.

DSC07939du milieu de la Passerelle d’Aspe on perçoit le Pont Sainte-Claire en amont et le Quartier Sainte-Croix sur la hauteur

DSC07940la Médiathèque des Gaves et son parvis

img056la Médiathèque et les deux Passerelles d’Aspe et d’Ossau n’ont pas encore été construites. A la Confluence bâtiments de l’ancienne usine Çarçabal. Apparaissent le Pont d’Ossau à gauche et le Pont Sainte-Claire à droite (photo parue dans le livre des Giannerini cité dans l’introduction).

7. Passerelle d ‘Ossau.

La Passerelle d’Ossau, qui mesure elle aussi 48 m, permet de joindre la Médiathèque à la rue Palassou, en traversant le parking Barraban, du nom de l’ancienne usine textile qui occupait ce terrain auparavant. Le parking a conservé une partie des charpentes métalliques de l’usine. Puis on atteint le Marché hebdomadaire du vendredi dispersé autour de la Mairie. La Passerelle offre deux magnifiques points de vue : vers l’aval du gave d’Ossau la Médiathèque et la Confluence des deux gaves, vers l’amont une partie de la chaîne des Pyrénées et le quartier Sainte-Croix sur la hauteur de la ville.

DSC07941extrémité de la Médiathèque et Passerelle d’Ossau avec en fond le parking Barraban.

DSC07942milieu de la Passerelle d’Ossau avec l’usine hydro-électrique sur la droite et le Pont d’Ossau en fond vers l’amont.

DSC07943du milieu de la Passerelle d’Ossau on distingue clairement la confluence des deux gaves, juste après la Médiathèque, Ossau en premier plan et Aspe en fond.

DSC07944 DSC07945l’ancienne usine Bedat, la Passerelle d’Ossau et l’usine hydro-électrique

8. Pont Henri-Laclau.

Pont le plus récent de la ville, le Pont Henri-Laclau fut conçu pour faciliter le contournement de celle-ci (Henri Laclau fut maire d’Oloron : de 1977 à 1983). La « rocade » d’Oloron emprunte donc ce pont, le plus large et le plus élevé de tous, lui permettant de bénéficier de plus d’un point de vue magnifique : le clocher du Quartier Notre-Dame à gauche, les hauteurs du Quartier Sainte-Croix en face, les tours de la Cathédrale Sainte-Marie à droite, et bien sûr au loin, un large éventail de la chaîne pyrénéenne (photo à venir).

DSC07905en contre-bas du Pont Laclau

streetviewsur le Pont Laclau d’Oloron
on n’y danse pas tous en rond

DSC07906passage sous le Pont Laclau pour rejoindre le Pont du Chemin de Fer

DSC07907de l’autre côté du Pont Laclau

9. Pont du Chemin de Fer.

En fait il s’agit d’un pont, pour la voie ferrée qui enjambe le gave d’Oloron, et d’une passerelle étroite pour les piétons, parallèle aux rails. Ce pont de pierre s’étend sur 90 m au-dessus du gave d’Oloron. La voie ferrée, construite dès 1883, est empruntée par le TER assurant la liaison Pau-Oloron, dont le prolongement jusqu’à Bedous en vallée d’Aspe est programmé pour fin 2016 – les travaux de restauration de l’ancienne ligne sont déjà bien entamés – en attendant peut-être sa continuité jusqu’à Canfranc en Aragon, via le Tunnel ferroviaire du Somport. Le Pont du Chemin de Fer d’Oloron est tristement surnommé « Pont des Suicidés » car plusieurs personnes y mirent fin à leur vie en se jetant dans le Gave situé 30 m pus bas, à partir du passage piétonnier qui longe les rails.

DSC07908arrivée proche du Pont du Chemin de Fer : passage piétonnier et ensuite voie ferrée.

DSC07910sous le Pont circule le Gave d’Oloron, de la droite vers la gauche.

DSC07909chemin piétonnier, voie ferrée et une contemplatrice bien connue du panorama

DSC07911nous restons sur le passage piétonnier du Pont, côté aval du Gave, avec en fond le château Dupeyroux sur les terres d’Estos.
DSC07912du même point sur le passage, vue en amont du Pont Henri Laclau et de la chaîne des Pyrénées.

DSC07913 DSC07916en s’éloignant du Pont du Chemin de Fer on traverse un petit pont à la confluence d’une rivière venant d’Estos et du Gave d’Oloron puis on passe devant l’entrée du Parc du château Dupeyroux.

Démons et merveilles.
Des monts et mères veillent.
Des ponts et des passerelles sur Oloron.
Des raisonnables et des pas sages sur des passages qui volent sur l’eau en susurrant des voyages poético-utopiques.

Réparties de campagne : épisode 5

Il est des personnages, pour ne pas dire des personnalités, qui marquent leur époque par leur aura, leur faconde, leurs initiatives. Il en est ainsi de Jean-Baptiste qui illuminait son entourage par ses interventions calculées, tant physiques que verbales, mais aussi par ses improvisations.
A la campagne les rencontres régulières avec le monde animal engendrent des situations propices à l’amusement comme le montrent ces quelques histoires animalières qui mettent Jean-Baptiste en scène. A la lecture de certains des récits ci-dessous on pourrait penser que Jean-Baptiste n’avait que des rapports de force avec les animaux. C’est tout le contraire. Il respectait profondément ses veaux, vaches, cochons … et je peux assurer ne l’avoir jamais vu maltraiter l’un d’eux.
Jean-Baptiste et le chat.
Regagnant leur véhicule dans la nuit, à la clôture d’une fête de village, Jean-Baptiste et ses compagnons croisent un chat errant qui se frotte à leurs mollets (s’il avait su !), au risque d’en faire tomber certains à la démarche hésitante. Jean-Baptiste, saisissant au sol le félin (par la queue dit la légende mais je pense qu’il y a exagération), le propulse vers le toit du cabanon tout proche en lui expliquant le pourquoi de la manœuvre.
Tu qu’es un gat de gotèra, torna-t-i.
Toi qui es un chat de gouttière, retournes-y.
C’est en ronronnant que le chat accompagna le groupe, en longeant le toit sur quelques mètres , tout heureux d’avoir atteint ce dernier sans effort.
Jean-Baptiste et le chien.
Pétit, le chien de berger de la ferme Mouly, lorsqu’il ne travaillait pas au talon des vaches, somnolait dans le fossé de la route. A l’époque les automobiles se faisaient rares et roulaient lentement, sans que la maréchaussée y soit pour quelque chose. Le grand plaisir de Pétit consistait à bondir soudainement pour essayer de mordiller les pneus de la voiture, ce qui pouvait effrayer certains conducteurs surpris par l’attaque et provoquer même un écart du véhicule d’où sortait, par la fenêtre entr’ouverte, un juron bien connu, popularisé plus tard par Jean-Claude Coudouy. Cette gymnastique canine ne plaisait guère à Jean-Baptiste qui passait assez souvent devant la ferme Mouly. Il arriva un jour au volant de son auto, encore plus lentement que d’habitude, à la hauteur de l’animal, et ouvrit brusquement la porte de la voiture au moment où Pétit se jetait sur celle-ci, non moins brutalement. Inutile de dire que le voisinage perçut deux sons différents mais simultanés : celui d’un léger choc entre deux solides et celui d’une voix plaintive.
Depuis cet épisode, quand il apercevait la voiture de Jean-Baptiste se rapprocher de lui, Pétit feignait de dormir ou tournait négligemment la tête de l’autre côté.
Jean-Baptiste, la poule et le chien.
Parfois un chien de ferme ne parvient pas à réfréner ses envies de courser, voire trucider et parfois croquer, les poules en liberté dans la cour ou le pré. Il ne s’agit plus du Pétit de l’histoire précédente mais de Soumisse, friand de gallinacés. Réprimandé vertement lorsqu’il ne faisait qu’ affoler les poulardes, il en étrangla une un bon matin, ce qui ne pouvait pas rester sans punition. Pour cela l’idée de Jean-Baptiste consista à enfermer dans le même sac de jute l’agresseur et l’agressée, Soumisse et la poule, secouer les deux animaux dans le sac et frapper, avec modération, à l’aide d’un bâton, le seul Soumisse. Coups assénés sans trop appuyer mais suffisamment pour que l’échine du quadrupède s’en ressente. De sorte que Soumisse pensa que c’est la poule qui lui administrait cette correction.
On peut supposer que, une fois libéré de sa prison juteuse, Soumisse regarda dorénavant d’un autre œil les poules et, comme Pétit, détourna la tête quand il en croisait une.
Jean-Baptiste et les poulets.
Les poulets concernés par cette histoire ne vivent pas dans un poulailler mais dans une cage, en l’occurrence un fourgon, puisqu’il s’agit des agents de police réquisitionnés pour la surveillance d’une fête nocturne villageoise. Peut-être appelés pour régler un différent sur la piste du bal, ou pour s’abreuver à la buvette, diraient les méchantes langues, nos représentants de l’ordre eurent la malencontreuse idée d’abandonner tous leur fourgonnette quelques instants, quelques instants de trop, et de plus à l’écart de la foule. Il se trouva un joyeux drille, peut-être bien Jean-Baptiste, qui profita de cette absence des képis pour dégonfler les roues du véhicule (fallait-il qu’il soit lui-même gonflé pour oser cette intervention !), aidé par quelques comparses qui guettaient un retour possible des uniformes et devaient dans ce cas prévenir Jean-Baptiste par une chanson codée. Il fallut faire appel à un deuxième convoi pour ramener nos infortunés policiers à leur commissariat.
Cette aventure ne se renouvela jamais plus car un occupant au moins resta dorénavant dans la fourgonnette durant toute la nuit.
Jean-Baptiste et les vaches.
Au quartier La Mouline, au-dessus d’Arette, il arrivait que les jeunes gens finissent au petit matin leur nuit du samedi, dans l’auberge de Rosalie – qui aurait mérité une chanson de Nadau pour services rendus, comme pour Maria et Denise. Cette fois là les fêtards concernés arrivèrent plus tôt que d’habitude devant l’établissement tenu par Rosalie. Celle-ci et son époux dormaient encore au premier étage donnant sur rue. Malgré quelques appels discrets suivis de vociférations musicales, les volets de la chambre demeuraient clos. Conseillé par ses amis, car on ne va pas l’accuser d’être à l’origine de tous les chahuts de la vallée, Jean-Baptiste s’empara d’un long bâton qui traînait dans le coin et s’en servit pour frapper à plusieurs reprises le volet en bois, en commentant à haute voix :
Vam, Rosalia, desvelha’t. De tota faiçon que’t va caler lhebà’s en mieja òra tà mólher las vacas !
Allons, Rosalie, réveille-toi. De toute manière tu vas devoir te lever pour traire les vaches dans une demi-heure !
Touchée par cet argument imparable Rosalie ouvrit ses conte-vents et accepta, presque en souriant, de descendre en cuisine pour nous confectionner l’omelette habituelle, à un tarif dérisoire, malgré le service forcé.
Dans la dernière anecdote n’ intervient pas un animal mais  un autre être vivant bien connu: un humain.
Jean-Baptiste et le caillou.
Du temps de son adolescence Jean-Baptiste eut un conflit verbal avec un autre jeune, Marcel, et, les propos s’envenimant, Marcel préféra s’échapper en courant pour éviter la claque promise. Mais Jean-Baptiste, plutôt qu’essayer de le rattraper, se saisit d’un caillou à terre et le lança dans la direction du coureur, mais en visant les jambes de ce dernier. Fin chasseur, de palombes particulièrement, notre tireur prouva sa dextérité car le caillou atteignit sa cible au mollet.
La conclusion de notre héros mérite citation :
Marcèu qu’a comprés aqueth dia qu’un calhau anaré tostemps mei viste qu’eth.
Ce jour-là Marcel a compris qu’un caillou irait toujours plus vite que lui.

Réparties de campagne : épisode 4

Dans le café Estanguet ce jour-là il y a affluence – pourquoi ai-je besoin de spécifier « ce jour-là » ? Un des habitués du lieu, Manolo, se vante une fois de plus de sa bravoure militaire passée.
– Jo, n’èi pas jamei avut paur de cap tà l’enemic :
Moi, je n’ai jamais eu peur face à l’ennemi.
Hélas pour lui un impertinent réplique aussitôt :
E perqué donc as recevut ua bala au cuu si n’èras pas en trin de t’escapar ?
Et pourquoi donc alors as-tu reçu une balle dans les fesses, si ce n’est parce que tu étais en train de t’échapper ?

Accoudé au comptoir du café Caillabus, Jacolet commande une bouteille de vin.
Que’m bailharàs un pinton de roi e dus veires sus aquera taula.
Tu me donneras une chopine de vin rouge et deux verres à cette table.
Pendant un certain temps rien ne bouge, ni au bar, ni à la table, pourtant servie. Après quelques minutes Jacolet quitte le bar et s’assoit à la table devant un des deux verres, les remplit tous les deux et s’exclame :
Aqueth gran carcan de Felix n’ei pas viengut uei. Que’m va caler vueitar lo son veire e béver a la soa santat !
Ce grand carcan de Félix a oublié de venir aujourd’hui. Il va falloir que je vide son verre et que je boive à sa santé !

Déjà à l’époque il arrivait que des discussions avinées se terminent en pugilat. Ainsi, le malheureux, et poids léger, Antoine, reçut-il sur son visage, un jour de « peleja » (dispute), une marque d’affection de la part d’un certain Marcellin, de gabarit d’une autre catégorie. Antoine s’en revint dépité chez lui et s’adressa à sa sœur Anna avec laquelle il vivait :
Anna, qu’at sabèras qu’aqueth triste messatgèr de Marcellin que m’a dat un cohat !
Sache, Anna, que ce triste sire de Marcellin m’a giflé !
Torna-t’i (retournes-y) lui rétorqua Anna.
Retour à l’auberge, deuxième manche de l’altercation, deuxième sanction (une gifle sur l’autre joue), deuxième retour à la maison.
Que me’n a balhat ua auta (il m’ a donné une deuxième gifle).
Demora tà casa (reste à la maison maintenant).

Une affaire qui dure entre deux familles du village, les Labastide et les Duboscq. Les pères de Nénesse (Duboscq) et Tonio (Labastide) s’étaient frictionnés il y a années puis avaient passé le témoin de la querelle à leurs enfants. Rentrant chez lui après une soirée agitée au café Estanguet, Tonio bredouilla-t-il à sa mère :
Eth hilh d’aqueth qui a trucat lo ton marit autes còps qu’a volut trucar’m !
Le fils de celui qui a frappé ton mari autrefois a voulu me frapper !

Le même Tonio se ravitaillait habituellement en vin rouge à une barrique du café Estanguet situé à deux pas. Amélie, sa mère, qui ne rechignait pas à lever le coude en sa compagnie, se proposa un jour d’aller chercher et ramener au logis leur breuvage vitaminé. Dès qu’elle revint (rouge) en leur masure et franchit le pas de la porte Tonio voulut trinquer avec elle. Il grimaça aussitôt, émettant un doute sur le degré de l’alcool bu, chiffre pourtant bien inscrit sur la bouteille. Le lecteur perspicace aura deviné qu’une fontaine publique se dressait entre le bistro(*) et la maison des deux personnages. Source tentatrice pour Amélie qui entama au goulot la bouteille de vin et compléta la place vide par de l’eau de la fontaine. Jean du même nom eut peut-être conclu ainsi cette « fable » : ne laisse pas autrui faire à ta place ce dont tu es capable d’assurer.
(*) bistro ou bistrot, les deux écritures sont autorisées. Bistro sans « t » me paraît plus esthétique même si bistro
et santé ne sont pas toujours compatibles.

En ce temps là la circulation automobile n’était pas des plus intenses. Les troupeaux de bovins se déplaçaient tranquillement dans le village du pré à l’étable, les poules picoraient dans le fossé herbeux, les jeunes gens organisaient des parties de pelote dans la rue, connaissant parfaitement l’heure de passage de l’autobus, avec un matériel très simple : un portail de grange en guise de fronton, des raquettes en bois en lieu de pala, ou des journaux torsadés faisant office de chistera, une balle de tennis au lieu de la pelote réglementaire. Du bistro Estanguet le client fatigué empruntait une porte donnant sur la rue et, sans parfois même ouvrir les yeux, se soulageait sans vergogne contre le mur extérieur de l’établissement, de longues tracées odorantes traversant ensuite la route jusqu’à la rigole opposée. Lorsque Estanguet s’agrandit de nouvelles salles, des WC plus modernes furent installés à l’intérieur du café, au fond de celui-ci (dans l’ancien bistro ils se situaient dans une cour trop éloignée des agapes pour espérer attirer les clients). Mais le grand Arnaud mit du temps à intégrer cette nouvelle disposition des pièces. Perturbé par l’absorption de picrate, dont seule la quantité ingurgitée l’intéressait, dans un état quelque peu vaporeux (drin embrumat), un besoin urgent le fit prendre la porte du chais. Un mur qui jouxtait la porte s’offrit à lui qu’il pensait être … le mur de dehors, comme dans l’ancien bistro. Réflexe fatal car il s’agissait en fait du mur … du couloir séparant le chais d’une autre salle. Retentit alors un énorme « Quin salòp » – que je ne pense pas utile de traduire – sorti de la bouche de la tenancière, au langage habituellement châtié et même précieux quand l’occasion se présentait.

 

Le Marathon des Leveurs de Coude

Les habitants du Vème et du VIème arrondissements de Paris, ainsi que les touristes abondants en ces lieux, furent certainement intrigués, en ce 24 mai 2011, par des cohortes déguisées et bruyantes qui arpentaient le pavé parisien en dégustant un verre de vin lors de leurs nombreux arrêts en des buvettes installées devant les bars du quartier.
Se déroulait sous leurs yeux ébahis « le Marathon des Leveurs de Coude »
Cet événement, concocté par son ami Jean Cormier, se voulait un hommage à Antoine Blondin (1922-1991) disparu donc il y avait 20 ans.
Jean Cormier
, journaliste au Parisien, vit lui aussi au Quartier Latin. Spécialiste du rugby et de Cuba , auteur de livres sur le ballon ovale et sur Che Guevara, il invente, avec une autre fameuse plume de l’Equipe et de Midi Olympique, Denis Lalanne, le Festival (culturel et sportif) Singe Germain, en l’honneur d’ Antoine Blondin.
Celui-ci, écrivain, romancier, journaliste, en particulier dans le quotidien sportif l’Équipe, aimait intriguer et parfois provoquer ses entourages, tant dans l’écriture que dans sa vie de tous les jours.
Ecriture : associé au mouvement des « Hussards » il sera classé écrivain de droite, apprécié au Figaro, et même d’extrême droite en collaborant à des journaux comme Rivarol ou Aspect de la France. Dans une fumeuse rencontre filmée avec Serge Gainsbourg, dont le thème était  … l’alcool et l’écrivain, à ce dernier qui lui reprochait son engagement à droite il répondit : « à gauche on me dit que je suis de droite, à droite on me dit que je suis de gauche ». En tant qu’écrivain sa verve et son humour ne masquaient pas le désenchantement, voire le désarroi, ce qu’il revendiquait lui-même, face aux convenances, petitesse et conventions dirigeant  le monde. En tant que journaliste sportif  et chroniqueur il s’illustra par des articles hauts en couleur et pleins de poésie, concernant le cyclisme et particulièrement le Tour de France mais aussi le rugby où il glorifiait les artistes de la balle ovale comme les frères Boniface.
Quelques titres : Monsieur Jadis – Un singe en hiver (dont fut tiré le film de Verneuil et Audiard, avec Gabin et Belmondo) – L’humeur vagabonde – Les Enfants du bon Dieu …
Quelques citations : quand on meurt de faim il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire – ce qui fout tout par terre il faut le foutre en l’air – les hippies font chanvre à part – chérie, ce soir je n’ai rencontré aucun bistrot fermé (pour s’excuser d’avoir manqué un rendez-vous galant).
Mode de vie : Antoine Blondin reconnaissait qu’il était un invétéré bringueur. Chaque matin il arpentait le Quartier Latin de bar en bar pour la visite de « sa plantation de cafés tabac », à la recherche de ses « verres de contact ». Avec des amis il assista un jour à un Angleterre-France du Tournoi des Cinq Nations à Twickenham … dans un pub situé à 100 m du stade.
La manifestation : pour honorer cette soif de vivre et les rues que Blondin fréquentait régulièrement, Jean Cormier a imaginé un parcours dans 42 bars du Quartier Latin. Dix éléments constituaient chaque équipe participant à ce raid. Trois ans après ma mémoire défaille quelque peu et je ne me souviens que de certaines d’entre elles (aperçues parfois dans les photos qui suivent) : anciens rugbymen du Racing Club de France de rugby, avec entre autres Tadjian et Serrières – des gens du Nord revêtus de la combinaison et de la lampe des mineurs – des Auvergnats habillés, si on peut dire, et armés en hommes des cavernes – et l’équipe à laquelle j’appartenais, Arguibelle, groupe de chant de Lanne en Baretous. Comme seulement sept chanteurs du groupe purent se libérer pour ce voyage Lanne → Paris et un séjour de trois journées, Arguibelle recruta sur la Capitale pour compléter et je me retrouvai donc ainsi inscrit avec les représentants du Béarn. Après avoir assisté à un hommage rendu à Antoine Blondin en l’Église Saint-Sulpice les quinze formations invitées prirent le départ, une par une, vers les bistrots qui avaient accepté de figurer sur l’itinéraire. Chacun de ces bars mettait à disposition une buvette extérieure et servait du vin dans l’écuelle de tout participant. Comme on peut l’imaginer la bonne humeur s’installa vite au sein de toutes les équipes et proliférèrent les échanges, entre elles mais aussi avec les passants et habitants. Nous étions quant à nous vêtus de la blouse bleue (chamara) dans laquelle les paloumaires glissent les palombes  prisonnières des filets tendus entre les arbres. Très vite les chants fusèrent de notre groupe, ce qui ralentit le rythme car on s’attardait de plus en plus autour des buvettes. Si bien qu’au bout d’un certain temps notre équipe se retrouva dépassée par toutes les autres qui se contentaient du petit récipient fourni par les organisateurs et ne perdaient par leur temps à le remplacer par des bouteilles, comme l’indiquent quelques photos à suivre. Ambiance digne des fêtes de Bayonne ou de Pampelune où on fraternise facilement autour du verre et de la chanson. Inutile de dire que nous ne fîmes honneur qu’à un nombre réduit de bars, loin des 42 programmés.

Premier groupe de photos où apparaissent des participants d’autres équipes, des engins pas classiques, des noms de rues ou de troquets situés dans les deux arrondissements concernés.

     

Livraison d’armes.


Deuxième groupe de photos avec Arguibelle batifolant au Quartier Latin
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Michou et sa cousine Séverine évoquent le Jurançon

Michou au Conservatoire du VIème
A l’extrême-gauche Jean Cormier

Vous êtes perdues ?

Un pack impec rejoint par Cormier

Jean Cormier est décédé en décembre 2018 pour rejoindre son village de Sainte-Engrâce dans la Soule.



Réparties de campagne : épisode 3

Cette troisième partie des …. réparties de campagne se situe dans la sphère rugbystique, sur le terrain comme autour du terrain. A l’exception d’une seule les anecdotes rapportées proviennent des terrains voisins d’Oloron. Les histoires (drôles, car je n’aborde pas les plus obscures, comme le possible blanchiment d’argent autour de la vente des billets) liées au milieu (sans jeu de mots) du rugby abondent et je ne me risque pas à en piocher dans les nombreux ouvrages sortis depuis le premier d’entre eux, la référence, « le grand combat du XV de France », de Denis Lalanne, édité en 1958.

Les piliers de rugby, aux premières loges de la mêlée dans les affrontements et les entrées en bélier, se reconnaissent en général par leur morphologie et leurs traits des plus marqués. L’un d’eux, qui avait baroudé à un haut niveau sur la plupart des terrains de l’hexagone, classait ses adversaires d’un match en deux catégories.
« Si le pilier que j’avais en face arborait un visage net, sans trop de reliefs, j’étais sûr que pas grand monde avant moi avait essayé de le toucher, mais que lui-même devait aimer distribuer du pain béni sous la mêlée. Si, au contraire, il présentait une face bosselée, déformée, je pouvais y aller car cela signifiait qu’ il ne devait pas savoir se rendre. »

Suite à un match de rugby bien arrosé (par la pluie), Victor et Manu entreprennent une troisième mi-temps, elle aussi bien arrosée (par la bière). Après un certain nombre d’échanges verres beaux, la même envie urinaire leur prend en même temps, malgré la pluie incessante extérieure. Quand Victor en a terminé, il se dirige vers Manu toujours en action.
Victor : Mes n’as pas engüèra finit de pishar ? (Mais tu n’en as pas fini de pisser ?)
Manu : Atén un moment, que védes plan que cola tostemps ! (Attends un peu, tu vois bien que ça coule encore !)
En fait, Manu se tenait tout près d’une gouttière qui effectivement continuait de verser le trop plein d’eau, ce que son ventre proéminent lui empêchait de voir.

Dans un précédent écrit je décrivais rapidement le rôle du 3ème ligne centre au rugby. L’anecdote qui suit concerne un 2ème ligne, aux attributions diverses dans le pack : saisir le ballon en touche, assurer une poussée vigoureuse derrière son pilier et …. freiner l’ardeur adverse en émettant des signaux malsains au sein de la mêlée, signaux dirigés du bas vers le haut. Poing à la ligne.
Lors d’un certain match, un 2ème ligne du FCO (Football Club Oloronais – hé oui c’est l’appellation du club de rugby d’Oloron, club omnisports) – Riton, officiait derrière son propre frère, Pascal, talonneur de la même formation. Comme les deux mêlées ne parvenaient pas à se stabiliser et que le talonneur d’en face osait disputer le ballon à son frère, Riton décida de faire un peu de ménage (l’expression elle-même montre qu’il ne s’agissait pas d’une sale besogne). Malheureusement, un soubresaut de la mêlée dérangea la direction du tir qui n’atteignit pas la cible visée mais plutôt la face de …. son propre frère.
En bord de touche les spectateurs les plus proches de l’action entendirent alors le pauvre Pascal se plaindre à son frère :  » Allonge, putain ! « 
Message facile à décoder, même par l’arbitre.

Riton, notre 2ème ligne du FCO, avait un autre frère, Jojo, habituellement 3ème ligne aile, donc dans le pack également. Ce jour-là Jojo occupait exceptionnellement le poste de trois-quart aile. À l’époque, la remise en jeu en touche était effectuée bien souvent par le trois-quart aile (ou parfois par le demi de mêlée, comme Pierre Danos à Béziers).
Quand vint le moment du premier lancer de balle pour le FCO, tout le monde attendait que Jojo intervienne puisque telle était sa nouvelle attribution. Mais point de Jojo qui, par réflexe, s’était placé dans l’alignement, comme pour les autres rencontres. Et Jojo se permit en plus de râler.
Jojo : Mes on ei passat aqueth con d’estrem ? (Mais il est passé où cet abruti d’ailier ?)
Riton : Cara’t. Uei qu’ei tu l’estrem ! (Tais-toi donc ! C’est toi qui joue à l’aile aujourd’hui !)

Lors d’une touche, les deux alignements se disposent perpendiculairement à la ligne de touche, laissant, normalement, un écart de un mètre entre ces deux lignes parallèles : car deux droites perpendiculaires à une même troisième sont parallèles entre elles – pardon, je m’égare.
Baptiste, un pilier  au ventre accentué, se tenait de profil dans ledit alignement, car il savait qu’il devrait soutenir le preneur de balle de son équipe et il pensait gagner du temps en évitant d’effectuer un quart de tour de sa personne. De ce fait son ventre dépassait et ne respectait pas le mètre de séparation cité plus haut. Un spectateur ne put s’empêcher de le prévenir à voix haute :
« Rentre ton ventre, Baptiste, t’es hors-jeu« .

Une histoire moins personnelle mais réelle.
Il y a quelques décennies un pilier de rugby devait se borner à pousser en mêlée, déblayer les mêlées ouvertes et, rarement, caresser furtivement le ballon. A l’entraînement du Stadoceste Tarbais les avants se passaient pendant quelques instants le ballon, en s’efforçant de rester debout (quelle époque !) et en se retournant après contact. Quelques collisions plus tard l’entraîneur décidait de stopper le déroulé et criait « mazout« . Code signifiant que le porteur de balle devait poser le ballon à terre afin de permettre au demi de mêlée de s’en saisir et l’envoyer au large vers ses lignes arrières.
Un jour de match, Antonin, un pilier à l’ancienne dirais-je (avant que les Domenech, Paparemborde, Califano, Domingo …. ne modernisent le poste), se retrouva par inadvertance avec le ballon dans les mains. Comme les joueurs adverses se trouvaient quelque peu dispersés, suite aux précédentes charges, notre pilier Tarbais parcourut plusieurs mètres vers la ligne adverse et franchit même celle-ci sans s’en apercevoir. Son entraîneur, qui craignait qu’il ne s’arrête pas avant la ligne d’en but, eut l’idée de lui crier « mazout« , si bien que, réflexe de Pavlov, Antonin posa le ballon à terre, ce qui signifiait que l’arbitre lui accorda l’essai. Certainement le premier et le dernier essai de la carrière d’Antonin.

Réparties de campagne : épisode 2

Comme pour le précédent épisode, les scènes décrites ici ont toutes été vues ou entendues, il y a certes pas mal d’années, par divers villageois du canton.

L’histoire qui vient me fut racontée il y a déjà un certain temps. Elle est maintenant très connue et reprise même dans des journaux ou revues, sous une autre forme : au lieu des truites qui nous intéressent ici, il peut s’agir de tranches de foie gras ou de cuisses de poulet ou de fruits ….
Dans une auberge Marco et Toni s’attaquent au plat de poisson prévu. Arrivent ainsi sous leurs yeux deux truites de tailles différentes : pour simplifier, une grande et une petite.
Marco tend le plat à Toni : Sèrv-te ! (sers-toi !)
Toni glisse la grande truite dans sa propre assiette.
Marco : Totun ! Qu’es drin endavanthèit ! Que t’as pres la mei grana ! (Quand-même ! T’es un peu culotté ! Tu t’es servi la plus grande !)
Toni : Mes, quau averés pres si t’èras servit en prumèr ? (Mais, laquelle aurais-tu pris si tu t’étais servi le premier ?)
Marco : Plan segur, qu’averi pres la mei china. (J’aurais pris la plus petite bien sûr).
Toni : E lavetz, que l’as ! Qu’as a arronhar ? (Eh bien, tu l’as ! Qu’est ce que tu as à grogner ?)

Manuel, un célèbre braconnier de l’ancienne époque, survivait aussi grâce à quelques larcins dans les fermes. Un épais manteau de neige recouvrait la campagne béarnaise un jour où il se sentait traqué par la maréchaussée. Manuel, fatigué de courir pour échapper à ses poursuivants, désirait se reposer quelques heures dans une grange isolée inoccupée.
Il eut l’idée de pénétrer dans ladite grange en y arrivant … à reculons.
Si bien que le sens des traces de ses bottes dans la neige fit croire aux gendarmes que Manuel venait de quitter l’habitat depuis peu et ils s’éloignèrent du lieu. Notre héros put ainsi récupérer des forces à loisir dans le foin, pour quelque temps du moins.

Tohu-bohu dans le village car deux paysans, déjà quelque peu brouillés, Gustave et Romain, s’accrochent verbalement après que leurs charrettes pleines de foin se sont heurtées dans un étroit chemin, bloquant ainsi toute circulation. Aucun des deux ne veut effectuer la manœuvre de repli qui libèrerait le passage. Peu à peu les villageois attirés par l’esclandre entourent les deux protagonistes. Certains essaient de les raisonner ou au moins les calmer.
Annette s’approche de Gustave dans l’espoir de l’amadouer par quelques paroles de bon sens. Comme la situation n’évolue pas elle insiste.
Annette : Vam, Gustau, ne hès pas lo pèc ! Tira-t deu puisheu. (Allons, Gustave, ne fais pas l’imbécile ! Ecarte-toi de là)
Gustave : Tu, que’m poderàs parlar quan m’averàs tornat eth libe de geografia que m’avès panat a l’escòla, dab eths fluvis en blu e las vilas en roi. (Toi, tu seras autorisée à me parler quand tu m’auras rendu le livre de géographie que tu m’avais volé à l’école, avec les fleuves en bleu et les villes en rouge).
Cinquante ans après ressurgissait un vieux souvenir d’école.

De Dómé, un autre fameux braconnier, comme il en existait autrefois dans chaque village, on pourrait dresser un tableau abondant de ses faits (méfaits pour d’autres) et répliques fulgurantes.
Ainsi, pour échapper au garde-pêche, Dómé, qui, bien sûr, agissait sans permis et en dehors de la période autorisée, n’hésitait pas à disparaître dans l’eau profonde et marcher dans le fond du gave pour rejoindre l’autre rive et s’échapper. Le garde-pêche, au courant que Dómé ne savait pas nager, le crut-il ainsi plusieurs fois noyé … pour le retrouver, miracle, contrevenant quelques jours plus tard.
Le même Dómé, dégustait avec deux ou trois copains un poulet préparé par l’aubergiste, poulet bien entendu chapardé dans une ferme du village. Un des fils de cette ferme buvant un coup au bar dans la même pièce, Dómé eut le culot de l’inviter à partager avec eux leurs agapes, vantant de plus la qualité de leur repas.
L’hiver approchant, il arriva que Dómé se laisse volontairement prendre la main dans le sac afin de pouvoir séjourner et se réchauffer quelque temps en prison où on utilisait parfois ses talents de cuisinier.

Le médecin de famille s’inquiète auprès de son malade fumeur.
Le médecin : Vam, Firmin, qu’at voleri saber quant de cigarretas uei ? (Voyons, Firmin, j’aimerais savoir combien de cigarettes aujourd’hui ?)
Firmin : Per ma fé ! Ua sola cada còp ! (Ma foi ! Une seule à la fois !)

L’ami Victor se présente quelque peu éméché  devant une passerelle en bois, tremblante (un peu comme lui d’ailleurs), surmontant un ruisseau plutôt tranquille.
Tà estar segur de poder traucar shens càder hens l’aiga, que’m vau har ua pregària entà lo bon diu. (Pour être sûr de traverser sans tomber dans l’eau, je vais faire une prière au bon dieu).
Ainsi fut fait.
Mais un doute l’assaille.
Mes, si lo diable qu’ei lo mèste d’aqueth pont …. Qu’u vau pregar tanben. (Mais si le diable est maître de ce pont …. Je vais le prier lui aussi).
Ainsi fut fait, une deuxième fois (foi ?).
La passerelle franchie sans encombres, Victor se retourne vers elle :
E adara, que’v emmerdi tots dus ! (Et maintenant, je vous em…..tous les deux !)

Cinquantenaires

1963-2013 Les médias ont principalement insisté récemment sur deux cinquantenaires : l’assassinat du Président Kennedy et la sortie du film devenu incontournable « les tontons flingueurs ». Avant de terminer par deux faits marquants plus personnels de l’ année 1963, j’ai parcouru les  événements de cette même année : ça abonde, je n’en signale que quelques uns !
En France, gouvernée par le tandem de Gaulle-Pompidou, je note la disparition, le même jour, d’Edith Piaf et Jean Cocteau, la création de la deuxième chaîne publique de télévision, la construction de la base de Mururora, les aventures de Thierry la Fronde (ta ta ta ta ta ta ta ta : c’est la musique du générique, que chacun a reconnue), les débuts de Barbara, le triomphe de Jacques Brel à l’Olympia, Juliette Gréco chante la Javanaise de Gainsbourg, la grève totale des mineurs du Nord et de Lorraine, la dernière exécution politique en France (Bastien-Thierry), la création du SLIL, organisme de censure concernant surtout radio et télévision (ça fait sourire maintenant mais pas alors)…
Ailleurs, car il y a un ailleurs qu’en France, je retiens l’arrestation de Mandela, l’invention de la souris d’ordinateur, la sortie des « Oiseaux » d’Hitchcock, la disparition du pape Jean XXIII (le préféré de ma maman), la Marche sur Washington et le « I have a dream » de Martin Luther King, le début de la Beatlemania, Julien Grimau exécuté (garroté) à Madrid…
De mon côté donc, deux chocs émotionnels, non comparables bien sûr dans leur intensité, en cette année 1963, concernant la famille et le rugby.
Décès de ma grand-mère paternelle (celle aussi de mes trois frères donc), première occupante, avec son mari, de notre habitation actuelle. Le couple provenait du village basque voisin d’Esquiule. Son histoire, pas banale, mériterait un détour : pourquoi pas dans un futur écrit ? Le dernier portrait qui suit date de la Toussaint 1962, dans les hauteurs de Féas.

Coucou Mémé, tu ne te doutais pas que ta photo serait diffusée 50 ans plus tard.
Pour la première (et dernière) fois, Mont-de-Marsan devient champion de France de rugby. La finale l’opposait au club voisin de Dax. À l’époque le Stade Montois était mon club préféré car en son sein jouait le fameux et inégalé duo des frères Boniface. Jeune, je m’identifiais à l’un d’eux, André, alors que mon frangin Alain penchait plutôt pour l’autre Boniface, Guy. On n’était pas loin de l’ idolâtrie, si bien que dans certains de mes brouillons d’école se superposaient des formules mathématiques et des caricatures de mon « dieu » rugbystique. Je ne résiste pas à l’envie de clôturer ces lignes en intégrant une photo d’André Boniface en pleine action. Certes cela change des portraits de Churchill ou de Gaulle ou Mandela ou Che Guevara… Mais même les gens ignorants (du) ou rebelles (au) rugby (se) doivent (d’) admirer l’élégance du personnage dont les seules armes étaient la vitesse, la vista et le ballon ovale. Quant aux initiés, qu’ils sachent que la photo est issue du n° 39 du Miroir du Rugby daté de juillet 1964. Hé oui, nostalgie, nostalgie …

Réparties de campagne : épisode 1

A la manière des brèves de comptoir, chères à Jean-Michel Ribes, relevées dans des cafés de la ville, les réparties impertinentes ou poétiques ou coquines ou inattendues (cumulable) foisonnent dans nos villages. Elles illustrent les histoires drôles, racontées en général par les plus vieux, au coin d’un bar, lors d’un repas ou d’une foire ….Ici, en Béarn, c’est surtout dans notre langue maternelle, le Béarnais (Gascon, Occitan … j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur ces nuances d’appellation) que s’échangent ces anecdotes passées qui mettent en valeur d’anciennes gloires locales ô combien typiques et souvent théâtrales. Cette époque ne connaissait pas encore la concurrence de la télé et d’internet.
Ces échanges, réellement entendus par moi, pour certains, ou rapportés par des proches, sont d’abord répétés en Béarnais avant leur traduction française, en se doutant bien qu’une partie de la saveur de la réplique se volatilise lors de sa traduction, comme de fait lorsqu’on passe d’une langue à une autre, quelles qu’elles soient. Les prénoms ou noms cités ont été modifiés afin de ne gêner personne (je prends cette précaution comme si des milliers de personnes se risquaient à lire ce qui suit !).

Ambroise a l’habitude de fréquenter les deux bistrots du village : Estangat et Caillabus. Dans chacun d’eux une ardoise à son nom l’attend. Quittant un jour le café Estangat avec une nouvelle dette, il revient sur ses pas et interpelle la tenancière :
 » Margòt, poderès pas prestar’m dets liuras, permor non pòdi pas passar davant l’auta (Caillabus) shens béver un darrèr còp ! « 
Margot, ne pourrais-tu pas me prêter dix francs, car je ne peux pas passer devant l’autre sans boire un dernier verre !

Dialogue entre un notable connu et sa femme à propos  de cigarette.
La hemna :  » Tostemps aquera cigarreta en la boca ! « 
L’ómi :  » E on volerès-tu que me la hiqui ? « 
La femme : Toujours cette cigarette à la bouche !
L’homme : Et où voudrais-tu donc que je me la mette ?

A l’époque des commis de ferme, l’un d’eux se présente chez un paysan, Bernard, qui lui explique le fonctionnement de la maison et ce que serait son rôle. L’entrevue se déroule devant l’âtre de la cheminée fumante.  Le commis écoute sagement son possible futur patron, sans interruption ni interrogation, et pose en fin une question :
 » Lo huec qu’ei mieja vita, e adara, si bevèvam un cóp, Beñat ? « 
Le feu est une moitié de vie, et si on buvait un coup maintenant, Bernard  ?
Inutile de dire que l’affaire fut vite réglée.

Au bistrot du village, Ambroise et Félicien boivent leur café. Félicien est très en forme et monopolise  la parole depuis quelque temps, tout en tournant sa cuiller  dans la tasse, sans y avoir introduit de sucre.
Ambroise :  » Hiqua-t i sucre «  (Mets-toi du sucre )
Félicien continue de parler, en tournant sa cuiller.
Ambroise :  » Mes hiqua-t i sucre  » (Mais mets-toi donc du sucre)
Même situation : Félicien garde la parole et tourne sa cuiller dans la tasse.
Ambroise :  » Mes, perdiu, hiqua-t i sucre  » (Mais, nom de d…, mets-toi du sucre)
Félicien :  » Hiqua-t i tu, jo que n’ei pro  » (Mets-en toi si tu veux, moi j’en ai assez)

Un célèbre écrivain Oloronais du début du XXème siècle menait une vie tumultueuse, qui lui permit de  fréquenter artistes et intellectuels au-delà de notre région. Il s’introduisit même dans la sphère parisienne mais mourut jeune, à 52 ans. A une voisine qui s’étonnait de cette disparition précoce, le mari trouva une réponse imagée.
La hemna :  » Mes quin se morii ? « 
L’ómi :  » Com eth ceps, que s’ei poirit de la coda « 
La femme : Mais de quoi est-il mort ?
L’homme : Comme les champignons, il s’est pourri de la q…..

Bande dessinée : le banquier et les autres

 Lo Shiulet (Le Sifflet) fut, entre les années 1988 et 1994, la revue trimestrielle éditée par l’Association Occitane de Paris : l’Estancada. Pour ma part, je participai à divers titres à la rédaction de la revue, tant en Français qu’en Occitan : essentiellement « lo bilhet de Miquèu » (humeur) et « Cap d’Esplinga e Cap d’Estèra » (dialogue sur l’Actualité entre deux personnages aux caractères et réactions différents).
Dans le numéro 18 du Shiulet (septembre-octobre-novembre 1992) je me lançai dans une bande dessinée « sociale »de deux pages, que je vous propose ici en v.o. ; la traduction vient en suivant.

1ère séquence : critique de l’ouvrier par les autres.
Le paysan : Les ouvriers, quand-même, ils sont bien heureux, bon Dieu ! Pas de responsabilité au travail, aucun souci de crédit, mais bien souvent en grève. Et ils peuvent se reposer chaque fin de semaine.
Le fonctionnaire : Quelle honte ! Quand ils bloquent les usines ils n’ont pas la conscience d’emm… les autres travailleurs. Et avec leurs syndicats ils se croient très forts.
Le commerçant : Quand ils ne sont pas en congé ils font la grève et en plus ils se saoulent bien souvent. Sûr qu’en plus ils font leurs courses chez Leclerc.
2ème séquence : critique du paysan par les autres.
L’ouvrier : Et les paysans qui osent faire tout ce bruit ! Ils paient peu d’impôt, ils ne connaissent pas la notion de solidarité, ils barrent les routes et maintenant, ils polluent, le Ministre l’a dit à la télé.
Le fonctionnaire : Pourquoi grognent-ils ainsi ? Ils ont tout ce qu’ils veulent à la maison : viande, légumes, fruits, œufs …. Ils devraient être bien heureux de pouvoir casser la croûte je ne sais combien de fois chaque jour, sans payer ! Et quand ils ne sont pas contents, ils cassent tout !
Le commerçant : Vous avez vu ces grandes machines ? Ils ont quand-même pu se les payer ! Ils ne sont pas à plaindre : quand ils ne touchent pas l’impôt sécheresse, ils touchent l’impôt inondation.
3ème séquence : critique du commerçant par les autres.
Le paysan : Et voilà les commerçants qui s’y mettent eux aussi ! Comparez un peu le prix du litre de lait chez nous à la ferme et celui du magasin. Vous verrez la différence.
Le fonctionnaire : Ils n’ont jamais cotisé et ils voudraient les mêmes droits que les autres ! Et on sait bien comment ils votent ! Et quand il y a une guerre, ils s’en sortent toujours bien…
L’ouvrier : Acheter une marchandise dix euros pour la revendre cent euros, ce n’est plus faire du bénéfice, c’est voler !
4ème séquence : critique du fonctionnaire par les autres.
Le paysan : Et les fonctionnaires ? Que font-ils du matin jusqu’au soir ? Téléphoner, déjeuner, ranger des papiers. Jamais pressés pour rendre service, mais toujours pressés pour réclamer une augmentation. Et en plus ils oublient notre langue maternelle.
Le commerçant : Ces feignants ! Ils ne se fatiguent pas beaucoup au bureau , et ils font le plein de vacances ! Et ils sont quand même payés s’ils tombent malades.
L’ouvrier : Tout le monde aimerait avoir leur sécurité de l’emploi …
5ème séquence : tous face au Banquier.
Tous : Mais si personne n’est content ici, à qui profite donc notre travail ?