Réparties de campagne : épisode 4

Dans le café Estanguet ce jour-là il y a affluence – pourquoi ai-je besoin de spécifier « ce jour-là » ? Un des habitués du lieu, Manolo, se vante une fois de plus de sa bravoure militaire passée.
– Jo, n’èi pas jamei avut paur de cap tà l’enemic :
Moi, je n’ai jamais eu peur face à l’ennemi.
Hélas pour lui un impertinent réplique aussitôt :
E perqué donc as recevut ua bala au cuu si n’èras pas en trin de t’escapar ?
Et pourquoi donc alors as-tu reçu une balle dans les fesses, si ce n’est parce que tu étais en train de t’échapper ?

Accoudé au comptoir du café Caillabus, Jacolet commande une bouteille de vin.
Que’m bailharàs un pinton de roi e dus veires sus aquera taula.
Tu me donneras une chopine de vin rouge et deux verres à cette table.
Pendant un certain temps rien ne bouge, ni au bar, ni à la table, pourtant servie. Après quelques minutes Jacolet quitte le bar et s’assoit à la table devant un des deux verres, les remplit tous les deux et s’exclame :
Aqueth gran carcan de Felix n’ei pas viengut uei. Que’m va caler vueitar lo son veire e béver a la soa santat !
Ce grand carcan de Félix a oublié de venir aujourd’hui. Il va falloir que je vide son verre et que je boive à sa santé !

Déjà à l’époque il arrivait que des discussions avinées se terminent en pugilat. Ainsi, le malheureux, et poids léger, Antoine, reçut-il sur son visage, un jour de « peleja » (dispute), une marque d’affection de la part d’un certain Marcellin, de gabarit d’une autre catégorie. Antoine s’en revint dépité chez lui et s’adressa à sa sœur Anna avec laquelle il vivait :
Anna, qu’at sabèras qu’aqueth triste messatgèr de Marcellin que m’a dat un cohat !
Sache, Anna, que ce triste sire de Marcellin m’a giflé !
Torna-t’i (retournes-y) lui rétorqua Anna.
Retour à l’auberge, deuxième manche de l’altercation, deuxième sanction (une gifle sur l’autre joue), deuxième retour à la maison.
Que me’n a balhat ua auta (il m’ a donné une deuxième gifle).
Demora tà casa (reste à la maison maintenant).

Une affaire qui dure entre deux familles du village, les Labastide et les Duboscq. Les pères de Nénesse (Duboscq) et Tonio (Labastide) s’étaient frictionnés il y a années puis avaient passé le témoin de la querelle à leurs enfants. Rentrant chez lui après une soirée agitée au café Estanguet, Tonio bredouilla-t-il à sa mère :
Eth hilh d’aqueth qui a trucat lo ton marit autes còps qu’a volut trucar’m !
Le fils de celui qui a frappé ton mari autrefois a voulu me frapper !

Le même Tonio se ravitaillait habituellement en vin rouge à une barrique du café Estanguet situé à deux pas. Amélie, sa mère, qui ne rechignait pas à lever le coude en sa compagnie, se proposa un jour d’aller chercher et ramener au logis leur breuvage vitaminé. Dès qu’elle revint (rouge) en leur masure et franchit le pas de la porte Tonio voulut trinquer avec elle. Il grimaça aussitôt, émettant un doute sur le degré de l’alcool bu, chiffre pourtant bien inscrit sur la bouteille. Le lecteur perspicace aura deviné qu’une fontaine publique se dressait entre le bistro(*) et la maison des deux personnages. Source tentatrice pour Amélie qui entama au goulot la bouteille de vin et compléta la place vide par de l’eau de la fontaine. Jean du même nom eut peut-être conclu ainsi cette « fable » : ne laisse pas autrui faire à ta place ce dont tu es capable d’assurer.
(*) bistro ou bistrot, les deux écritures sont autorisées. Bistro sans « t » me paraît plus esthétique même si bistro
et santé ne sont pas toujours compatibles.

En ce temps là la circulation automobile n’était pas des plus intenses. Les troupeaux de bovins se déplaçaient tranquillement dans le village du pré à l’étable, les poules picoraient dans le fossé herbeux, les jeunes gens organisaient des parties de pelote dans la rue, connaissant parfaitement l’heure de passage de l’autobus, avec un matériel très simple : un portail de grange en guise de fronton, des raquettes en bois en lieu de pala, ou des journaux torsadés faisant office de chistera, une balle de tennis au lieu de la pelote réglementaire. Du bistro Estanguet le client fatigué empruntait une porte donnant sur la rue et, sans parfois même ouvrir les yeux, se soulageait sans vergogne contre le mur extérieur de l’établissement, de longues tracées odorantes traversant ensuite la route jusqu’à la rigole opposée. Lorsque Estanguet s’agrandit de nouvelles salles, des WC plus modernes furent installés à l’intérieur du café, au fond de celui-ci (dans l’ancien bistro ils se situaient dans une cour trop éloignée des agapes pour espérer attirer les clients). Mais le grand Arnaud mit du temps à intégrer cette nouvelle disposition des pièces. Perturbé par l’absorption de picrate, dont seule la quantité ingurgitée l’intéressait, dans un état quelque peu vaporeux (drin embrumat), un besoin urgent le fit prendre la porte du chais. Un mur qui jouxtait la porte s’offrit à lui qu’il pensait être … le mur de dehors, comme dans l’ancien bistro. Réflexe fatal car il s’agissait en fait du mur … du couloir séparant le chais d’une autre salle. Retentit alors un énorme « Quin salòp » – que je ne pense pas utile de traduire – sorti de la bouche de la tenancière, au langage habituellement châtié et même précieux quand l’occasion se présentait.

 

Le Marathon des Leveurs de Coude

Les habitants du Vème et du VIème arrondissements de Paris, ainsi que les touristes abondants en ces lieux, furent certainement intrigués, en ce 24 mai 2011, par des cohortes déguisées et bruyantes qui arpentaient le pavé parisien en dégustant un verre de vin lors de leurs nombreux arrêts en des buvettes installées devant les bars du quartier.
Se déroulait sous leurs yeux ébahis « le Marathon des Leveurs de Coude »
Cet événement, concocté par son ami Jean Cormier, se voulait un hommage à Antoine Blondin (1922-1991) disparu donc il y avait 20 ans.
Jean Cormier
, journaliste au Parisien, vit lui aussi au Quartier Latin. Spécialiste du rugby et de Cuba , auteur de livres sur le ballon ovale et sur Che Guevara, il invente, avec une autre fameuse plume de l’Equipe et de Midi Olympique, Denis Lalanne, le Festival (culturel et sportif) Singe Germain, en l’honneur d’ Antoine Blondin.
Celui-ci, écrivain, romancier, journaliste, en particulier dans le quotidien sportif l’Équipe, aimait intriguer et parfois provoquer ses entourages, tant dans l’écriture que dans sa vie de tous les jours.
Ecriture : associé au mouvement des « Hussards » il sera classé écrivain de droite, apprécié au Figaro, et même d’extrême droite en collaborant à des journaux comme Rivarol ou Aspect de la France. Dans une fumeuse rencontre filmée avec Serge Gainsbourg, dont le thème était  … l’alcool et l’écrivain, à ce dernier qui lui reprochait son engagement à droite il répondit : « à gauche on me dit que je suis de droite, à droite on me dit que je suis de gauche ». En tant qu’écrivain sa verve et son humour ne masquaient pas le désenchantement, voire le désarroi, ce qu’il revendiquait lui-même, face aux convenances, petitesse et conventions dirigeant  le monde. En tant que journaliste sportif  et chroniqueur il s’illustra par des articles hauts en couleur et pleins de poésie, concernant le cyclisme et particulièrement le Tour de France mais aussi le rugby où il glorifiait les artistes de la balle ovale comme les frères Boniface.
Quelques titres : Monsieur Jadis – Un singe en hiver (dont fut tiré le film de Verneuil et Audiard, avec Gabin et Belmondo) – L’humeur vagabonde – Les Enfants du bon Dieu …
Quelques citations : quand on meurt de faim il se trouve toujours un ami pour vous offrir à boire – ce qui fout tout par terre il faut le foutre en l’air – les hippies font chanvre à part – chérie, ce soir je n’ai rencontré aucun bistrot fermé (pour s’excuser d’avoir manqué un rendez-vous galant).
Mode de vie : Antoine Blondin reconnaissait qu’il était un invétéré bringueur. Chaque matin il arpentait le Quartier Latin de bar en bar pour la visite de « sa plantation de cafés tabac », à la recherche de ses « verres de contact ». Avec des amis il assista un jour à un Angleterre-France du Tournoi des Cinq Nations à Twickenham … dans un pub situé à 100 m du stade.
La manifestation : pour honorer cette soif de vivre et les rues que Blondin fréquentait régulièrement, Jean Cormier a imaginé un parcours dans 42 bars du Quartier Latin. Dix éléments constituaient chaque équipe participant à ce raid. Trois ans après ma mémoire défaille quelque peu et je ne me souviens que de certaines d’entre elles (aperçues parfois dans les photos qui suivent) : anciens rugbymen du Racing Club de France de rugby, avec entre autres Tadjian et Serrières – des gens du Nord revêtus de la combinaison et de la lampe des mineurs – des Auvergnats habillés, si on peut dire, et armés en hommes des cavernes – et l’équipe à laquelle j’appartenais, Arguibelle, groupe de chant de Lanne en Baretous. Comme seulement sept chanteurs du groupe purent se libérer pour ce voyage Lanne → Paris et un séjour de trois journées, Arguibelle recruta sur la Capitale pour compléter et je me retrouvai donc ainsi inscrit avec les représentants du Béarn. Après avoir assisté à un hommage rendu à Antoine Blondin en l’Église Saint-Sulpice les quinze formations invitées prirent le départ, une par une, vers les bistrots qui avaient accepté de figurer sur l’itinéraire. Chacun de ces bars mettait à disposition une buvette extérieure et servait du vin dans l’écuelle de tout participant. Comme on peut l’imaginer la bonne humeur s’installa vite au sein de toutes les équipes et proliférèrent les échanges, entre elles mais aussi avec les passants et habitants. Nous étions quant à nous vêtus de la blouse bleue (chamara) dans laquelle les paloumaires glissent les palombes  prisonnières des filets tendus entre les arbres. Très vite les chants fusèrent de notre groupe, ce qui ralentit le rythme car on s’attardait de plus en plus autour des buvettes. Si bien qu’au bout d’un certain temps notre équipe se retrouva dépassée par toutes les autres qui se contentaient du petit récipient fourni par les organisateurs et ne perdaient par leur temps à le remplacer par des bouteilles, comme l’indiquent quelques photos à suivre. Ambiance digne des fêtes de Bayonne ou de Pampelune où on fraternise facilement autour du verre et de la chanson. Inutile de dire que nous ne fîmes honneur qu’à un nombre réduit de bars, loin des 42 programmés.

Premier groupe de photos où apparaissent des participants d’autres équipes, des engins pas classiques, des noms de rues ou de troquets situés dans les deux arrondissements concernés.

     

Livraison d’armes.


Deuxième groupe de photos avec Arguibelle batifolant au Quartier Latin
.
      

Michou et sa cousine Séverine évoquent le Jurançon

Michou au Conservatoire du VIème
A l’extrême-gauche Jean Cormier

Vous êtes perdues ?

Un pack impec rejoint par Cormier




Réparties de campagne : épisode 3

Cette troisième partie des …. réparties de campagne se situe dans la sphère rugbystique, sur le terrain comme autour du terrain. A l’exception d’une seule les anecdotes rapportées proviennent des terrains voisins d’Oloron. Les histoires (drôles, car je n’aborde pas les plus obscures, comme le possible blanchiment d’argent autour de la vente des billets) liées au milieu (sans jeu de mots) du rugby abondent et je ne me risque pas à en piocher dans les nombreux ouvrages sortis depuis le premier d’entre eux, la référence, « le grand combat du XV de France », de Denis Lalanne, édité en 1958.

Les piliers de rugby, aux premières loges de la mêlée dans les affrontements et les entrées en bélier, se reconnaissent en général par leur morphologie et leurs traits des plus marqués. L’un d’eux, qui avait baroudé à un haut niveau sur la plupart des terrains de l’hexagone, classait ses adversaires d’un match en deux catégories.
« Si le pilier que j’avais en face arborait un visage net, sans trop de reliefs, j’étais sûr que pas grand monde avant moi avait essayé de le toucher, mais que lui-même devait aimer distribuer du pain béni sous la mêlée. Si, au contraire, il présentait une face bosselée, déformée, je pouvais y aller car cela signifiait qu’ il ne devait pas savoir se rendre. »

Suite à un match de rugby bien arrosé (par la pluie), Victor et Manu entreprennent une troisième mi-temps, elle aussi bien arrosée (par la bière). Après un certain nombre d’échanges verres beaux, la même envie urinaire leur prend en même temps, malgré la pluie incessante extérieure. Quand Victor en a terminé, il se dirige vers Manu toujours en action.
Victor : Mes n’as pas engüèra finit de pishar ? (Mais tu n’en as pas fini de pisser ?)
Manu : Atén un moment, que védes plan que cola tostemps ! (Attends un peu, tu vois bien que ça coule encore !)
En fait, Manu se tenait tout près d’une gouttière qui effectivement continuait de verser le trop plein d’eau, ce que son ventre proéminent lui empêchait de voir.

Dans un précédent écrit je décrivais rapidement le rôle du 3ème ligne centre au rugby. L’anecdote qui suit concerne un 2ème ligne, aux attributions diverses dans le pack : saisir le ballon en touche, assurer une poussée vigoureuse derrière son pilier et …. freiner l’ardeur adverse en émettant des signaux malsains au sein de la mêlée, signaux dirigés du bas vers le haut. Poing à la ligne.
Lors d’un certain match, un 2ème ligne du FCO (Football Club Oloronais – hé oui c’est l’appellation du club de rugby d’Oloron, club omnisports) – Riton, officiait derrière son propre frère, Pascal, talonneur de la même formation. Comme les deux mêlées ne parvenaient pas à se stabiliser et que le talonneur d’en face osait disputer le ballon à son frère, Riton décida de faire un peu de ménage (l’expression elle-même montre qu’il ne s’agissait pas d’une sale besogne). Malheureusement, un soubresaut de la mêlée dérangea la direction du tir qui n’atteignit pas la cible visée mais plutôt la face de …. son propre frère.
En bord de touche les spectateurs les plus proches de l’action entendirent alors le pauvre Pascal se plaindre à son frère :  » Allonge, putain ! « 
Message facile à décoder, même par l’arbitre.

Riton, notre 2ème ligne du FCO, avait un autre frère, Jojo, habituellement 3ème ligne aile, donc dans le pack également. Ce jour-là Jojo occupait exceptionnellement le poste de trois-quart aile. À l’époque, la remise en jeu en touche était effectuée bien souvent par le trois-quart aile (ou parfois par le demi de mêlée, comme Pierre Danos à Béziers).
Quand vint le moment du premier lancer de balle pour le FCO, tout le monde attendait que Jojo intervienne puisque telle était sa nouvelle attribution. Mais point de Jojo qui, par réflexe, s’était placé dans l’alignement, comme pour les autres rencontres. Et Jojo se permit en plus de râler.
Jojo : Mes on ei passat aqueth con d’estrem ? (Mais il est passé où cet abruti d’ailier ?)
Riton : Cara’t. Uei qu’ei tu l’estrem ! (Tais-toi donc ! C’est toi qui joue à l’aile aujourd’hui !)

Lors d’une touche, les deux alignements se disposent perpendiculairement à la ligne de touche, laissant, normalement, un écart de un mètre entre ces deux lignes parallèles : car deux droites perpendiculaires à une même troisième sont parallèles entre elles – pardon, je m’égare.
Baptiste, un pilier  au ventre accentué, se tenait de profil dans ledit alignement, car il savait qu’il devrait soutenir le preneur de balle de son équipe et il pensait gagner du temps en évitant d’effectuer un quart de tour de sa personne. De ce fait son ventre dépassait et ne respectait pas le mètre de séparation cité plus haut. Un spectateur ne put s’empêcher de le prévenir à voix haute :
« Rentre ton ventre, Baptiste, t’es hors-jeu« .

Une histoire moins personnelle mais réelle.
Il y a quelques décennies un pilier de rugby devait se borner à pousser en mêlée, déblayer les mêlées ouvertes et, rarement, caresser furtivement le ballon. A l’entraînement du Stadoceste Tarbais les avants se passaient pendant quelques instants le ballon, en s’efforçant de rester debout (quelle époque !) et en se retournant après contact. Quelques collisions plus tard l’entraîneur décidait de stopper le déroulé et criait « mazout« . Code signifiant que le porteur de balle devait poser le ballon à terre afin de permettre au demi de mêlée de s’en saisir et l’envoyer au large vers ses lignes arrières.
Un jour de match, Antonin, un pilier à l’ancienne dirais-je (avant que les Domenech, Paparemborde, Califano, Domingo …. ne modernisent le poste), se retrouva par inadvertance avec le ballon dans les mains. Comme les joueurs adverses se trouvaient quelque peu dispersés, suite aux précédentes charges, notre pilier Tarbais parcourut plusieurs mètres vers la ligne adverse et franchit même celle-ci sans s’en apercevoir. Son entraîneur, qui craignait qu’il ne s’arrête pas avant la ligne d’en but, eut l’idée de lui crier « mazout« , si bien que, réflexe de Pavlov, Antonin posa le ballon à terre, ce qui signifiait que l’arbitre lui accorda l’essai. Certainement le premier et le dernier essai de la carrière d’Antonin.

Réparties de campagne : épisode 2

Comme pour le précédent épisode, les scènes décrites ici ont toutes été vues ou entendues, il y a certes pas mal d’années, par divers villageois du canton.

L’histoire qui vient me fut racontée il y a déjà un certain temps. Elle est maintenant très connue et reprise même dans des journaux ou revues, sous une autre forme : au lieu des truites qui nous intéressent ici, il peut s’agir de tranches de foie gras ou de cuisses de poulet ou de fruits ….
Dans une auberge Marco et Toni s’attaquent au plat de poisson prévu. Arrivent ainsi sous leurs yeux deux truites de tailles différentes : pour simplifier, une grande et une petite.
Marco tend le plat à Toni : Sèrv-te ! (sers-toi !)
Toni glisse la grande truite dans sa propre assiette.
Marco : Totun ! Qu’es drin endavanthèit ! Que t’as pres la mei grana ! (Quand-même ! T’es un peu culotté ! Tu t’es servi la plus grande !)
Toni : Mes, quau averés pres si t’èras servit en prumèr ? (Mais, laquelle aurais-tu pris si tu t’étais servi le premier ?)
Marco : Plan segur, qu’averi pres la mei china. (J’aurais pris la plus petite bien sûr).
Toni : E lavetz, que l’as ! Qu’as a arronhar ? (Eh bien, tu l’as ! Qu’est ce que tu as à grogner ?)

Manuel, un célèbre braconnier de l’ancienne époque, survivait aussi grâce à quelques larcins dans les fermes. Un épais manteau de neige recouvrait la campagne béarnaise un jour où il se sentait traqué par la maréchaussée. Manuel, fatigué de courir pour échapper à ses poursuivants, désirait se reposer quelques heures dans une grange isolée inoccupée.
Il eut l’idée de pénétrer dans ladite grange en y arrivant … à reculons.
Si bien que le sens des traces de ses bottes dans la neige fit croire aux gendarmes que Manuel venait de quitter l’habitat depuis peu et ils s’éloignèrent du lieu. Notre héros put ainsi récupérer des forces à loisir dans le foin, pour quelque temps du moins.

Tohu-bohu dans le village car deux paysans, déjà quelque peu brouillés, Gustave et Romain, s’accrochent verbalement après que leurs charrettes pleines de foin se sont heurtées dans un étroit chemin, bloquant ainsi toute circulation. Aucun des deux ne veut effectuer la manœuvre de repli qui libèrerait le passage. Peu à peu les villageois attirés par l’esclandre entourent les deux protagonistes. Certains essaient de les raisonner ou au moins les calmer.
Annette s’approche de Gustave dans l’espoir de l’amadouer par quelques paroles de bon sens. Comme la situation n’évolue pas elle insiste.
Annette : Vam, Gustau, ne hès pas lo pèc ! Tira-t deu puisheu. (Allons, Gustave, ne fais pas l’imbécile ! Ecarte-toi de là)
Gustave : Tu, que’m poderàs parlar quan m’averàs tornat eth libe de geografia que m’avès panat a l’escòla, dab eths fluvis en blu e las vilas en roi. (Toi, tu seras autorisée à me parler quand tu m’auras rendu le livre de géographie que tu m’avais volé à l’école, avec les fleuves en bleu et les villes en rouge).
Cinquante ans après ressurgissait un vieux souvenir d’école.

De Dómé, un autre fameux braconnier, comme il en existait autrefois dans chaque village, on pourrait dresser un tableau abondant de ses faits (méfaits pour d’autres) et répliques fulgurantes.
Ainsi, pour échapper au garde-pêche, Dómé, qui, bien sûr, agissait sans permis et en dehors de la période autorisée, n’hésitait pas à disparaître dans l’eau profonde et marcher dans le fond du gave pour rejoindre l’autre rive et s’échapper. Le garde-pêche, au courant que Dómé ne savait pas nager, le crut-il ainsi plusieurs fois noyé … pour le retrouver, miracle, contrevenant quelques jours plus tard.
Le même Dómé, dégustait avec deux ou trois copains un poulet préparé par l’aubergiste, poulet bien entendu chapardé dans une ferme du village. Un des fils de cette ferme buvant un coup au bar dans la même pièce, Dómé eut le culot de l’inviter à partager avec eux leurs agapes, vantant de plus la qualité de leur repas.
L’hiver approchant, il arriva que Dómé se laisse volontairement prendre la main dans le sac afin de pouvoir séjourner et se réchauffer quelque temps en prison où on utilisait parfois ses talents de cuisinier.

Le médecin de famille s’inquiète auprès de son malade fumeur.
Le médecin : Vam, Firmin, qu’at voleri saber quant de cigarretas uei ? (Voyons, Firmin, j’aimerais savoir combien de cigarettes aujourd’hui ?)
Firmin : Per ma fé ! Ua sola cada còp ! (Ma foi ! Une seule à la fois !)

L’ami Victor se présente quelque peu éméché  devant une passerelle en bois, tremblante (un peu comme lui d’ailleurs), surmontant un ruisseau plutôt tranquille.
Tà estar segur de poder traucar shens càder hens l’aiga, que’m vau har ua pregària entà lo bon diu. (Pour être sûr de traverser sans tomber dans l’eau, je vais faire une prière au bon dieu).
Ainsi fut fait.
Mais un doute l’assaille.
Mes, si lo diable qu’ei lo mèste d’aqueth pont …. Qu’u vau pregar tanben. (Mais si le diable est maître de ce pont …. Je vais le prier lui aussi).
Ainsi fut fait, une deuxième fois (foi ?).
La passerelle franchie sans encombres, Victor se retourne vers elle :
E adara, que’v emmerdi tots dus ! (Et maintenant, je vous em…..tous les deux !)

Cinquantenaires

1963-2013 Les médias ont principalement insisté récemment sur deux cinquantenaires : l’assassinat du Président Kennedy et la sortie du film devenu incontournable « les tontons flingueurs ». Avant de terminer par deux faits marquants plus personnels de l’ année 1963, j’ai parcouru les  événements de cette même année : ça abonde, je n’en signale que quelques uns !
En France, gouvernée par le tandem de Gaulle-Pompidou, je note la disparition, le même jour, d’Edith Piaf et Jean Cocteau, la création de la deuxième chaîne publique de télévision, la construction de la base de Mururora, les aventures de Thierry la Fronde (ta ta ta ta ta ta ta ta : c’est la musique du générique, que chacun a reconnue), les débuts de Barbara, le triomphe de Jacques Brel à l’Olympia, Juliette Gréco chante la Javanaise de Gainsbourg, la grève totale des mineurs du Nord et de Lorraine, la dernière exécution politique en France (Bastien-Thierry), la création du SLIL, organisme de censure concernant surtout radio et télévision (ça fait sourire maintenant mais pas alors)…
Ailleurs, car il y a un ailleurs qu’en France, je retiens l’arrestation de Mandela, l’invention de la souris d’ordinateur, la sortie des « Oiseaux » d’Hitchcock, la disparition du pape Jean XXIII (le préféré de ma maman), la Marche sur Washington et le « I have a dream » de Martin Luther King, le début de la Beatlemania, Julien Grimau exécuté (garroté) à Madrid…
De mon côté donc, deux chocs émotionnels, non comparables bien sûr dans leur intensité, en cette année 1963, concernant la famille et le rugby.
Décès de ma grand-mère paternelle (celle aussi de mes trois frères donc), première occupante, avec son mari, de notre habitation actuelle. Le couple provenait du village basque voisin d’Esquiule. Son histoire, pas banale, mériterait un détour : pourquoi pas dans un futur écrit ? Le dernier portrait qui suit date de la Toussaint 1962, dans les hauteurs de Féas.

Coucou Mémé, tu ne te doutais pas que ta photo serait diffusée 50 ans plus tard.
Pour la première (et dernière) fois, Mont-de-Marsan devient champion de France de rugby. La finale l’opposait au club voisin de Dax. À l’époque le Stade Montois était mon club préféré car en son sein jouait le fameux et inégalé duo des frères Boniface. Jeune, je m’identifiais à l’un d’eux, André, alors que mon frangin Alain penchait plutôt pour l’autre Boniface, Guy. On n’était pas loin de l’ idolâtrie, si bien que dans certains de mes brouillons d’école se superposaient des formules mathématiques et des caricatures de mon « dieu » rugbystique. Je ne résiste pas à l’envie de clôturer ces lignes en intégrant une photo d’André Boniface en pleine action. Certes cela change des portraits de Churchill ou de Gaulle ou Mandela ou Che Guevara… Mais même les gens ignorants (du) ou rebelles (au) rugby (se) doivent (d’) admirer l’élégance du personnage dont les seules armes étaient la vitesse, la vista et le ballon ovale. Quant aux initiés, qu’ils sachent que la photo est issue du n° 39 du Miroir du Rugby daté de juillet 1964. Hé oui, nostalgie, nostalgie …

Réparties de campagne : épisode 1

A la manière des brèves de comptoir, chères à Jean-Michel Ribes, relevées dans des cafés de la ville, les réparties impertinentes ou poétiques ou coquines ou inattendues (cumulable) foisonnent dans nos villages. Elles illustrent les histoires drôles, racontées en général par les plus vieux, au coin d’un bar, lors d’un repas ou d’une foire ….Ici, en Béarn, c’est surtout dans notre langue maternelle, le Béarnais (Gascon, Occitan … j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur ces nuances d’appellation) que s’échangent ces anecdotes passées qui mettent en valeur d’anciennes gloires locales ô combien typiques et souvent théâtrales. Cette époque ne connaissait pas encore la concurrence de la télé et d’internet.
Ces échanges, réellement entendus par moi, pour certains, ou rapportés par des proches, sont d’abord répétés en Béarnais avant leur traduction française, en se doutant bien qu’une partie de la saveur de la réplique se volatilise lors de sa traduction, comme de fait lorsqu’on passe d’une langue à une autre, quelles qu’elles soient. Les prénoms ou noms cités ont été modifiés afin de ne gêner personne (je prends cette précaution comme si des milliers de personnes se risquaient à lire ce qui suit !).

Ambroise a l’habitude de fréquenter les deux bistrots du village : Estangat et Caillabus. Dans chacun d’eux une ardoise à son nom l’attend. Quittant un jour le café Estangat avec une nouvelle dette, il revient sur ses pas et interpelle la tenancière :
 » Margòt, poderès pas prestar’m dets liuras, permor non pòdi pas passar davant l’auta (Caillabus) shens béver un darrèr còp ! « 
Margot, ne pourrais-tu pas me prêter dix francs, car je ne peux pas passer devant l’autre sans boire un dernier verre !

Dialogue entre un notable connu et sa femme à propos  de cigarette.
La hemna :  » Tostemps aquera cigarreta en la boca ! « 
L’ómi :  » E on volerès-tu que me la hiqui ? « 
La femme : Toujours cette cigarette à la bouche !
L’homme : Et où voudrais-tu donc que je me la mette ?

A l’époque des commis de ferme, l’un d’eux se présente chez un paysan, Bernard, qui lui explique le fonctionnement de la maison et ce que serait son rôle. L’entrevue se déroule devant l’âtre de la cheminée fumante.  Le commis écoute sagement son possible futur patron, sans interruption ni interrogation, et pose en fin une question :
 » Lo huec qu’ei mieja vita, e adara, si bevèvam un cóp, Beñat ? « 
Le feu est une moitié de vie, et si on buvait un coup maintenant, Bernard  ?
Inutile de dire que l’affaire fut vite réglée.

Au bistrot du village, Ambroise et Félicien boivent leur café. Félicien est très en forme et monopolise  la parole depuis quelque temps, tout en tournant sa cuiller  dans la tasse, sans y avoir introduit de sucre.
Ambroise :  » Hiqua-t i sucre «  (Mets-toi du sucre )
Félicien continue de parler, en tournant sa cuiller.
Ambroise :  » Mes hiqua-t i sucre  » (Mais mets-toi donc du sucre)
Même situation : Félicien garde la parole et tourne sa cuiller dans la tasse.
Ambroise :  » Mes, perdiu, hiqua-t i sucre  » (Mais, nom de d…, mets-toi du sucre)
Félicien :  » Hiqua-t i tu, jo que n’ei pro  » (Mets-en toi si tu veux, moi j’en ai assez)

Un célèbre écrivain Oloronais du début du XXème siècle menait une vie tumultueuse, qui lui permit de  fréquenter artistes et intellectuels au-delà de notre région. Il s’introduisit même dans la sphère parisienne mais mourut jeune, à 52 ans. A une voisine qui s’étonnait de cette disparition précoce, le mari trouva une réponse imagée.
La hemna :  » Mes quin se morii ? « 
L’ómi :  » Com eth ceps, que s’ei poirit de la coda « 
La femme : Mais de quoi est-il mort ?
L’homme : Comme les champignons, il s’est pourri de la q…..

Bande dessinée : le banquier et les autres

 Lo Shiulet (Le Sifflet) fut, entre les années 1988 et 1994, la revue trimestrielle éditée par l’Association Occitane de Paris : l’Estancada. Pour ma part, je participai à divers titres à la rédaction de la revue, tant en Français qu’en Occitan : essentiellement « lo bilhet de Miquèu » (humeur) et « Cap d’Esplinga e Cap d’Estèra » (dialogue sur l’Actualité entre deux personnages aux caractères et réactions différents).
Dans le numéro 18 du Shiulet (septembre-octobre-novembre 1992) je me lançai dans une bande dessinée « sociale »de deux pages, que je vous propose ici en v.o. ; la traduction vient en suivant.

1ère séquence : critique de l’ouvrier par les autres.
Le paysan : Les ouvriers, quand-même, ils sont bien heureux, bon Dieu ! Pas de responsabilité au travail, aucun souci de crédit, mais bien souvent en grève. Et ils peuvent se reposer chaque fin de semaine.
Le fonctionnaire : Quelle honte ! Quand ils bloquent les usines ils n’ont pas la conscience d’emm… les autres travailleurs. Et avec leurs syndicats ils se croient très forts.
Le commerçant : Quand ils ne sont pas en congé ils font la grève et en plus ils se saoulent bien souvent. Sûr qu’en plus ils font leurs courses chez Leclerc.
2ème séquence : critique du paysan par les autres.
L’ouvrier : Et les paysans qui osent faire tout ce bruit ! Ils paient peu d’impôt, ils ne connaissent pas la notion de solidarité, ils barrent les routes et maintenant, ils polluent, le Ministre l’a dit à la télé.
Le fonctionnaire : Pourquoi grognent-ils ainsi ? Ils ont tout ce qu’ils veulent à la maison : viande, légumes, fruits, œufs …. Ils devraient être bien heureux de pouvoir casser la croûte je ne sais combien de fois chaque jour, sans payer ! Et quand ils ne sont pas contents, ils cassent tout !
Le commerçant : Vous avez vu ces grandes machines ? Ils ont quand-même pu se les payer ! Ils ne sont pas à plaindre : quand ils ne touchent pas l’impôt sécheresse, ils touchent l’impôt inondation.
3ème séquence : critique du commerçant par les autres.
Le paysan : Et voilà les commerçants qui s’y mettent eux aussi ! Comparez un peu le prix du litre de lait chez nous à la ferme et celui du magasin. Vous verrez la différence.
Le fonctionnaire : Ils n’ont jamais cotisé et ils voudraient les mêmes droits que les autres ! Et on sait bien comment ils votent ! Et quand il y a une guerre, ils s’en sortent toujours bien…
L’ouvrier : Acheter une marchandise dix euros pour la revendre cent euros, ce n’est plus faire du bénéfice, c’est voler !
4ème séquence : critique du fonctionnaire par les autres.
Le paysan : Et les fonctionnaires ? Que font-ils du matin jusqu’au soir ? Téléphoner, déjeuner, ranger des papiers. Jamais pressés pour rendre service, mais toujours pressés pour réclamer une augmentation. Et en plus ils oublient notre langue maternelle.
Le commerçant : Ces feignants ! Ils ne se fatiguent pas beaucoup au bureau , et ils font le plein de vacances ! Et ils sont quand même payés s’ils tombent malades.
L’ouvrier : Tout le monde aimerait avoir leur sécurité de l’emploi …
5ème séquence : tous face au Banquier.
Tous : Mais si personne n’est content ici, à qui profite donc notre travail ?

Adresses festives du Sud-Ouest à Paris

Dans ce qui suit nous indiquons les coordonnées (adresse et téléphone) ainsi que quelques caractéristiques de divers établissements de Paris, tenus par des natifs du Sud-Ouest, que l’Estancada et Camin Casa fréquentèrent à partir des années 85 et que certains fréquentent encore. La liste à venir se limite à nos connaissances personnelles car on ne peut pas parcourir tous les cafés parisiens et s’y installer durablement. En complément on peut se reporter au site de l’Association les Béarnais de Paris.
Pourquoi ce « répertoire » des restaurants du pays ? Certes pour la qualité de leur cuisine avec souvent des mets de nos régions, mais aussi pour la chaleur de l’accueil et leur ambiance, et, enfin, pour la liberté offerte de nous exprimer vocalement et musicalement. Il nous arriva (et arrivera) souvent de sortir guitare, accordéon et flûtes, jusqu’à des heures avancées de la nuit – du petit jour diraient les mauvaises langues – et ce en plein Paris, dans des arrondissements différents. Pour ma part, lors de chaque séjour dans la Capitale, je m’inflige la peine capitale : retourner dans l’un ou (et) l’autre de ces refuges où on se retrouve avec quelques amis de l’Estancada ou de Camin Casa, « tà har petar la cantèra, com au pais » (pour que la chanson explose, comme au pays).
Entrons donc dans l’antre de ces paradis musico-culinaires, sans ordre chronologique de préférence ou de qualité, mais tout simplement par ordre alphabétique.

Au Métro : 18 boulevard Pasteur (75011)  01 47 34 21 24

Tenanciers : Jean-Pierre et Christine Mourin (cette dernière native de Castillon, dans  les Baronies).
Fief du Stade Français, dont joueurs et dirigeants passaient la nuit après chaque finale du Championnat de France, Jean-Pierre fut même interviewé avec Peter De Villiers, pilier du XV de France, dans le cadre de l’émission « Jours de Rugby » sur France 2.
On y a naguère poussé la chansonnette avec les fameux Bandolets de Bigorre et leur leader Jean-Claude Viaud, un ami de la famille Mourin. Il n’est donc pas interdit de chanter au bar malgré la concurrence déloyale de la télé, le vendredi soir, avec souvent un match du Top 14.
De nombreuses photos de vedettes rugbystiques et de paysages pyrénéens ornent les murs du restaurant. Un des plats « maison » reste le porc noir gascon, friandise des habitués.

Express Bar : 23 rue du Roule (75001)   01 45 08 11 41

Le patron, Edouard Pagueguy, nous connaît depuis 1985, lorsqu’il tenait, avec son regretté frère Azté, le « Gaillon », boulevard Sébastopol. Ce sont des enfants d’Hasparren. Que de nuits agitées alors (dans le bon sens bien entendu), parfois jusqu’au petit matin, quand on était plus jeune cela va de soi. Nombreuses anecdotes parsèment ces virées, qui ne se racontent pas à l’écrit. Il peut encore arriver que Édouard refuse de nous servir à boire tant qu’on n’a pas attaqué la chanson.
Seul bar, à ma connaissance, où patron et serveurs font souvent plus de bruit que les consommateurs. Seul bar encore où le patron peut éteindre la télé à notre arrivée pour nous suggérer (le verbe est faible) de chanter, sans demander l’avis de la clientèle. Seul bar enfin qui possède les deux CDs de Camin Casa.
Pendant plusieurs années nous avons eu la chance de disposer gratuitement d’une salle de la Maison des Pyrénées Atlantiques (fermée depuis deux ans), située au 20 Avenue de l’Opéra, pour les répétitions de Camin Casa. Il n’était pas rare alors de terminer la soirée à l’Express en attendant le dernier métro du vendredi. L’entrecôte du chef et/ou la bavette à l’échalote y sont  encore particulièrement appréciées.

Le Gave de Pau : 147 rue de Charenton  ( 75012)  01 43 44 74 11

Yvette Canguilhem nous a reçus plusieurs fois entre 2000 et 2005 et on la retrouvait à l’Olympia lors des concerts de Nadau de 2000, 2005, 2010 et certainement lors du prochain, programmé le 10 mai 2014. Chez elle aussi il n’était pas interdit d’entonner les chants traditionnels et quelques unes de nos créations.

Le Grand Comptoir : 125 rue d’Alésia (75014)  01 45 42 18 37

L’ami Hervé, originaire de Biarritz, a pris la direction de ce resto cela doit faire cinq ans, aidé au début par Pierrot Lephaille, d’Esquiule. Tous deux avaient déjà travaillé ensemble au « Sud Ouest », dont nous parlons ci-dessous.
Très bon accueil là aussi, aussi bien avec les Provinciaux comme nous qu’avec les Parisiens vivant dans le quartier. Les soirées « Beaujolais nouveau » y sont particulièrement animées.

Le Sud Ouest  :  07 Avenue Niel (75017)  01 45 72 02 58

C’est Arnaud Etchenou, de Gotein, qui dirige ce restaurant. Autour du bar on peut observer de nombreuses photos d’anciennes gloires du rugby national, passées par là un jour. J’ai pu y croiser un soir le groupe Arraya de Didier Fois, en tournée en région parisienne et qui donna de la voix chez Arnaud en guise d’entrainement. Le « Sud Ouest » reste un point de rencontre pour les Basques et les Béarnais, entre autres, qui « montent » sur Paris pour le Salon de l’Agriculture ou à l’occasion d’un match du Tournoi, comme les Oloronais guitaristes (ex gloires du F.C.O.) Dédé Peyran, Roger Gracia, Patrick Martine.
C’est à l’issue d’un repas animé, réunissant les amis de l’Estancada et de Camin Casa, que, sur un coin de bar, nous décidâmes à quelques uns de partir à la recherche d’une Salle de répétition, afin de chanter plus régulièrement ensemble. Quelque temps après Sébastien Arrieux se mettait d’accord avec la Maison des Pyrénées Atlantiques et, pendant quelques années nous pûmes répéter le vendredi soir avant de conclure ce travail (car on ne faisait pas que festoyer) par notre deuxième CD, « Cap a Cap », en mai 2008.

Pour terminer, nous citerons deux autres établissements qui n’existent plus mais dans lesquels nos voix s’élevèrent maintes fois naguère, chez Colette et Jean-Pierre (de Larrau) à la Porte des Lilas et chez Agnès et René Lanardoune, au « Pyrénéen » des Olympiades du 13ème. Hélas Jean-Pierre et René ont disparu il y a quelques années mais nous n’oublions pas leur sourire accueillant et leur encouragement à en pousser quelques unes.

Vive le rubgy cassoulet

Alors que la nouvelle saison rugbystique est bien entamée, quelques commentaires personnels sur l’évolution de ce sport et l’engagement de certains d’entre nous à le suivre ou le servir.

Comme il paraît loin le temps où même l’Équipe de France ne disposait pas d’entraîneur, la tactique du jour étant élaborée par le Capitaine et ses lieutenants, de même philosophie en général, quelques jours seulement avant d’affronter les équipes britanniques. Lors de la fameuse Tournée de 1958 en Afrique du Sud le seul Serge Saulnier faisait office de sélectionneur-conseiller-soigneur peut-être, laissant au soin des Mias, Celaya, Moncla, Danos… la motivation et l’entraînement de leurs équipiers. Sûrement quelques primes de match en guise de salaire, du vin rouge et de la bière en guise de dopage. Et des joueurs victorieux (à la surprise générale) des gigantesques Springbocks, revenant au pays en toute humilité, sans les lumières des caméras et les louanges effrénés de la Presse écrite (à part Denis Lalanne dans l’Équipe et son livre référence « Le Grand Combat du XV de France »).

Jusqu’aux années 70 on se souvient des noms des joueurs, de leurs « leaders », et seulement parfois des sélectionneurs quand certains joueurs subissaient leur ostracisme, pour des raisons de politique ou d’esthétisme, comme André Boniface, Moncla, Maso plus tard. A partir de Raoul Barrière et son armada biterroise, l’entraîneur devint le personnage clé de toute formation. Peu à peu, pas simplement en France, leur importance grandit, leur salaire aussi, et, les résultats devant suivre, la notion de plaisir (pour les joueurs comme pour les spectateurs) et de risque s’effaça devant ledit résultat. Puis vint le professionnalisme, concernant Top 14 et Pro D2, qui aggrava comme on peut s’en douter la situation.

Finies les agapes d’après-match où joueurs et supporters se mêlaient, buvaient un (?) coup ensemble, refaisaient le match ou préparaient le suivant, puis chantaient parfois a capella, autour des buvettes ou des cafés disponibles (à l’époque point de « Club House » que d’aucuns appelleront « Maison du Rugby »). Le « rugby cassoulet » est d’un autre temps, clament ceux qui dirigent notre sport : FFR bien entendu, responsables de club, journalistes de l’écrit ou de la télé… Il y a des sous en jeu il ne faut plus de saouls en semaine. Et bien non, Mesdames et Messieurs Tristes ! Le « rugby cassoulet » survit encore mais, bien sûr, il ne concerne que les divisions et séries « inférieures », inférieures dans hiérarchie, certes, mais pas dans l’esprit. Ce n’est pas une vue du passé mais une vie du présent. Nombreux demeurent les clubs pour lesquels la convivialité reste la base sur laquelle se bâtit la marque du club. Nombreux aussi sont les bénévoles qui s’efforcent d’inculquer et de pérenniser un état d’esprit loin des surenchères financières et de la gloriole médiatique. Bien sûr que la condition physique doit être surveillée mais le vécu collectif hors du terrain, même avec certains excès, vaut bien quelques séances de tableau noir.

Non au Rugby Tristounet ! Oui au Rugby Cassoulet ! Le premier disparaîtrait si l’argent devait faire défaut, le second y résisterait.

Pour ma part je ne fréquente pas les tribunes chaque  dimanche, mais je me partage entre 3 clubs, la liste n’étant pas exhaustive : Escou*(série), Aramits**(fédérale 2), Oloron (fédérale 1). Ce sont maintenant les fils – bientôt les petits-fils ! – d’anciens joueurs ou amis de ma génération qui portent les couleurs du club. Le bâton a bien été transmis. Quoi de plus enchanteur, alors, que d’entonner ensemble, quel que soit le résultat, des chants qui, eux aussi, traversent les générations.
* En 2017, reprise de cet article paru en 2013, Escou a rejoint la division Honneur.
** En 2017 Aramits joue en fédérale 3.

Pourquoi un blog ?

Écrire un blog c’est écrire ses mémoires …..du présent. Écrire un blog cela peut aussi servir d’autopsychanalyse, où l’écrit remplace le parler, où l’individu s’exprime sans le contrôle ou l’interruption de l’autre.

Depuis maintenant deux ans que nous nous sommes installés en Béarn, pas mal de personnes me (nous) questionnent sur notre « nouvelle » vie ici, comme si nous étions des explorateurs en terre inconnue : « vous ne vous ennuyez pas trop ici ? » ; « alors, Paris ne vous manque pas ? » ; « qu’est-ce que vous faites (fêtes devraient-ils dire) dans la journée ? » …

Écrire un blog me permettra en partie de répondre à ces interrogations, sans tomber dans le narcissisme.

Écrire un blog enfin (mais en cherchant bien je trouverais certainement d’autres raisons) c’est peut-être établir un dialogue avec celles et ceux qui voudront bien le parcourir et le critiquer ou commenter.

Si les premiers articles de ce blog sont centrés sur le chant collectif, une des spécificités du Béarn, nous avons bien sûr l’intention de varier les thèmes des écrits à l’avenir.