Randonnées en vallée d’Aspe : première partie

Si je cite, dans les divers articles qui suivent, presque toutes les randonnées –  ou tout simplement marches sportives –  auxquelles je me suis livré ces dernières années, je ne détaillerai bien sûr pas chacune d’elles mais m’étendrai quand-même un peu plus longuement sur certaines d’entre elles.
Ces diverses courses décrites ou citées ne figurent pas toutes dans la carte ci-dessous.

Vallée d'Aspe, entre Barétous et Ossau
Vallée d’Aspe, entre Barétous et Ossau

Je regroupe les itinéraires parcourus en vallée d’Aspe en trois groupes : autour de Bedous (basse vallée d’Aspe), autour de Lescun (vallée adjacente à la vallée d’Aspe) et autour du Somport (haute vallée d’Aspe). Dans cette première partie je m’intéresse aux excursions autour de Bedous et de Lescun. Le Somport sera l’objet de la seconde partie.

Les balades autour de Bedous.
Le Layens (1625 m). Au Nord-Ouest de Bedous on démarre du village d’Osse-en-Aspe, pour une courte randonnée qui peut s’effectuer dans l’après-midi. On passe par le col de Bergout pour atteindre le pic du Layens d’où on domine Bedous et les villages environnants : Accous, Lees, Athas, Osse. Ce jour-là on suivit même le trajet des pompiers de Bedous appelés pour une urgence dans la vallée.
Ourdins (1501 m) et Teulère (1565 m). Départ d’un belvédère situé sur un chemin à gauche de la RN 134, peu avant Bedous. Cette balade non plus ne nécessite pas un démarrage trop matinal. Un de ses intérêts est de pouvoir admirer, un peu à l’écart de la pente terminale, un champ d’edelweiss (mirar mes non tocar !). On poursuit la marche jusqu’au pic de Teulère en traversant un plateau et approchant d’une cabane de berger.

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Au sommet avec la cousine Laure

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Boucle Accous-Bedous-Osse-Lees-Athats-Accous. Promenade en plaine, pleine de surprises agréables à la traversée de ces villages pittoresques de la vallée d’Aspe, à l’écart du flux des engins motorisés. Toits typiques d’ardoises, galeries en bois, rues étroites, abreuvoir ou lavoir d’époque conservés …

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Au fond, le Layens.

Col d’Iseye (1829 m). En partant d’Accous on chemine pour un passage classique de la vallée d’Aspe à la vallée d’Ossau.En haut du col nous attend une cabane de berger bien souvent accueillant et disponible, sauf évidemment si on l’aborde au moment de la traite des brebis (une fois le matin, une fois le soir).

Les randonnées autour de Lescun.
À partir de Lescun, perché autour de 900 m, les possibles randonnées abondent et il nous en reste encore un bon nombre à découvrir. En laissant sa voiture à Lescun on peut déjà envisager quelques marches assez courtes mais pentues. Il y a quelques décennies le GR 10 reliait Lescun au refuge de Labérouat (voir plus loin) qu’on atteignait donc avec le sac sur le dos. Une autre promenade au-dessus du village mène à un belvédère au panorama imposant permettant de découvrir au loin, entre autres Cette-Eygun, lui aussi village perché et sans issue (pour la route) mais de l’autre côté de la RN 34. Les deux photos suivantes illustrent ces vues de la montagne à partir des environs de Lescun.

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Un certain nombre de randonnées partent du refuge de Labérouat (1442 m), maintenant relié à Lescun par une route goudronnée. Entre Lescun et Labérouat on découvre peu à peu les pics majestueux : Countende (2338 m), Billare (2318 m), Anie (2504 m), Ansabère (Aiguilles : 2200 m pour la plus haute). Le refuge lui-même est adossé au pittoresque massif de l’Oueillarisse (1979 m) : voir ci-dessous. Ancien établissement de bains, il devint un Centre De Montagne pour les enfants, sous le patronage de la FOL (Fédération des Œuvres Laïques).

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Le refuge de Labérouat

Pic d’Anie (2504 m). Le sommet le plus élevé de cette partie Ouest des Pyrénées. On y accède également à partir de la Pierre Saint-Martin (vallée de Barétous). C’est le pic symbole, celui que l’on aperçoit à l’horizon, quelle que soit l’observation en plaine. De Labérouat on compte un peu moins de 5 heures de marche, selon le rythme et la fréquence des arrêts des participants. La difficulté s’accroît dans le parcours final car la pente devient assez rude et la visibilité du chemin incertaine. Avec les amis de Saint-Pée il put nous arriver de laisser échapper quelques chants béarnais, arrivés en haut, soulagés d’avoir « vaincu » une nouvelle fois notre sommet fétiche, certainement réchauffés par quelque liquide réconfortant. Au terminus on rencontre des pyrénéistes espagnols car des itinéraires menant au pic prennent leur source en Aragon.
Du fait de son faîte élevé, l’Anie domine la chaîne et apparaît sur de nombreuses photos, comme celles qui suivent, prises en des lieux différents. Bien souvent le Pic d’Arlas, dont on reparlera dans « randonnées en Barétous », accompagne l’Anie, à portée d’oiseau.

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Les arres du Pic d’Anie
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Pic d’Anie vu de la Pierre Saint-Martin
(au premier plan le Pic d’Arlas)
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Le Pic d’Anie au loin, photographié depuis Monein

Sur le chemin entre Labérouat et Anie on contourne le Pas d’Azun (1873 m) et le Soum Couy (2365 m), et on s’impose une pause à la cabane d’un berger connu au savoir vivre indéniable, cabane de La Baigt . Pour une randonnée plus courte pour laquelle ladite cabane est le terme, l’échange fraternel avec le maître des lieux se ponctue en général d’échanges vocaux (c’est une manie !). Dans ce cas, notre hôte (ne pas confondre avec la haute de Fourcade ou de Bersans) entr’ouvre sa porte pour que les randonneurs qui passent à proximité soient attirés par nos chants, devenant ainsi des acheteurs potentiels de son fromage.
Col de Pau. On dépasse Lescun en voiture jusqu’au parking de Labranère. On atteint le col de Pau, comme on aurait pu le faire à partir de Lhers.

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Table des Trois Rois (2421 m) : en partant du Plateau de Sanchèse. Les Rois de Béarn, Aragon et Navarre se rencontraient en ce lieu, point de jonction de leurs trois royaumes: on appelait cela une « Conférence au Sommet ». Le Lac de Lhurs (1691 m) est voisin, qui mérite lui aussi un détour.
Lac d’Arlet (1990 m) et son refuge accueillant. On peut y parvenir, par exemple, en partant du hameau de Lhers (1000 m) en 4h30.
Lac d’Acherito, au pied du Pic du même nom (2358 m) situé côté Espagne.
Circuit d’Ansabère : boucle depuis le Pont Lamary, en passant là aussi devant une cabane de berger.

On peut terminer ce paragraphe par quelques photos dispersées de cette proximité de Lescun, comme la cascade du plateau de Sanchèse ou le panorama du Cirque de Lescun.

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Commentaires sur les randonnées pyrénéennes

L’essentiel de nos randonnées (toutes saisons confondues) se concentre sur les deux vallées des Pyrénées Occidentales : Aspe et Ossau (voir schéma). D’autres se déroulent en Vallée de Barétous et en Soule (une des trois parties du Pays basque Nord).

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La balade montagnarde est très rarement solitaire.Personnellement, je ne me souviens que de deux parcours pédestres, seul : lac d’Estaëns (Aspe) et Tour du Pic du Midi d’Ossau (Ossau). Le premier intervint le lendemain d’une dégustation de Jurançon à La Chapelle de Rousse, dégustation conviviale s’il en fut (fût ?) qui me fit ressentir dès le lendemain le besoin de m’oxygéner. Le second suivait un passage à l’hôpital et permit de tester mes forces post opératoires. Je me testai donc et ne détestai point cette course en solitaire.
En général donc, tout en restant civil, les randonnées se déroulent plutôt en groupe, avec des amis ou (et) en famille. Chaque participant apporte ses provisions, de l’eau et, de temps en temps, un liquide plus conséquent, qui n’est pas sans conséquences sur le moral de la troupe (tiens ! voilà le général qui revient !). Si le pastis et le vin rouge accompagnent parfois l’eau et le café, il nous arriva en une occasion de déguster foie gras et vin blanc moelleux (à la bonne température s’il vous plaît) en haut d’un sommet. Mais, je rassure le lecteur, certaines balades s’accomplissent sans breuvage alcoolisé.
Mes toutes premières excursions datent des années 60, à une époque où la montagne n’attirait pas encore beaucoup de citadins vacanciers. Le but, alors, n’était pas de photographier sous tous les angles les sites enchanteurs qui nous entouraient mais tout simplement d’accompagner, en famille, c’est à dire avec mes frères et cousins, notre oncle Bernard qui, plusieurs fois dans l’été, rendait visite à ses brebis en estive. Soit du côté de Laberouat (Aspe), soit du côté du Pic du Moine (Ossau). On découvrait ainsi le travail du berger, Peyo, à qui incombait la responsabilité du troupeau de juin à septembre. On savourait aussi les anecdotes savoureuses de ce personnage ô combien typique.
Depuis une vingtaine d’années, je garde une trace écrite des pics et lacs atteints ainsi que les noms des participants à ces diverses journées pyrénéennes. Destinations assez nombreuses et variées, mais, en feuilletant les livres et revues spécialisés, ou en détaillant les cartes qui s’y rapportent, on s’aperçoit qu’il nous en reste encore pléthore à découvrir.
A suivre : randonnées en Aspe puis randonnées en Ossau.

Réparties de campagne : épisode 3

Cette troisième partie des …. réparties de campagne se situe dans la sphère rugbystique, sur le terrain comme autour du terrain. A l’exception d’une seule les anecdotes rapportées proviennent des terrains voisins d’Oloron. Les histoires (drôles, car je n’aborde pas les plus obscures, comme le possible blanchiment d’argent autour de la vente des billets) liées au milieu (sans jeu de mots) du rugby abondent et je ne me risque pas à en piocher dans les nombreux ouvrages sortis depuis le premier d’entre eux, la référence, « le grand combat du XV de France », de Denis Lalanne, édité en 1958.

Les piliers de rugby, aux premières loges de la mêlée dans les affrontements et les entrées en bélier, se reconnaissent en général par leur morphologie et leurs traits des plus marqués. L’un d’eux, qui avait baroudé à un haut niveau sur la plupart des terrains de l’hexagone, classait ses adversaires d’un match en deux catégories.
« Si le pilier que j’avais en face arborait un visage net, sans trop de reliefs, j’étais sûr que pas grand monde avant moi avait essayé de le toucher, mais que lui-même devait aimer distribuer du pain béni sous la mêlée. Si, au contraire, il présentait une face bosselée, déformée, je pouvais y aller car cela signifiait qu’ il ne devait pas savoir se rendre. »

Suite à un match de rugby bien arrosé (par la pluie), Victor et Manu entreprennent une troisième mi-temps, elle aussi bien arrosée (par la bière). Après un certain nombre d’échanges verres beaux, la même envie urinaire leur prend en même temps, malgré la pluie incessante extérieure. Quand Victor en a terminé, il se dirige vers Manu toujours en action.
Victor : Mes n’as pas engüèra finit de pishar ? (Mais tu n’en as pas fini de pisser ?)
Manu : Atén un moment, que védes plan que cola tostemps ! (Attends un peu, tu vois bien que ça coule encore !)
En fait, Manu se tenait tout près d’une gouttière qui effectivement continuait de verser le trop plein d’eau, ce que son ventre proéminent lui empêchait de voir.

Dans un précédent écrit je décrivais rapidement le rôle du 3ème ligne centre au rugby. L’anecdote qui suit concerne un 2ème ligne, aux attributions diverses dans le pack : saisir le ballon en touche, assurer une poussée vigoureuse derrière son pilier et …. freiner l’ardeur adverse en émettant des signaux malsains au sein de la mêlée, signaux dirigés du bas vers le haut. Poing à la ligne.
Lors d’un certain match, un 2ème ligne du FCO (Football Club Oloronais – hé oui c’est l’appellation du club de rugby d’Oloron, club omnisports) – Riton, officiait derrière son propre frère, Pascal, talonneur de la même formation. Comme les deux mêlées ne parvenaient pas à se stabiliser et que le talonneur d’en face osait disputer le ballon à son frère, Riton décida de faire un peu de ménage (l’expression elle-même montre qu’il ne s’agissait pas d’une sale besogne). Malheureusement, un soubresaut de la mêlée dérangea la direction du tir qui n’atteignit pas la cible visée mais plutôt la face de …. son propre frère.
En bord de touche les spectateurs les plus proches de l’action entendirent alors le pauvre Pascal se plaindre à son frère :  » Allonge, putain ! « 
Message facile à décoder, même par l’arbitre.

Riton, notre 2ème ligne du FCO, avait un autre frère, Jojo, habituellement 3ème ligne aile, donc dans le pack également. Ce jour-là Jojo occupait exceptionnellement le poste de trois-quart aile. À l’époque, la remise en jeu en touche était effectuée bien souvent par le trois-quart aile (ou parfois par le demi de mêlée, comme Pierre Danos à Béziers).
Quand vint le moment du premier lancer de balle pour le FCO, tout le monde attendait que Jojo intervienne puisque telle était sa nouvelle attribution. Mais point de Jojo qui, par réflexe, s’était placé dans l’alignement, comme pour les autres rencontres. Et Jojo se permit en plus de râler.
Jojo : Mes on ei passat aqueth con d’estrem ? (Mais il est passé où cet abruti d’ailier ?)
Riton : Cara’t. Uei qu’ei tu l’estrem ! (Tais-toi donc ! C’est toi qui joue à l’aile aujourd’hui !)

Lors d’une touche, les deux alignements se disposent perpendiculairement à la ligne de touche, laissant, normalement, un écart de un mètre entre ces deux lignes parallèles : car deux droites perpendiculaires à une même troisième sont parallèles entre elles – pardon, je m’égare.
Baptiste, un pilier  au ventre accentué, se tenait de profil dans ledit alignement, car il savait qu’il devrait soutenir le preneur de balle de son équipe et il pensait gagner du temps en évitant d’effectuer un quart de tour de sa personne. De ce fait son ventre dépassait et ne respectait pas le mètre de séparation cité plus haut. Un spectateur ne put s’empêcher de le prévenir à voix haute :
« Rentre ton ventre, Baptiste, t’es hors-jeu« .

Une histoire moins personnelle mais réelle.
Il y a quelques décennies un pilier de rugby devait se borner à pousser en mêlée, déblayer les mêlées ouvertes et, rarement, caresser furtivement le ballon. A l’entraînement du Stadoceste Tarbais les avants se passaient pendant quelques instants le ballon, en s’efforçant de rester debout (quelle époque !) et en se retournant après contact. Quelques collisions plus tard l’entraîneur décidait de stopper le déroulé et criait « mazout« . Code signifiant que le porteur de balle devait poser le ballon à terre afin de permettre au demi de mêlée de s’en saisir et l’envoyer au large vers ses lignes arrières.
Un jour de match, Antonin, un pilier à l’ancienne dirais-je (avant que les Domenech, Paparemborde, Califano, Domingo …. ne modernisent le poste), se retrouva par inadvertance avec le ballon dans les mains. Comme les joueurs adverses se trouvaient quelque peu dispersés, suite aux précédentes charges, notre pilier Tarbais parcourut plusieurs mètres vers la ligne adverse et franchit même celle-ci sans s’en apercevoir. Son entraîneur, qui craignait qu’il ne s’arrête pas avant la ligne d’en but, eut l’idée de lui crier « mazout« , si bien que, réflexe de Pavlov, Antonin posa le ballon à terre, ce qui signifiait que l’arbitre lui accorda l’essai. Certainement le premier et le dernier essai de la carrière d’Antonin.

Les n° 8 du XV de France

De quoi ? Il s’amuse à récapituler les troisièmes lignes centres (portant le n° 8 dans le dos) du XV de France !? Vraiment rien d’autre à faire !
Hé oui ! On vit au présent, on réfléchit aux taches et sorties de l’avenir et on revient de temps en temps sur le passé qui nous a inspirés et nourris. Amusement d’un soir, effectivement, sans intérêt historique, sans utilité pour quiconque, histoire de se repasser quelques films dans la tête, de se souvenir de ces visages qui marquèrent notre enfance, en communion avec le père, les frères et combien de cousins et amis (avec de plus en plus de femmes qui se mirent à partager notre passion). Amusement, donc, à parcourir la liste des 1038 joueurs qui portèrent au moins une fois le maillot tricolore, de Henri Amand en 1906 à Jonathan Pélissier en novembre 2013.
Parmi eux, je me suis seulement intéressé aux n° 8, uniquement depuis les années 1950, car la plupart des noms me sont connus à partir de ces années-là. Je pense d’ailleurs avoir vu évoluer au moins une fois presque tous ces rugbymen que je cite, à la télé ou dans un Stade (Yves du Manoir à Colombes, Parc des Princes à Paris, Stade de France à Saint-Denis).
Petit aparté sur le Stade de Colombes qui, comme son nom ne l’indique pas, ne fut pas toujours porteur de paix lors des joutes franco-britanniques. Sans leur crier : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! », les Tricolores ne se tiraient pas toujours correctement du guêpier tissé par leurs adversaires du jour. En effet, la première place occupée, seule, par l’Equipe de France, lors du Tournoi des Cinq Nations, ne date que de 1959, avec Lucien Mias sous le Capitanat, avant que le Palois-Racingman François Moncla (né à Louvie-Juzon en Vallée d’Ossau) prenne les rênes. Il nous arriva plusieurs fois de nous rendre en famille à ce Stade mythique, en vélo parfois car nous habitions à quelques kilomètres. Je ne suis pas certain que l’antivol s’imposait alors. Après le match on pouvait rencontrer les acteurs dans la grande mais unique buvette du Stade ou dans les allées avoisinantes, leur faire signer des autographes et, pourquoi pas, si l’âge le permettait boire un coup avec nos idoles. Pour reprendre le titre d’un de mes précédents articles du blog, on vivait alors à l’époque du rugby « cassoulet » où l’argent n’avait pas encore gangréné notre sport, son élite du moins.
Schéma d’une équipe de rugby constituée de 8 avants (la mêlée) et de 7 lignes arrières :

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Le 3ème ligne centre, numéro 8, cale la mêlée. C’est une plaque tournante importante. Il trie les ballons et protège son demi de mêlée (n°9), lequel oriente le jeu quand le ballon sort de la mêlée. La photo qui suit provient du Stade de Twickenham pour Angleterre-France (20-27) du 01 février 1975.

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Ballon en main : le demi de mêlée Richard Astre (Béziers, n°9). Troisième ligne déployée autour de lui, de gauche à droite : Jean-Pierre Rives  (Toulouse, n°6), Claude Spanghero (Narbonne, n°8), Jean-Claude Skrela (Toulouse, n°7). Relevés de la mêlée : Alain Paco (Béziers, n°2), Gérard Cholley (Castres, n°1). Les deuxièmes lignes qui poussent encore : Alain Guibert (Toulon, n°4), Alain Estève (Béziers, n°5). Caché devant : Armand Vaquerin (Béziers, n°3).

Dans la liste d’un peu plus d’une cinquantaine de noms qui suit apparaissent quelques rugbymen de notre région : les Oloronais Clémente et Maleig (ce dernier terminant sa carrière à Tarbes), le Basco-Tarbais Arthapignet, et Harinodorquy (Pau puis Biarritz). Quelques oublis seront sûrement à déplorer et les lecteurs avisés m’en informeront. L’astérisque  *  qui suit le nom signifie que le joueur a pu être International à un autre poste (2ème ligne ou troisième ligne aile). Entre parenthèses figurent les années de son premier et de son dernier match en Équipe de France.
Et maintenant, place à un peu de nostalgie, de Michel Celaya (1953) à Antoine Claassen (2013) : 60 ans !

Celaya * (53-61) ; Barthe (54-59); Crancée (60-61); Echavé (61); Lefèvre (61); Roméro(62-63); Lira(62-63); Fabre(63-64); Fite (63); A.Herrero(63-67); Dauga * (64-72); W.Spanghero * (64-73); Greffe(68); Dutin(68); Billère(68); Viard(69-71); Bastiat(69-78); Buonomo(71-72); C.Spanghero * (71-75); Rousset(75-76); Joinel(77-87); Clémente(78-80); Maleig * (79-80); Malquier(79); Cristina(79); Erbani * (81-90); Rodriguez * (81-90); Carminati(86-95); Cecillon * (88-95); Arthapignet(88); Melville(90-91); Benazzi * (90-01); Deslandes(90-92); Van Heerden(92); Cigagna(95); Juillet(95-01); Dispagne(96); Labrousse(96); T.Liévremont(96-06); Mallier(99-00); Chabal * (00-11); Tabacco(01-05); Vermeulen(01-08); F.Ntamack(01); Hall(02); Harinordoquy * (02-12); Bonnaire * (04-12); Chouly(07-13); Picamoles(08-13); Lakafia(11); Claassen(13)

On peut terminer par un petit jeu entre initiés : dresser la liste alphabétique de ceux que vous considérez comme les quinze n° 8 qui vous ont le plus marqué (jeunes s’abstenir). Pour ma part je sélectionne :
Celaya, Barthe, A.Herrero, Dauga, W.Spanghero; Bastiat, Joinel, Rodriguez, Cecillon, Benazzi, T.Liévremont, Chabal, Harinordoquy, Bonnaire,Picamoles.
S’il fallait s’arrêter à dix, je serais bien embêté !

Réparties de campagne : épisode 2

Comme pour le précédent épisode, les scènes décrites ici ont toutes été vues ou entendues, il y a certes pas mal d’années, par divers villageois du canton.

L’histoire qui vient me fut racontée il y a déjà un certain temps. Elle est maintenant très connue et reprise même dans des journaux ou revues, sous une autre forme : au lieu des truites qui nous intéressent ici, il peut s’agir de tranches de foie gras ou de cuisses de poulet ou de fruits ….
Dans une auberge Marco et Toni s’attaquent au plat de poisson prévu. Arrivent ainsi sous leurs yeux deux truites de tailles différentes : pour simplifier, une grande et une petite.
Marco tend le plat à Toni : Sèrv-te ! (sers-toi !)
Toni glisse la grande truite dans sa propre assiette.
Marco : Totun ! Qu’es drin endavanthèit ! Que t’as pres la mei grana ! (Quand-même ! T’es un peu culotté ! Tu t’es servi la plus grande !)
Toni : Mes, quau averés pres si t’èras servit en prumèr ? (Mais, laquelle aurais-tu pris si tu t’étais servi le premier ?)
Marco : Plan segur, qu’averi pres la mei china. (J’aurais pris la plus petite bien sûr).
Toni : E lavetz, que l’as ! Qu’as a arronhar ? (Eh bien, tu l’as ! Qu’est ce que tu as à grogner ?)

Manuel, un célèbre braconnier de l’ancienne époque, survivait aussi grâce à quelques larcins dans les fermes. Un épais manteau de neige recouvrait la campagne béarnaise un jour où il se sentait traqué par la maréchaussée. Manuel, fatigué de courir pour échapper à ses poursuivants, désirait se reposer quelques heures dans une grange isolée inoccupée.
Il eut l’idée de pénétrer dans ladite grange en y arrivant … à reculons.
Si bien que le sens des traces de ses bottes dans la neige fit croire aux gendarmes que Manuel venait de quitter l’habitat depuis peu et ils s’éloignèrent du lieu. Notre héros put ainsi récupérer des forces à loisir dans le foin, pour quelque temps du moins.

Tohu-bohu dans le village car deux paysans, déjà quelque peu brouillés, Gustave et Romain, s’accrochent verbalement après que leurs charrettes pleines de foin se sont heurtées dans un étroit chemin, bloquant ainsi toute circulation. Aucun des deux ne veut effectuer la manœuvre de repli qui libèrerait le passage. Peu à peu les villageois attirés par l’esclandre entourent les deux protagonistes. Certains essaient de les raisonner ou au moins les calmer.
Annette s’approche de Gustave dans l’espoir de l’amadouer par quelques paroles de bon sens. Comme la situation n’évolue pas elle insiste.
Annette : Vam, Gustau, ne hès pas lo pèc ! Tira-t deu puisheu. (Allons, Gustave, ne fais pas l’imbécile ! Ecarte-toi de là)
Gustave : Tu, que’m poderàs parlar quan m’averàs tornat eth libe de geografia que m’avès panat a l’escòla, dab eths fluvis en blu e las vilas en roi. (Toi, tu seras autorisée à me parler quand tu m’auras rendu le livre de géographie que tu m’avais volé à l’école, avec les fleuves en bleu et les villes en rouge).
Cinquante ans après ressurgissait un vieux souvenir d’école.

De Dómé, un autre fameux braconnier, comme il en existait autrefois dans chaque village, on pourrait dresser un tableau abondant de ses faits (méfaits pour d’autres) et répliques fulgurantes.
Ainsi, pour échapper au garde-pêche, Dómé, qui, bien sûr, agissait sans permis et en dehors de la période autorisée, n’hésitait pas à disparaître dans l’eau profonde et marcher dans le fond du gave pour rejoindre l’autre rive et s’échapper. Le garde-pêche, au courant que Dómé ne savait pas nager, le crut-il ainsi plusieurs fois noyé … pour le retrouver, miracle, contrevenant quelques jours plus tard.
Le même Dómé, dégustait avec deux ou trois copains un poulet préparé par l’aubergiste, poulet bien entendu chapardé dans une ferme du village. Un des fils de cette ferme buvant un coup au bar dans la même pièce, Dómé eut le culot de l’inviter à partager avec eux leurs agapes, vantant de plus la qualité de leur repas.
L’hiver approchant, il arriva que Dómé se laisse volontairement prendre la main dans le sac afin de pouvoir séjourner et se réchauffer quelque temps en prison où on utilisait parfois ses talents de cuisinier.

Le médecin de famille s’inquiète auprès de son malade fumeur.
Le médecin : Vam, Firmin, qu’at voleri saber quant de cigarretas uei ? (Voyons, Firmin, j’aimerais savoir combien de cigarettes aujourd’hui ?)
Firmin : Per ma fé ! Ua sola cada còp ! (Ma foi ! Une seule à la fois !)

L’ami Victor se présente quelque peu éméché  devant une passerelle en bois, tremblante (un peu comme lui d’ailleurs), surmontant un ruisseau plutôt tranquille.
Tà estar segur de poder traucar shens càder hens l’aiga, que’m vau har ua pregària entà lo bon diu. (Pour être sûr de traverser sans tomber dans l’eau, je vais faire une prière au bon dieu).
Ainsi fut fait.
Mais un doute l’assaille.
Mes, si lo diable qu’ei lo mèste d’aqueth pont …. Qu’u vau pregar tanben. (Mais si le diable est maître de ce pont …. Je vais le prier lui aussi).
Ainsi fut fait, une deuxième fois (foi ?).
La passerelle franchie sans encombres, Victor se retourne vers elle :
E adara, que’v emmerdi tots dus ! (Et maintenant, je vous em…..tous les deux !)

Marches dans les environs d’Oloron

Mais qu’est-ce qu’ils peuvent donc pouvoir faire en Béarn après avoir connu la vie parisienne ?
Je ne reviens pas sur nos sorties « culturelles » (j’écris culturelles entre guillemets car pour certaines personnes l’adjectif a une connotation péjorative) décrites dans une précédente page intitulée « activités culturelles sur Oloron ». En avant pour les balades tranquilles (de durée maximale 3h)  autour de chez nous, avant d’aborder les randonnées de montagne.
Béarn des vallons, des coteaux, des plaines et des montagnes. Pays basque (Soule) voisin. Les sites abondent ainsi que les chemins qui les relient. Finis les sports de notre jeunesse : rugby, foot, pala, squash. Toujours pas commencés les ébats aquatiques : le montagnard nait sans palmes ni nageoires. Peu utilisés vélo et VTT, bien que le terrain s’y prête et que le nombre de pratiquants ne cesse de croître.
Il nous reste campagne, collines et pics à découvrir pedibus : marche, rando, raquette …. qui excitent nos sens dans tous les sens. S’en mettre plein la vue sans rien payer ; se laisser caresser les oreilles par les gazouillis, le tintinnabulement des clochettes, le frémissement des feuillages ; humer à tout va les parfums des prairies et des bois.

Les itinéraires de la plupart des marches ou balades tranquilles, en partant de chez nous, en toute saison, figurent dans le schéma joint où les échelles ne sont pas respectées.
[1] Tour classique passant par le Château d’Eau et traversant une partie du bois de Saint-Pée. Les rencontres de gens connus y sont fréquentes et rallongent la durée de la promenade, mais on aime ça. L’automne est propice à la cueillette des champignons dans ce trajet.
[2] Soum de Thès. Petite grimpette sur la fin. De là-haut, observation à 360°, au-dessus du village de Féas. En face la chaîne des Pyrénées, de l’autre côté le village souletin d’Esquiule. Sur les deux photos qui suivent, avec nos filles Aurélie et Séverine, on dira que le vent violent explique certaines grimaces du visage.

En haut de Thès

En route pour Thès
[3] Boucle passant par Oloron et Moumour. Quand le maïs a été coupé les pics d’Anie et d’Arlas se détachent au loin dans toute leur splendeur.
[4] Du Pont Noir au Pont de Féas en passant par le Pont Lavigne. Sous ces trois ponts s’écoule le Vert qui se jette dans le Gave d’Oloron à Moumour. Ce trajet est aussi celui de nos footings.
[5] Boucle autour d’Agnos (non marquée dans le schéma ci-dessous).
[6] Outre ces promenades que l’on peut démarrer de chez nous sans utiliser la voiture, il en existe bien entendu des tas d’autres dont le point de départ est plus éloigné et nécessite un transport en voiture : chemin entre Féas et Aramits, boucle autour de Précilhon, croix d’Escou (photos ci-dessous), promenade au-dessus de Lescun , boucle autour d’Accous ….

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Quelques vues (3) prises proches de notre habitation

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neige en Béarn le 26-02-2013 007

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Trois autres vues lors de la boucle autour d’Escou : la croix, sur une hauteur dominant Escou et Escout, est visible depuis la RN 134, au niveau du passage à niveau d’Herrère

Mars et avril 2013 035 Mars et avril 2013 029 Mars et avril 2013 031

Cinquantenaires

1963-2013 Les médias ont principalement insisté récemment sur deux cinquantenaires : l’assassinat du Président Kennedy et la sortie du film devenu incontournable « les tontons flingueurs ». Avant de terminer par deux faits marquants plus personnels de l’ année 1963, j’ai parcouru les  événements de cette même année : ça abonde, je n’en signale que quelques uns !
En France, gouvernée par le tandem de Gaulle-Pompidou, je note la disparition, le même jour, d’Edith Piaf et Jean Cocteau, la création de la deuxième chaîne publique de télévision, la construction de la base de Mururora, les aventures de Thierry la Fronde (ta ta ta ta ta ta ta ta : c’est la musique du générique, que chacun a reconnue), les débuts de Barbara, le triomphe de Jacques Brel à l’Olympia, Juliette Gréco chante la Javanaise de Gainsbourg, la grève totale des mineurs du Nord et de Lorraine, la dernière exécution politique en France (Bastien-Thierry), la création du SLIL, organisme de censure concernant surtout radio et télévision (ça fait sourire maintenant mais pas alors)…
Ailleurs, car il y a un ailleurs qu’en France, je retiens l’arrestation de Mandela, l’invention de la souris d’ordinateur, la sortie des « Oiseaux » d’Hitchcock, la disparition du pape Jean XXIII (le préféré de ma maman), la Marche sur Washington et le « I have a dream » de Martin Luther King, le début de la Beatlemania, Julien Grimau exécuté (garroté) à Madrid…
De mon côté donc, deux chocs émotionnels, non comparables bien sûr dans leur intensité, en cette année 1963, concernant la famille et le rugby.
Décès de ma grand-mère paternelle (celle aussi de mes trois frères donc), première occupante, avec son mari, de notre habitation actuelle. Le couple provenait du village basque voisin d’Esquiule. Son histoire, pas banale, mériterait un détour : pourquoi pas dans un futur écrit ? Le dernier portrait qui suit date de la Toussaint 1962, dans les hauteurs de Féas.

Coucou Mémé, tu ne te doutais pas que ta photo serait diffusée 50 ans plus tard.
Pour la première (et dernière) fois, Mont-de-Marsan devient champion de France de rugby. La finale l’opposait au club voisin de Dax. À l’époque le Stade Montois était mon club préféré car en son sein jouait le fameux et inégalé duo des frères Boniface. Jeune, je m’identifiais à l’un d’eux, André, alors que mon frangin Alain penchait plutôt pour l’autre Boniface, Guy. On n’était pas loin de l’ idolâtrie, si bien que dans certains de mes brouillons d’école se superposaient des formules mathématiques et des caricatures de mon « dieu » rugbystique. Je ne résiste pas à l’envie de clôturer ces lignes en intégrant une photo d’André Boniface en pleine action. Certes cela change des portraits de Churchill ou de Gaulle ou Mandela ou Che Guevara… Mais même les gens ignorants (du) ou rebelles (au) rugby (se) doivent (d’) admirer l’élégance du personnage dont les seules armes étaient la vitesse, la vista et le ballon ovale. Quant aux initiés, qu’ils sachent que la photo est issue du n° 39 du Miroir du Rugby daté de juillet 1964. Hé oui, nostalgie, nostalgie …

Réparties de campagne : épisode 1

A la manière des brèves de comptoir, chères à Jean-Michel Ribes, relevées dans des cafés de la ville, les réparties impertinentes ou poétiques ou coquines ou inattendues (cumulable) foisonnent dans nos villages. Elles illustrent les histoires drôles, racontées en général par les plus vieux, au coin d’un bar, lors d’un repas ou d’une foire ….Ici, en Béarn, c’est surtout dans notre langue maternelle, le Béarnais (Gascon, Occitan … j’aurai sûrement l’occasion de revenir sur ces nuances d’appellation) que s’échangent ces anecdotes passées qui mettent en valeur d’anciennes gloires locales ô combien typiques et souvent théâtrales. Cette époque ne connaissait pas encore la concurrence de la télé et d’internet.
Ces échanges, réellement entendus par moi, pour certains, ou rapportés par des proches, sont d’abord répétés en Béarnais avant leur traduction française, en se doutant bien qu’une partie de la saveur de la réplique se volatilise lors de sa traduction, comme de fait lorsqu’on passe d’une langue à une autre, quelles qu’elles soient. Les prénoms ou noms cités ont été modifiés afin de ne gêner personne (je prends cette précaution comme si des milliers de personnes se risquaient à lire ce qui suit !).

Ambroise a l’habitude de fréquenter les deux bistrots du village : Estangat et Caillabus. Dans chacun d’eux une ardoise à son nom l’attend. Quittant un jour le café Estangat avec une nouvelle dette, il revient sur ses pas et interpelle la tenancière :
 » Margòt, poderès pas prestar’m dets liuras, permor non pòdi pas passar davant l’auta (Caillabus) shens béver un darrèr còp ! « 
Margot, ne pourrais-tu pas me prêter dix francs, car je ne peux pas passer devant l’autre sans boire un dernier verre !

Dialogue entre un notable connu et sa femme à propos  de cigarette.
La hemna :  » Tostemps aquera cigarreta en la boca ! « 
L’ómi :  » E on volerès-tu que me la hiqui ? « 
La femme : Toujours cette cigarette à la bouche !
L’homme : Et où voudrais-tu donc que je me la mette ?

A l’époque des commis de ferme, l’un d’eux se présente chez un paysan, Bernard, qui lui explique le fonctionnement de la maison et ce que serait son rôle. L’entrevue se déroule devant l’âtre de la cheminée fumante.  Le commis écoute sagement son possible futur patron, sans interruption ni interrogation, et pose en fin une question :
 » Lo huec qu’ei mieja vita, e adara, si bevèvam un cóp, Beñat ? « 
Le feu est une moitié de vie, et si on buvait un coup maintenant, Bernard  ?
Inutile de dire que l’affaire fut vite réglée.

Au bistrot du village, Ambroise et Félicien boivent leur café. Félicien est très en forme et monopolise  la parole depuis quelque temps, tout en tournant sa cuiller  dans la tasse, sans y avoir introduit de sucre.
Ambroise :  » Hiqua-t i sucre «  (Mets-toi du sucre )
Félicien continue de parler, en tournant sa cuiller.
Ambroise :  » Mes hiqua-t i sucre  » (Mais mets-toi donc du sucre)
Même situation : Félicien garde la parole et tourne sa cuiller dans la tasse.
Ambroise :  » Mes, perdiu, hiqua-t i sucre  » (Mais, nom de d…, mets-toi du sucre)
Félicien :  » Hiqua-t i tu, jo que n’ei pro  » (Mets-en toi si tu veux, moi j’en ai assez)

Un célèbre écrivain Oloronais du début du XXème siècle menait une vie tumultueuse, qui lui permit de  fréquenter artistes et intellectuels au-delà de notre région. Il s’introduisit même dans la sphère parisienne mais mourut jeune, à 52 ans. A une voisine qui s’étonnait de cette disparition précoce, le mari trouva une réponse imagée.
La hemna :  » Mes quin se morii ? « 
L’ómi :  » Com eth ceps, que s’ei poirit de la coda « 
La femme : Mais de quoi est-il mort ?
L’homme : Comme les champignons, il s’est pourri de la q…..

Activités culturelles sur Oloron

Voici quelques éléments de réponses aux personnes qui nous demandent si les sorties culturelles de Paris ne nous manquent pas et qui veulent savoir de quelle manière nous nous « cultivons » en Béarn et particulièrement sur Oloron.
– Il est évident que le Béarn, comme toute autre région de l’hexagone, n’offre pas le même choix de spectacles/expositions … que celui proposé en région parisienne (ou dans d’autres grandes métropoles), tant dans la variété des thèmes à l’affiche que dans la durée de leur représentation. Variété des thèmes car dans la même journée sur Paris on peut se choisir un film, un musée, une visite de monument ou de quartier… parmi une longue liste de sites. Bien sûr Oloron ne peut pas avoir la même prétention. Durée des représentations : toujours sur Paris, une pièce de théâtre, une exposition, un concert… peuvent rester à l’affiche plusieurs jours ou semaines en un même endroit et laissent à chacun(e) la possibilité de décider de son jour de visite. Alors qu’à Oloron il ne faut pas manquer la date de représentation, parfois unique.
-Enfin, trois remarques générales avant d’énumérer les moments et les lieux de culture sur Oloron.
* nous ne citons que les événements culturels auxquels nous avons assisté personnellement ces deux dernières années car il serait fastidieux de dresser un catalogue de toutes les manifestations passées dans la région.
* nous ne nous étendons pas non plus sur ce que nous avons vu ou entendu en dehors d’Oloron et des villages voisins, c’est à dire en Béarn ou Pays Basque : Pau, Monein, Biarritz, Araujuzon …
* nous excluons ici les spectacles en langue occitane (béarnaise), ce qui pourrait (devrait ?) faire l’objet d’un autre article,  qui me motivent fort, en tant que spectateur mais aussi parfois en tant qu’acteur.

La liste des principaux lieux déjà fréquentés : Espace Jéliote, Cinéma Le Luxor, Musée Révol, Théâtre La Chapelle, Espace Laulhère, Cathédrale Sainte-Marie, Mairie d’Oloron, Médiathèque, Salle Pallas.
Jéliote, natif d’Oloron, musicien/chanteur de la Cour de Mme de Pompadour. La Salle qui porte son nom, ouverte en mars 2001, offre une palette très large de spectacles pour tout âge, en particulier une programmation spéciale adressée au jeune public. Un abonnement annuel de 3 spectacles octroie une réduction pour tous les autres. La CCPO (Communauté de Communes du Piémont Oloronais) propose ainsi, entre les mois de septembre et de mai : théâtre, marionnettes, danse, musique, chanson, humour, nouveau cirque. Soyons un peu chauvin en insistant sur la qualité  des spectacles proposés et sur les surprises qui nous y attendent. En plus de celles de la CCPO la Salle Jéliote s’ouvre à d’autres représentations comme celles des groupes Nadau, Quetzal, Sensible (soirée caritative en faveur du Guatemala) … Également une projection-débat sur Louis Barthou. Chaque année le Festival de Jazz, Festival des Rives et des Notes, attire de plus en plus de monde, amateurs ou initiés, et certains groupes poursuivent ensuite sur Marciac, comme cette année Roberto Fonseca, Ibrahim Maalouf, Lars Danielsson…
Le Luxor, cinéma tenu par les frères Paris, s’efforce de présenter des films de genres variés pour séduire un public élargi, ce qui explique que sa fréquentation est pour ma part irrégulière. J’apprécie que la plupart des films étrangers sont projetés en version originale sous-titrée et que la date de leur sortie en salle n’est jamais trop tardive. Des séries nous sont parfois proposées, comme l’an passé avec une quinzaine du Cinéma italien, cette année une rétrospective de films tournés autour de l’œuvre d’Albert Camus. Quelques unes de ces soirées se terminent par des débats/discussions, comme avec des acteurs d’un film sur le Larzac.
Le Révol est une Salle qui expose les œuvres d’artistes souvent locaux : photographes, peintres, sculpteurs…
Au théâtre La Chapelle, pas toujours connu hélas de certains Oloronais, on apprécie le jeu de troupes locales, comme La Baraque, et la variété ou l’originalité des thèmes joués. Il peut s’agir de Brèves de Comptoir ou de pièces liées à la condition féminine.
L’Espace Laulhère est une ancienne usine de textile reconvertie en salle de concerts (Nadau) ou d’expositions : celles présentées par des Associations militantes comme Terre de Mémoires ou Femmes, luttes et résistance.
La Cathédrale Sainte-Marie, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, accueille de temps en temps des concerts classiques qui nous font profiter de sa majestueuse résonance. Des soirées autour des chants traditionnels sont aussi organisées, comme il y a quelques années avec la Pastorale Samaritaine.
Deux salles de la Mairie d’Oloron s’ouvrent régulièrement au public qui assiste à des conférences ou débats sur des thèmes très différents, comme ceux proposés par l’Association Trait d’Union et son cycle Culture d’Hiver. Pour la saison à venir : domestication du loup, réchauffement climatique, gaz de schiste ou gaz de schisme, la Retirada, les retables et le baroque… Une autre association, Transmetem, consacra l’année dernière une journée à  Xavier Navarrot, auteur béarnais de nombreuses chansons comme le fameux « Adiu Plana de Bedous ». Cette année le sujet sera Miquèu Grosclaude, Occitaniste contemporain. Des conférences de tout autre ordre sont organisées, par exemple sur Vaccins et Aluminium, Cuisine Méditerranéenne …
La Médiathèque d’Oloron, en foctionnement depuis 2010, dont la conceptrice, l’architecte Pascale Guédot, reçut en 2010 l’Équerre d’Argent, outre son magnifique point de vue sur la Confluence des deux Gaves, Aspe et Ossau, présente de temps en temps des expositions pointues : Louis Barthou (engagement et responsabilités politiques durant la première moitié du XXème siècle), Albert Camus, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance…
La salle Pallas, haut lieu des rendez-vous sportifs (hand et basket), reçoit aussi des groupes musicaux comme il y a quelques années les Quilapayun ou Escudéro (ce n’était pas hier). C’est aussi le lieu de rencontres/soutien à diverses causes comme la Corruda de Calandreta (Ecole Occitane) ou les Virades de L’Espoir.

Spectacles en plein air : bien sûr durant l’été surtout.
Durant le Festival de Jazz de juillet les concerts off se déroulent dehors autour de la Salle Jeliote. Chaque mardi de l’été, l’Anti Mites de Josiane Desloule propose des pièces et concerts en plein air, dans un cadre verdoyant aménagé avec goût. Des séances de cinéma en plein air se déroulent dans le cadre de Quartiers d’été, sans compter quelques représentations musicales lors des fêtes de chaque quartier oloronais.

Voici donc un aperçu des nombreuses possibilités « culturelles » sur Oloron, avec ses oublis, car la liste n’est bien entendu pas exhaustive. Et répétons que ne sont pas citées les manifestations culturelles hors Oloron, ni celles concernant la langue occitane.

Bande dessinée : le banquier et les autres

 Lo Shiulet (Le Sifflet) fut, entre les années 1988 et 1994, la revue trimestrielle éditée par l’Association Occitane de Paris : l’Estancada. Pour ma part, je participai à divers titres à la rédaction de la revue, tant en Français qu’en Occitan : essentiellement « lo bilhet de Miquèu » (humeur) et « Cap d’Esplinga e Cap d’Estèra » (dialogue sur l’Actualité entre deux personnages aux caractères et réactions différents).
Dans le numéro 18 du Shiulet (septembre-octobre-novembre 1992) je me lançai dans une bande dessinée « sociale »de deux pages, que je vous propose ici en v.o. ; la traduction vient en suivant.

1ère séquence : critique de l’ouvrier par les autres.
Le paysan : Les ouvriers, quand-même, ils sont bien heureux, bon Dieu ! Pas de responsabilité au travail, aucun souci de crédit, mais bien souvent en grève. Et ils peuvent se reposer chaque fin de semaine.
Le fonctionnaire : Quelle honte ! Quand ils bloquent les usines ils n’ont pas la conscience d’emm… les autres travailleurs. Et avec leurs syndicats ils se croient très forts.
Le commerçant : Quand ils ne sont pas en congé ils font la grève et en plus ils se saoulent bien souvent. Sûr qu’en plus ils font leurs courses chez Leclerc.
2ème séquence : critique du paysan par les autres.
L’ouvrier : Et les paysans qui osent faire tout ce bruit ! Ils paient peu d’impôt, ils ne connaissent pas la notion de solidarité, ils barrent les routes et maintenant, ils polluent, le Ministre l’a dit à la télé.
Le fonctionnaire : Pourquoi grognent-ils ainsi ? Ils ont tout ce qu’ils veulent à la maison : viande, légumes, fruits, œufs …. Ils devraient être bien heureux de pouvoir casser la croûte je ne sais combien de fois chaque jour, sans payer ! Et quand ils ne sont pas contents, ils cassent tout !
Le commerçant : Vous avez vu ces grandes machines ? Ils ont quand-même pu se les payer ! Ils ne sont pas à plaindre : quand ils ne touchent pas l’impôt sécheresse, ils touchent l’impôt inondation.
3ème séquence : critique du commerçant par les autres.
Le paysan : Et voilà les commerçants qui s’y mettent eux aussi ! Comparez un peu le prix du litre de lait chez nous à la ferme et celui du magasin. Vous verrez la différence.
Le fonctionnaire : Ils n’ont jamais cotisé et ils voudraient les mêmes droits que les autres ! Et on sait bien comment ils votent ! Et quand il y a une guerre, ils s’en sortent toujours bien…
L’ouvrier : Acheter une marchandise dix euros pour la revendre cent euros, ce n’est plus faire du bénéfice, c’est voler !
4ème séquence : critique du fonctionnaire par les autres.
Le paysan : Et les fonctionnaires ? Que font-ils du matin jusqu’au soir ? Téléphoner, déjeuner, ranger des papiers. Jamais pressés pour rendre service, mais toujours pressés pour réclamer une augmentation. Et en plus ils oublient notre langue maternelle.
Le commerçant : Ces feignants ! Ils ne se fatiguent pas beaucoup au bureau , et ils font le plein de vacances ! Et ils sont quand même payés s’ils tombent malades.
L’ouvrier : Tout le monde aimerait avoir leur sécurité de l’emploi …
5ème séquence : tous face au Banquier.
Tous : Mais si personne n’est content ici, à qui profite donc notre travail ?